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Les djihadistes de l'ÉIIL prennent trois villes dans la province d'Anbar

21/06/2014 08:55 EDT | Actualisé 21/08/2014 05:12 EDT

BAGDAD - Des militants sunnites dirigés par une faction d'al-Qaïda ont conquis trois villes stratégiques et un poste frontalier avec la Syrie, dans le cadre de ce qui semble être une nouvelle offensive dans la province d'Anbar.

Ces conquêtes constituent un autre coup dur pour le premier ministre Nouri al-Maliki, qui lutte pour son siège et peine à repousser les membres de l'État islamique en Irak et au Levant (ÉIIL), alors que des forces qui ne relèvent pas de Bagdad pourraient faire basculer l'Irak dans une guerre civile sur fond de tensions religieuses.

Des milliers de miliciens chiites lourdement armés ont défilé à travers plusieurs villes irakiennes, samedi, impatients de s'en prendre aux insurgés sunnites.

Les villes de Qaim, Rawah et Anah sont les premières à être conquises dans la province majoritairement sunnite d'Anbar, depuis que des combattants de l'ÉIIL ont pris le contrôle de Falloujah et de nombreux quartiers de Ramadi, la capitale de la province. Anbar est un vaste territoire qui s'étend des limites ouest de Bagdad jusqu'aux frontières de la Jordanie et de la Syrie, au nord-ouest.

Les prises de Rawah et d'Anah semblaient faire partie d'une offensive se dirigeant vers un barrage à Haditha qui abrite une station hydraulique qui produit environ 1000 mégawatts d'électricité. La destruction de ce barrage pourrait causer des inondations importantes et des perturbations sur le réseau électrique du pays.

Selon des autorités militaires irakiennes, 2000 soldats ont rapidement été envoyés au barrage pour le protéger d'une éventuelle attaque des sunnites.

Le maire de Rawah, Hussein Ali al-Aujail, a rapporté que les militants ont saccagé les bureaux gouvernementaux de la ville et forcé la police locale et l'armée à battre en retraite. Depuis la prise de Falloujah par les sunnites en janvier dernier, Rawah et Anah étaient demeurés sous le contrôle du gouvernement.

Les militants de l'ÉIIL ont érigé de larges pans de territoire le long de la frontière avec la Syrie et peuvent donc librement circuler, mais le contrôle de postes frontaliers, comme celui de Qaim, leur permet de gérer la logistique de leurs armes et de leur équipement. Des rebelles syriens ont déjà saisi les installations du côté syrien de la frontière et plusieurs autres postes dans des régions qu'elles contrôlent.

Selon des responsables de l'armée et de la police, les insurgés sunnites ont conquis Qaim et son poste-frontière, après avoir tué quelque 30 soldats irakiens tout au long de la journée de vendredi, et les gens circulent désormais librement d'un côté et de l'autre de la frontière.

Les combats dans la province d'Anbar ont perturbé la circulation sur l'autoroute reliant la capitale irakienne à la frontière jordanienne, une route importante pour le transport des marchandises et des passagers.

À Bagdad, environ 20 000 hommes, plusieurs en uniforme militaire, ont marché dans le district de Sadr avec des armes d'assaut, des mitrailleuses, des lance-roquettes multiples, de l'artillerie de campagne et des missiles. Des défilés similaires ont également eu lieu à Amara et à Bassorah, dans le sud de l'Irak.

Ces événements ont été organisés par des partisans du leader religieux chiite antiaméricain Moqtada al-Sadr, qui a déjà dirigé une puissante milice chiite ayant combattu les troupes américaines et accusée d'avoir massacré des civils sunnites durant les affrontements religieux de 2006 et 2007.

Le grand ayatollah Ali al-Sistani, le chef religieux chiite le plus respecté d'Irak, a exhorté Nouri al-Maliki à former un gouvernement inclusif comprenant des membres des minorités kurde et sunnite, après des appels semblables, notamment de la Maison-Blanche.

M. al-Sistani se retient habituellement de commenter l'actualité politique, et ses commentaires pourraient être décisifs pour le sort, plus qu'incertain, du premier ministre qui cherche à obtenir un troisième mandat.

Plusieurs autres ont laissé entendre que M. Al-Maliki avait joué un rôle dans l'éclatement de la pire crise à secouer l'Irak depuis le retrait des soldats américains en 2011. La semaine dernière, le président américain Barack Obama a annoncé qu'il était prêt à envoyer 300 conseillers militaires en Irak, mais a réitéré que ses soldats n'y prendraient pas les armes.

Par ailleurs, samedi, quatre explosions distinctes ont tué 10 personnes, dont deux policiers, et blessé 22 autres à Bagdad. De plus, deux corps criblés de balles ont été découverts dans le district chiite de Zafaraniyah, à Bagdad, rappelant les pires sommets des meurtres religieux de 2006 et 2007­.

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