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Nigeria : des oeuvres d'arts pillées par des soldats britanniques rendues à un chef traditionnel

22/06/2014 09:34 EDT | Actualisé 22/08/2014 05:12 EDT

Deux statues en bronze pillées au XIXe siècle par des soldats britanniques lors du sac d'un palais au Nigeria ont été restituées à un chef traditionnel, et les autorités nigérianes ont appelé dans la foulée à ce que des milliers d'oeuvres volées soient rendues.

Ces statues, provenant d'une célèbre série de "bronzes du Bénin", ont été restituées au roi du Bénin, Erediauwa I, lors d'une grande cérémonie vendredi. L'ancien royaume du Bénin, à ne pas confondre avec le Bénin actuel, se situe à environ 250 kilomètres à l'est de Lagos.

Les deux oeuvres - figurant un ibis légendaire et une cloche royale traditionnelle - appartenaient à la famille d'un consultant médical à la retraite, Mark Walker. Son grand-père avait participé au pillage de 1897, un épisode historique prémisse de la colonisation britannique du Nigeria.

Mark Walker a décidé de restituer les statues au Nigeria en septembre dernier lorsqu'il a appris leur histoire en lisant le journal de son grand-père, qui évoquait le pillage.

"Cela m'a donné l'idée que peut-être elles devaient retourner là où elles seraient considérées à leur juste valeur", a confié M. Walker à l'AFP à Benin City, dans le sud du Nigeria.

"Je suis très fier car c'est un moment historique". "Je n'avais pas idée que (les statues) avaient autant d'importance ici, et c'est vraiment gratifiant pour moi de jouer un petit rôle dans l'histoire de la restitution de ces bronzes, car je crois que d'autres vont être rendus".

Le grand-père de Mark Walker faisait partie d'un détachement de soldats britanniques envoyé au royaume du Bénin - alors indépendant - pour venger la mort de neuf agents britanniques tués lors d'une mission commerciale auprès de l'aïeul du roi Erediauwa.

L'expédition s'était soldée par le massacre de plusieurs milliers de personnes et la destruction de la ville de Benin City, tandis que le roi était envoyé en exil. Le palais royal a été pillé et des centaines d'oeuvres d'art volées, dont les bronzes du Bénin, qui représentaient avec une grande qualité des scènes de cour des siècles précédents, montrant le roi et ses courtisans.

La plupart de ces bronzes - fabriquées en fait à partir de bracelets et d'objets en laiton offerts par des commerçants portugais au XVe siècle et refondus - se trouvent depuis lors au British Museum à Londres.

Parmi ces oeuvres figurent notamment une statuette du XIXe siècle de la tête du roi du Bénin, qui avait un statut divin pour le peuple des Edo, et des panneaux du XVIe siècle montrant des scènes de cour dérobés sur les murs du palais.

- "Geste symbolique" -

Le Nigeria a déjà demandé, sans succès, la restitution de ces bronzes.

Le prince Edun Akenzua, frère de l'actuel roi, a salué le "geste amical" de Mark Walker qui "va contribuer à guérir les blessures psychologiques subies par le peuple du royaume du Bénin depuis 1897".

Il a aussi appelé le British Museum et les autres musées concernés dans le monde à restituer à leur tour les oeuvres volées.

"Nous appelons les descendants des soldats qui ont combattu au Bénin et gardent encore des objets chez eux à imiter le geste amical Dr Walker", a-t-il dit.

Steve Dunstone, un responsable de la Richard Lander Society, qui promeut des échanges culturels entre le Nigeria et la Grande-Bretagne, a jugé lui aussi important le geste de M. Walker et espéré qu'il amènerait à réexaminer la question du rapatriement d'autres trésors "volés" par les colons britanniques.

La Grande-Bretagne fait l'objet de pressions de longue date pour restituer de célèbres oeuvres comme les frises du Parthénon d'Athènes à la Grèce, ou encore le fameux diamant Koh-i-Noor à l'Inde, mais elle s'y est toujours refusée.

"Très peu de gens connaissent l'histoire (des bronzes du Bénin)... Il fallait corriger cette injustice, a déclaré M. Dunstone de la Richard Lander Society, une organisation qui porte le nom d'un explorateur de l'Afrique de l'Ouest du XIXe siècle.

"Je suis sûr que Mark Walker va, avec ce geste symbolique, ouvrir la voie à d'autres personnes pour qu'elles rendent leurs bronzes", a-t-il assuré.

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