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Ukraine: le dialogue avec les rebelles au coeur d'un plan de paix crucial

22/06/2014 11:43 EDT | Actualisé 22/08/2014 05:12 EDT

Le chef de la diplomatie ukrainienne se rend lundi au Luxembourg pour y présenter à ses homologues européens le plan de paix du président ukrainien Petro Porochenko avec les rebelles séparatistes de l'Est, soutenu par son vis-à-vis russe Vladimir Poutine.

Plus de deux mois après le début d'une insurrection séparatiste prorusse dans l'Est de l'Ukraine, où les combats entre l'armée et les insurgés ont fait au moins 375 morts, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont appelé M. Poutine à favoriser "des négociations".

Les Occidentaux accusent la Russie d'armer en sous-main la rébellion pour déstabiliser cette ex-république soviétique, qui va signer le 27 juin le dernier volet d'un accord historique d'association avec l'Union européenne l'éloignant du giron russe. Ces accusations occidentales sont rejetées par Moscou.

M. Porochenko s'est adressé dimanche à la nation ukrainienne lors d'un discours télévisé pour exposer son plan de paix offrant un dialogue aux insurgés n'ayant commis "ni meurtre ni torture", après avoir décrété un cessez-le-feu unilatéral d'une semaine des troupes ukrainiennes.

Le nouveau chef ukrainien de la diplomatie, Pavlo Klimkine, doit se rendre au Luxembourg pour présenter le plan de paix lors d'une réunion, lundi à partir de 08H00 GMT, des ministres des Affaires étrangères de l'UE.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a "félicité" le président Porochenko et "exprimé l'espoir que ce plan fera baisser la violence et les tensions dans l'est de l'Ukraine", a indiqué dimanche l'ONU.

Mais les échanges de tirs se sont poursuivis dimanche, les troupes ukrainiennes disant faire usage de tirs d'artillerie pour repousser des attaques de rebelles, qui ont rejeté le cessez-le-feu provisoire visant à leur désarmement.

A Siversk, une localité de 3.000 habitants à l'ouest de Slaviansk, l'un des bastions des séparatistes prorusses, les rebelles poursuivaient leurs combats contre les forces des autorités pro-européennes de Kiev, qu'ils considèrent comme des "fascistes".

"Nous tiendrons. Mes deux grands-pères ont été tués pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ils luttaient contre le nazisme. Je continue leur combat", affirme Andreï, 31 ans, en train de préparer les munitions pour la mitrailleuse lourde.

- 'Dialogue substantiel' -

M. Poutine a exprimé dimanche son soutien au plan de paix de M. Porochenko, tout en appelant à un "dialogue substantiel" entre Kiev et les rebelles prorusses. "Il importe que ce dialogue entre les parties qui s'affrontent en Ukraine s'appuie sur le plan de paix", a-t-il dit.

Le président russe a en même temps appelé Kiev à mettre fin aux opérations de ses forces armées dans l'Est. "Les opérations militaires n'ont pas cessé", a dit le président russe. "Je ne peux pas dire qui en est responsable -- si c'est le fait de l'armée régulière ou si ce sont les unités armées des forces de droite -- mais c'est arrivé", a-t-il ajouté.

Dans son discours de 12 minutes, le président Porochenko affirme que "le scénario pacifique est notre scénario principal. C'est notre plan A".

"Mais ceux qui ont l'intention d'utiliser ces négociations de paix à seule fin de jouer la montre et de regrouper leurs forces doivent savoir que nous avons un plan B détaillé. Je ne vais pas en parler maintenant parce que je crois que notre plan pacifique va réussir", a ajouté M. Porochenko.

Un porte-parole de la république séparatiste autoproclamée de Donetsk a rejeté dimanche le cessez-le-feu unilatéral visant au désarmement rebelle.

"Le cessez-le-feu déclaré unilatéralement par l'armée ukrainienne sans aucune coordination avec nous n'est pas reconnu" par la république autoproclamée, a-t-il déclaré.

- 'Le langage de la discussion'-

Le plan de paix avait été dévoilé voici quelques jours sur le site internet d'une télévision locale. Il ne faisait toutefois pas mention d'un dialogue avec les séparatistes, évoquant simplement l'amnistie pour "ceux qui ont déposé les armes et n'ont pas commis de crime grave".

Le plan inclut la création d'une zone tampon de 10 km à la frontière entre l'Ukraine et la Russie et un couloir pour les mercenaires russes présents en Ukraine selon Kiev leur permettant de rentrer en Russie une fois leurs armes déposées.

Le plan stipule également la fin de "l'occupation illégale" des bâtiments de l'administration régionale de Donetsk et Lougansk contrôlés par les rebelles, l'organisation rapide d'élections locales et un programme pour la création d'emplois dans la région.

Il évoque aussi la décentralisation du pouvoir et la protection de la langue russe par le biais d'amendements à la Constitution. M. Poutine a insisté dimanche pour que les russophones soient sûrs que "leurs droits sont garantis par la Constitution".

Parallèlement aux efforts pour une désescalade, Kiev et ses alliés occidentaux s'inquiètent de la présence de nouvelles forces russes le long de la frontière. Les États-Unis ont accusé Moscou d'armer la rébellion - une accusation rejetée par la Russie - et l'ont mis en garde contre tout envoi de troupes en Ukraine.

M. Poutine a adressé samedi des messages jugés contradictoires aux autorités ukrainiennes, plaçant les troupes armées du centre de la Russie en état d'alerte, puis offrant un soutien mesuré au plan de paix de M. Porochenko.

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