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Prix unique du livre: les libéraux font du surplace, selon l'UNEQ

20/06/2014 04:42 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) se demande pourquoi le gouvernement libéral s'astreint à une nouvelle «réflexion» sur le dossier du prix unique du livre alors que celle-ci a déjà été faite en commission parlementaire.

Sans jamais mentionner le terme «prix unique du livre» dans un communiqué transmis vendredi, la ministre de la Culture, Hélène David, a confirmé qu'elle confiait à son adjoint parlementaire, le député Luc Fortin, le mandat «de mener une réflexion sur les moyens de consolider les librairies agréées» — en d'autres mots, de trancher dans le dossier.

Or, selon le directeur général de l'UNEQ, Francis Farley-Chevrier, cette discussion a déjà eu lieu.

«C'est faire du surplace, parce qu'en fait, la réflexion a déjà été faite l'année dernière en commission parlementaire, qui a quand même écouté beaucoup de témoins. Et il y a des solutions qui ont été proposées», a-t-il fait valoir en entrevue téléphonique.

À l'issue de cette commission parlementaire, le prédécesseur de Mme David, le péquiste Maka Kotto, avait annoncé en décembre 2013 l'éventuel dépôt d'un projet de loi sur le prix de vente des livres neufs — imprimés comme numériques — qui limiterait les rabais à 10 pour cent pour les neuf premiers mois.

En entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, Mme David s'est défendue de vouloir faire table rase du passé. Il est «clair», a-t-elle dit, «qu'on ne reprend pas le travail à zéro».

La ministre n'a pas voulu préciser la forme exacte que prendra ladite réflexion, préférant laisser le temps à son adjoint parlementaire d'élaborer son «plan d'action».

Il reste que Mme David a déjà affiché ses couleurs, à l'instar de son chef, le premier ministre Philippe Couillard: elle rejette l'idée d'instaurer un prix unique pour aider les libraires indépendants à concurrencer les grandes surfaces et les sites Internet comme Amazon.

Cela ne signifie pas que les dés sont pipés à l'aube du chantier confié au député Fortin, a-t-elle insisté.

«Pas du tout, pas du tout! Au contraire, étant donné qu'on a effectivement écarté cette hypothèse-là, il y a beaucoup d'hypothèses qui pourront être soulevées. Ce qu'on veut avant tout, c'est protéger la pleine accessibilité aux livres et leur diffusion partout au Québec», a-t-elle lancé à l'autre bout du fil, sans entrer dans le détail des raisons justifiant la prise de position de son gouvernement.

«On ne pense pas que c'est un bon moyen — parce que c'est un moyen — pour soutenir les librairies agréées indépendantes», a résumé Mme David.

L'UNEQ estime qu'il s'agit là d'un certain manque de clarté de la part de la ministre.

«La ministre a écarté cette possibilité-là, mais dans le fond, on ne connaît pas les motifs; on ne sait pas dans le détail pourquoi (...) alors que du côté du milieu (littéraire), cette proposition a été abondamment documentée. C'est le fruit d'une réflexion, on a beaucoup regardé ce qui s'est fait dans d'autres pays», a plaidé M. Farley-Chevrier.

Le dossier du prix unique du livre traîne depuis plusieurs mois, sur fond de coups d'éclats menés par le mouvement Sauvons les livres, dont fait partie l'UNEQ. Plusieurs auteurs, dont Michel Tremblay, Dany Laferrière et Kim Thuy ont appuyé publiquement cette mesure.

La consultation devrait s'échelonner sur les prochains mois. Hélène David a dit s'attendre à recevoir des recommandations découlant de ce processus au cours de l'automne.

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