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Cameroun: l'armée veut "assainir" Amchidé, fief sans frontière de Boko Haram

23/06/2014 08:18 EDT | Actualisé 23/08/2014 05:12 EDT

"Regardez cette maison. Sa salle de séjour se trouve au Cameroun mais les autres pièces sont au Nigeria", observe un officier de l'armée camerounaise qui tente, dans la localité frontalière d'Amchidé, de traquer les islamistes nigérians de Boko Haram.

"Amchidé est le fief local de Boko Haram", poursuit le lieutenant-colonel Thierry Foumane, commandant régional du Bataillon d'intervention rapide (BIR), une unité d'élite de l'armée camerounaise que Yaoundé vient d'envoyer aux confins du pays, dans la province de l'Extrême-Nord.

Le Cameroun, comme d'autres pays de la région, a renforcé récemment sa lutte contre les islamistes nigérians après le mouvement d'indignation internationale qui a suivi l'enlèvement de plus de 200 lycéennes nigérianes le 14 avril.

La tâche est difficile, tant Cameroun et Nigeria s'entremêlent ici: A Amchidé, toute proche de la localité nigériane de Banki, aucune zone tampon n'existe permettant de distinguer de manière claire les deux territoires. Au niveau de la frontière principale, seule une barre de fer matérialise la limite du territoire camerounais. Juste après, une plaque indique qu'on est déjà en République fédérale du Nigeria.

A la confusion géographique entre les deux pays qui règne dans les rues des quartiers, s'ajoutent les liens de parenté. "Dans la même famille, vous pouvez trouver des gens honnêtes, mais aussi des Boko Haram", précise l'officier camerounais. "Notre plus grand défi est de gagner la confiance des gens pour qu'ils dénoncent les mauvaises graines. Mais comment voulez-vous qu'un parent livre son fils ou qu'un jeune balance son frère?", s'interroge-t-il.

Cette situation a favorisé "l'implantation des islamistes à Amchidé", révèle sous couvert d'anonymat un policier ayant longtemps travaillé dans la zone. Selon lui, "les combattants de Boko Haram à Amchidé constituent plus de 90% de la population locale".

Agressions à domicile, recrutement de jeunes, chantage: les insurgés nigérians "se sont tout permis à Amchidé", souligne le policier. "Ils ont offert de l'argent aux jeunes pour les rallier à leur cause et ils ont contraint les plus téméraires à les rejoindre", explique-t-il.

- Arrestations et exécutions -

Selon ce policier, les islamistes se sont aussi fait "des alliés chez certains commerçants", ils en ont "forcé d'autres à financer leurs activités".

Au fil des années, la ville camerounaise est devenue une plaque tournante pour divers trafics (armes, automobiles et produits manufacturés) grâce auxquels la secte nigériane finance le recrutement et l'entretien de jeunes combattants. C'est aussi à partir de cette localité emblématique que les islamistes ont préparé des attaques contre Banki toute proche, côté Nigeria.

"Nous faisons face depuis 2009 aux actions de Boko Haram. La montée de cette menace a entraîné la mobilisation du BIR pour une opération baptisée +Alpha+ qui couvre la frontière avec le Nigeria", explique le lieutenant-colonel Foumane. De nombreuses bases militaires ont été créées dans les villes frontalières de l'Extrême-Nord.

"Amchidé est un poste avancé, nous tenons la ville", assure l'officier.

"L'armée est en train de nettoyer Amchidé", confirme le policier. "Plusieurs dizaines de personnes (islamistes présumés et commerçants soupçonnés de collaborer avec eux) ont été arrêtées et la vague d'arrestation se poursuit. Il y a eu aussi des exécutions", précise-t-il.

"Les gars du BIR travaillent nuit et jour. Ils sont en train de purger la ville. Il y avait trop de mauvaises personnes", se réjouit sous couvert d'anonymat un douanier. "Les islamistes se dispersent progressivement dans les villages", ajoute-t-il.

L'action des militaires est aussi saluée par certains habitants de la ville.

"Avant, il y avait beaucoup de mauvaises personnes. Maintenant, on les chasse", se réjouit un vieillard.

Mais les militaires déployés à Amchidé savent que leur mission est loin d'être terminée. Ces dernières semaines, leurs positions ont été souvent harcelées par les islamistes nigérians. "Un Boko Haram n'est jamais très loin", concède sous couvert d'anonymat un officier supérieur de l'armée.

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