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Au Liban, la guerre confessionnelle fait rage sur les gradins

21/06/2014 12:15 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

Au Liban, la guerre civile est terminée depuis un quart de siècle, sauf sur les stades où le public s'époumone à insulter la confession de l'adversaire, comme cela s'est produit récemment pour la finale de basket-ball.

Face à ce déferlement de haine et pour préserver la paix civile, le gouvernement a interdit cette semaine l'entrée du public pour les deux derniers matchs opposant les chrétiens de "Hikma" aux sunnites de "Riyadi". Comble d'ironie, le nom de la première première équipe signifie "la Sagesse" et le seconde "le Sportif".

Depuis 2005, les matchs de football se jouent sans public en raison des tensions entre sunnites et chiites après l'assassinat de l'ancien Premier ministre sunnite Rafic Hariri dont on soupçonne des cadres du Hezbollah chiite.

Le basket, de loin le sport le plus populaire au Liban, comporte une poule finale qui oppose en sept matchs, en alternance dans leurs stades, les deux meilleures équipes que sont traditionnellement la Hikma et Riyadi.

A ce niveau de la compétition, commencé le 28 mai, le public musulman entonne des chants et des slogans hostiles aux politiciens et aux symboles religieux chrétiens, et vice-versa.

Dans ce pays, où tout est basé sur la confession, qu'il s'agisse du choix du président de la République ou de l'élection du parlement, le sport n'échappe à la règle. Ainsi, la fédération de football est dirigée par les chiites, le basket par les chrétiens et les échecs par les sunnites.

Au début de chaque match, le public de Riyadi, en majorité des sunnites beyrouthins et des partisans du Courant du Futur de Saad Hariri, récite la Fatiha (premier verset du Coran). Et les partisans de la "Hikma", des chrétiens favorables aux idées des Forces libanaises (FL) de Samir Geagea, répondent par "Notre père qui êtes aux cieux".

Durant le match, les premier crient "Dieu, Hariri et Tariq Jdidé" (un quartier de Beyrouth traditionnellement sunnite), auxquels les autres rétorquent par "Dieu, les Forces Libanaises, Geagea".

Quand la tension monte, les premiers insultent les femmes musulmanes et les autres répliquent en se moquant de la Vierge.

Le plus surprenant, c'est que ces rivalités confessionnelles sur le terrain pulvérisent les accords politiques: Geagea et Hariri sont en effet tous deux alliés contre le mouvement chiite du Hezbollah, allié de son côté à l'autre chef chrétien Michel Aoun.

Les associations de supporters ont essayé de contrôler, en vain, les slogans dans le stade. Sur les réseaux sociaux, les deux camps insultent allègrement la Croix et l'islam.

Le comble s'est produit lors du quatrième match,le 3 juin. Quand la Sagesse a égalisé à la fin du match, un spectateur est descendu sur le terrain et a giflé le joueur égyptien de Riyadi, Ismaïl Ahmad, lequel a répondu en rouant de coups son agresseur, avant que tout ne dégénère en bagarre générale.

Atterré, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdel Muttaleb al-Hannawi, a déclaré à la presse que le "gouvernement ne permettrait pas que soit brisée la paix civile et que le sang coule. Les stades doivent être un lieu de rencontre et non de zizanie entre Libanais".

Le ministre de l'Intérieur a interdit que les autres matchs se jouent en public et la fédération a imposé des amendes aux deux clubs. Les dirigeants politiques des FL et du Courant du Futur se sont réunis pour calmer les esprits. Finalement c'est Riyadi qui a remporté le championnat.

Pour le chef de la rubrique sportive du quotidien an-Nahar, Nagi Charbel, "la fédération s'est montrée incapable de gérer le problème confessionnel chronique dans le pays. Sur un sujet aussi délicat, personne n'a pris conscience de l'ampleur du problème. Il aurait fallu sévir dès le début et interdire l'accès du stade aux fauteurs de troubles".

rd/sk/cac

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