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Une commission fédérale propose des mesures en cas d'accident nucléaire

23/06/2014 05:55 EDT | Actualisé 23/06/2014 05:55 EDT
ASSOCIATED PRESS
This Nov. 1, 2013 photo shows rows of chambers holding intermediate-level radioactive waste in shallow pits at the Bruce Power nuclear complex near Kincardine, Ontario. Ontario Power Generation is seeking permission from the Canadian government to permanently store low- and intermediate-level radioactive waste in a rock chamber that would be built more than 2,000 feet below the earth’s surface and less than a mile from Lake Huron. (AP Photo/John Flesher)

La Commission canadienne de sûreté nucléaire propose pour la première fois qu'on fournisse aux gens qui vivent près des centrales des médicaments préventifs en cas d'accident.

Toutefois, selon des sources, des compagnies d'électricité ont exprimé des réserves lors d'une rencontre, lundi à Ottawa, laissant entendre que les Canadiens se sentiraient forcés d'accepter les médicaments.

Après l'accident nucléaire de Fukushima, en 2011, l'organisme de surveillance de l'industrie nucléaire a évalué si le Canada était préparé à faire face à un tel événement. Dans plusieurs pays, les riverains de réacteurs disposent chez eux de comprimés qui bloquent l'entrée d'iode radioactive dans la glande thyroïde, par mesure de précaution.

La glande thyroïde, surtout chez les jeunes enfants, est la plus propice à absorber les radiations inhalées ou ingérées. Les comprimés doivent être pris immédiatement avant ou après la fuite de substances radioactives.

De tels médicaments n'ont jamais été distribués à grande échelle au Canada, mais les comprimés sont disponibles dans les pharmacies locales et les écoles situées dans le rayon du "panache de radiation" nucléaire. En 2013, pour le compte de la compagnie Ontario Power Generation, un groupe de réflexion avait sondé la population vivant autour des centrales nucléaires Darlington et Pickering. Parmi les gens sondés, "presque aucun ne s'était procuré les comprimés gratuits annoncés dans des communications régionales ou des dépliants".

La commission canadienne de sûreté a consulté divers groupes d'intérêt avant d'accoucher de ce projet de règlement, qui propose de fournir ces comprimés aux gens vivant dans la zone de radiations, qui est d'environ 10 kilomètres. Dans la région de Toronto (centrales de Darlington et Pickering), cela représente environ 250 000 personnes.

Quelques producteurs d'électricité ont exprimé leur inquiétude quant à une distribution préventive obligatoire, et ont rejeté l'idée d'une "distribution sélective" de comprimés à des gens vivant au-delà d'un rayon de 10 kilomètres. Chaque kilomètre supplémentaire, dans la région de Toronto, ajouterait des dizaines de milliers de personnes au rayon.

Un document de la commission qui rapporte les commentaires indique que la compagnie d'électricité Ontario Power Generation souhaite que le projet de règlement soit modifié de façon à ce qu'on y lise "l'opportunité d'une pré-distribution" dans la zone de 10 kilomètres.

La compagnie Bruce Power recommande quant à elle que seuls les employés travaillant dans les centrales aient des comprimés, et qu'un plan d'approvisionnement et de distribution soit instauré dans les municipalités et pour les résidents de la "zone primaire".

Ces deux compagnies et deux autres ont signé une lettre, vendredi, réitérant leurs inquiétudes à la commission.

Les détenteurs de permis d'exploitation de centrales nucléaires devront collaborer avec les autorités pour "assurer qu'une quantité suffisante d'agents bloquant l'iode radioactif soit distribuée dans les résidences, les entreprises et les institutions à l'intérieur de la zone désignée d'exposition aux radiations", lit-on dans le document de la commission.

Des groupes environnementalistes, tels Greenpeace et l'Association canadienne du droit de l'environnement, soutiennent de leur côté que l'accident de Fukushima démontre que les radiations peuvent se rendre bien plus loin que 10 kilomètres, et citent l'exemple de quelques pays ayant étendu le rayon de distribution préventive.

"C'est une bonne étape pour rejoindre les autres pays; les Canadiens méritent une protection du même niveau que les meilleures pratiques internationales", a plaidé Shawn-Patrick Stensil, analyste en matière de nucléaire chez Greenpeace, bien que le texte actuel du projet de règlement n'atteigne pas ces pratiques idéales.

Ces deux organismes soutiennent que la méthode d'approvisionnement volontaire n'a montré aucun résultat et que, dans le chaos suivant un accident nucléaire, les gens pourraient ne pas être en mesure d'aller chercher leurs médicaments à temps.

"Cela fait plus de 30 ans que l'on met les comprimés à disposition des gens dans les pharmacies, mais les gens ne savent pas qu'ils doivent s'en procurer et qu'il en va de leur santé", a fait valoir Theresa McClenaghan, directrice et conseillère à l'Association canadienne du droit de l'environnement. "Le message que reçoivent les gens est plutôt que les centrales sont sécuritaires et qu'ils n'ont pas à s'en faire."

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