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Irak: après leur retrait face aux insurgés, des soldats veulent reprendre le combat

23/06/2014 05:22 EDT | Actualisé 23/08/2014 05:12 EDT

Le soldat Bassil Hassan raconte avoir pleuré en abandonnant sa base face à l'avancée fulgurante des insurgés sunnites. Aujourd'hui, il veut désespérément se racheter en reprenant le combat.

Devant les bureaux de la compagnie Iraqi Airways à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan, dans le nord de l'Irak, où plusieurs dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge, il fait la queue pour pouvoir prendre le premier vol pour Bagdad et rejoindre les troupes.

De nombreux soldats ont abandonné leur poste face aux insurgés sunnites menés par les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui se sont emparés de territoires dans le Nord, notamment Mossoul, deuxième ville du pays, et dans le centre.

"Je suis dans l'armée depuis cinq ans et je ne me suis jamais retiré sans combattre", explique Hassan. "Avant de partir, nous avons pleuré. Nous avons vraiment honte, car nous ne nous sommes pas battu, nous avons été vaincus sans tirer la moindre balle".

Il raconte que les soldats de son unité dans la province de Kirkouk avaient commencé à déserter l'un après l'autre dans les heures ayant suivi la chute de Mossoul alors que des informations faisaient état de l'arrivée d'insurgés dans la province.

Son commandant a convoqué les troupes et leur a dit qu'ils pouvaient partir s'ils le voulaient.

"Dix minutes plus tard il est revenu en nous disant qu'il y avait des ordres de Bagdad pour que nous partions, nous avons mis des habits civils et avons rejoint nos familles".

Depuis le début de leur offensive le 9 juin, les insurgés ont mis la main sur Mossoul, une grande partie de sa province Ninive, de Tikrit et d'autres secteurs des provinces de Salaheddine (nord), Diyala (est) et Kirkouk (nord), et avancent désormais à l'ouest.

Après la débandade aux premiers jours de l'offensive des insurgés, les troupes gouvernementales tentent de reprendre du terrain.

- Retour au travail -

Après l'appel du gouvernement aux troupes pour qu'elles reprennent immédiatement le travail, Hassan comme beaucoup d'autres sont impatients de prouver leur courage.

Hussein Ali, un mécanicien de 28 ans dans les rangs de l'armée, était basé à Mahmoudiya, au sud de Bagdad.

Il était en congé dans sa ville, Kirkouk, quand l'offensive des insurgés a commencé. Il n'a pu rejoindre son poste en raison des points de contrôle qu'ils avaient établis sur la route de Bagdad.

"Je n'ai pas pris la fuite comme d'autres, j'étais en congé", assure-t-il, qualifiant de "traîtres" les soldats ayant déserté. "J'essaie de me trouver un billet (d'avion) mais ils me disent qu'il n'y a pas de place".

"Je veux lutter contre les terroristes. Je veux jouer un rôle" dans ce combat, insiste-t-il.

Non loin de là, Moustafa Hussein, un ingénieur électrique au sein de l'armée qui était basé à Kirkouk, raconte que les hommes de son contingent avaient été obligés de quitter leur poste à l'arrivée des forces de sécurité kurdes (Peshmergas).

"Nous ne nous sommes pas retirés", assure-t-il. "Les Peshmergas sont venus et nous ont dit que nous allions coopérer au sein d'une unité conjointe, mais par la suite il y a eu des problèmes avec eux, ils ont même pointé leurs armes sur nous, avant de nous chasser".

- Ressentiment -

Il éprouve du ressentiment envers les troupes kurdes et explique qu'il aurait, tout comme ses camarades, été heureux de travailler avec eux.

Mais il affirme que son supérieur à Bagdad l'avait encouragé à partir.

"Nous avons demandé au commandant, qui était à Bagdad, de nous aider et nous donner des armes, mais il a refusé et nous a dit de rentrer chez nous".

Cela fait quatre jours qu'il se rend au bureau de la compagnie aérienne pour tenter de trouver un vol.

Plus d'un demi million d'Irakiens ont fui leur foyer dans les villes tombées sous le contrôle des insurgés.

"Dès que je trouverai une place, j'irai sur la base de Taji (au nord de Bagdad) et reprendrai le travail", assure Hussein.

"L'EIIL est une maladie dont j'espère que l'Irak pourra être guéri".

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