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Ukraine : le cessez-le-feu ? À Andriivka, les tirs continuent

21/06/2014 07:56 EDT | Actualisé 21/08/2014 05:12 EDT
ASSOCIATED PRESS
An Ukrainian soldier holds a weapon as a vehicle approaches a checkpoint outside the town of Amvrosiivka, eastern Ukraine, close to the Russian border, Thursday, June 5, 2014. The Ukrainian military was on alert on its eastern border with Russia on Thursday amid reports that separatist forces launched attacks on a border crossing near the village of Marinyvka. (AP Photo/Vadim Ghirda)

"Le cessez-le-feu annoncé par Kiev ? Ca a tiré hier soir, puis ce matin à partir de 4 heures et ça continue maintenant. Il n'y a pas de cessez-le-feu", affirme samedi Lila Ivanovna, dans le village d'Andriivka, près de Slaviansk dans l'est de l'Ukraine.

"Le cessez-le feu devait entrer en vigueur à 22 heures hier. Les tirs de mortier ont commencé peu après, suivis par des rafales d'armes automatiques. Ce matin, ça a commencé par des tirs de canon. Ca continue maintenant. Tout est comme d'habitude: on tire le matin, le midi et le soir. C'est difficile de croire à un cessez-le-feu", poursuit cette femme de 57 ans, à la tête du conseil municipal du village.

Andriivka est situé au mauvais endroit: ce village de 1.400 habitants se trouve à 4 km de Slaviansk, le bastion des séparatistes prorusses encerclé par les forces ukrainiennes, et les habitants sont aujourd'hui pris entre deux feux, à 600 mètres des premières positions de l'armée ukrainienne et à peine plus loin des positions des combattants prorusses.

"Ce matin, l'artillerie ukrainienne a tiré en direction de la gare de Slaviansk. C'était des tirs de canon, maintenant je sais faire la différence", sourit Lila Ivanovna. Pendant qu'elle parle, l'artillerie ukrainienne installée sur une colline qui domine le village tire quelques coups en direction de Slaviansk.

Une dizaine de maisons du village ont le toit éventré, conséquence de tirs d'artillerie. "Un voisin a été tué par un bombardement il y a quelques jours. J'ai trouvé des éclats d'obus dans mon potager et dans ma maison, les vitres avaient été brisées", raconte Lila Ivanovna en montrant une poignée d'éclats qu'elle garde en souvenir.

Les habitants d'Andriivka ont appris à vivre ainsi: "Quand un hélicoptère nous survole, nous savons maintenant que les bombardements vont reprendre de plus belle et qu'il faut faire attention: cela signifie qu'on a apporté des munitions aux forces ukrainiennes stationnées à côté du village", ajoute-t-elle.

- 'On n'échappe pas à son destin' -

Curieusement, aucun habitant n'a pris soin de protéger ses fenêtres pour éviter d'être blessé par des éclats de verre: "Celui qui doit mourir noyé ne finira pas pendu. On n'échappe pas à son destin", prophétise Vera Alexandrovna, une autre habitante.

Lila Ivanovna fait le tour du village pour recenser les besoins de chacun en aide humanitaire, produits alimentaires et médicaments, alors que la situation s'est aggravée depuis le début des combats entre forces russes et séparatistes, le 2 mai dernier.

"Ca fait maintenant deux mois qu'on vit sans électricité, sans gaz. On fait la cuisine au bois sur des briques. Cela fait aussi deux mois qu'on ne reçoit plus nos retraites. On vit des conserves qu'on a à la cave et de ce qui pousse dans notre jardin. Heureusement qu'on a des puits pour puiser de l'eau", souligne Vera.

Les habitants du village affirment que les forces ukrainiennes empêchent l'arrivée à Andriivka de techniciens qui pourraient rétablir l'eau et l'électricité.

Au bout du village, à quelque 200 m de la colline où sont installés les blindés et canons des forces ukrainiennes, se trouve une petite église orthodoxe. Le père Alexandre, qui vient d'un village voisin pour célébrer les offices, est lui aussi sceptique quant à la réalité du cessez-le-feu.

"Le président ukrainien Porochenko a annoncé qu'une trêve devait entrer en vigueur. Mais en fait, à peine une heure après, ont commencé des tirs d'artillerie, de mitrailleuses lourdes et des gens ont été tués", commente le père Alexandre.

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