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France : le parti de Sarkozy, en crise, menacé de disparition

23/06/2014 01:04 EDT | Actualisé 23/08/2014 05:12 EDT

L'UMP, parti d'opposition de l'ex-président de droite Nicolas Sarkozy (2007-2012), englué dans la plus grave crise morale et financière de son histoire, est menacé de disparition, selon certains de ses dirigeants.

"L'UMP est en danger bien entendu, en danger financier et en danger aussi politique avec l'accumulation des scandales" d'argent, a déclaré lundi l'ex-Premier ministre Alain Juppé, membre du triumvirat chargé de diriger le parti depuis la démission forcée le 15 juin de Jean-François Copé.

Signe des tensions et de la gravité de la situation, MM. Juppé et Sarkozy, qui est resté très discret jusqu'ici, ont eu une conversation téléphonique et décidé de se rencontrer. "Un coup de téléphone ne règle pas tout", a expliqué Alain Juppé.

Pour Pierre Lellouche, député et ancien ministre de l'ex-président, "s'il faut que l'UMP (Union pour un mouvement populaire) disparaisse et qu'on en passe par une autre formation, pourquoi pas". "Je suis très inquiet pour la survie même de l'UMP, je ne sais pas si le parti peut être sauvé à ce stade, il est peut-être trop tard", a-t-il ajouté dans un entretien au quotidien populaire Le Parisien.

Peu après avoir subi en mai un cinglant revers aux élections européennes, en étant devancé par le Front National de Marine Le Pen (extrême droite), le parti de l'ancien président s'est enfoncé dans la crise avec la révélation d'un scandale de fausses factures lié à la campagne électorale de 2012 de Nicolas Sarkozy.

Le système, au coeur du scandale, consistait pour une agence de communication (Bygmalion), créée par deux proches de M. Copé, à facturer indûment à l'UMP des dépenses de campagne qui dépassaient le plafond légal.

La justice française a ouvert une enquête préliminaire sur les supposées malversations financières.

- 'Canapé design et WC hors de prix' -

Ce week-end, la crise s'est encore aggravée lorsque le chef de file des députés UMP à l'Assemblée nationale Christian Jacob a reconnu que son groupe parlementaire avait accordé un prêt de trois millions d'euros au parti en 2012 sans que les élus ne soient au courant.

"Au nom des militants", un député UMP, Pierre Morel-A-l'Huissier, a déposé plainte dans l'affaire Bygmalion. Il a crié sa "colère" et son "écoeurement". Une dizaine de ses collègues se sont associés à sa plainte.

Rallumant les projecteurs sur la campagne électorale de M. Sarkozy, le quotidien Libération (gauche), qui affirme avoir consulté la comptabilité de 44 meetings de l'ancien candidat, a fait état lundi de "canapé design et de WC hors de prix", ainsi que de "moyens vidéo dignes des (Rolling) Stones".

Le journal a dénoncé un système de "double facturation" et le fait que la campagne a représenté en termes financiers "le double du montant prévu par la loi".

"S'il prétend revenir en politique, (M. Sarkozy) doit apporter des réponses à ces factures (et) s'expliquer sur les dépenses somptuaires de sa campagne", a jugé le quotidien.

Pour l'instant, alors que le parti est en état de quasi-faillite, certains cadres préconisent un changement de nom et un plan de sauvetage financier.

"Quand on voit s'accumuler les chiffres, il y a tout lieu de s'interroger", a abondé Alain Juppé, en soulignant que l'audit des finances de l'UMP, attendu pour juillet, allait permettre d'avoir "une photo précise de la situation actuelle".

Pour l'historien François Huguenin, qui s'exprimait lundi dans les colonnes du quotidien Le Figaro (droite), la situation exige "des qualités singulières, notamment morales". Mais "la droite française est hélas aujourd'hui à l'unisson de l'exemple déplorable de la classe politique française. Jour après jour, la distorsion entre les mots et les actes devient vertigineuse".

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