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Nouvel incident entre le Maroc et la France, en crise depuis plus de trois mois

20/06/2014 01:29 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

Un nouvel incident impliquant une personnalité marocaine en France a tendu un peu plus cette semaine les relations entre Rabat et Paris, en crise depuis le dépôt dans l'Hexagone de plaintes pour torture à l'encontre de hauts responsables marocains.

Depuis fin février, la collaboration judiciaire entre les deux pays est suspendue à l'initiative de Rabat, sans avancée semble-t-il malgré "un travail diplomatique au plus haut niveau", selon le ministère des Affaires étrangères et les assurances françaises répétées "d'amitié", de "respect" et de "confiance" vis-à-vis du Maroc.

Un nouvel incident mercredi et une nouvelle plainte pour "torture" ou "traitement cruels et dégradants" visant le roi Mohamed VI risquent de ne pas faciliter les choses.

Hospitalisé dans l'établissement militaire du Val-de-Grâce à Paris, un général marocain, Abdelaziz Bennani, a subi, selon des sources marocaines, "une lâche agression morale" mercredi.

Le général aurait reçu une lettre de menaces remise par un ex-capitaine de l'armée marocaine, Mustapha Adib, depuis placé en garde à vue. Son avocat a annoncé vendredi qu'il portait plainte contre le général Bennani et contre le roi.

L'incident a valu une convocation jeudi à l'ambassadeur de France au Maroc Charles Fries, qui s'est vu signifier "le vif mécontentement du royaume".

En réponse, la France a "lancé une enquête et pris les mesures de protection nécessaires", a assuré vendredi le porte-parole du Quai d'Orsay Romain Nadal, jugeant "totalement anormal qu'une haute personnalité marocaine, qui vient en France pour des traitements médicaux, se voie délivrer des lettres menaçantes".

- Au coeur du problème, des plaintes pour torture -

Cet incident "isolé" selon Paris n'est que le dernier en date d'une série d'accrocs envenimant les relations franco-marocaines d'ordinaire bien cadrées.

Evénement déclencheur, et au coeur du problème: le dépôt de plaintes en février à Paris, au nom de la compétence universelle de la justice, pour "torture" et "complicité de torture" visant le patron du contre espionnage marocain Abdelattif Hammouchi.

Le 20 février, des policiers français s'étaient rendus à la résidence de l'ambassadeur du Maroc à Neuilly, une riche banlieue parisienne, pour apporter à M. Hammouchi une convocation du juge d'instruction.

"Certains hauts gradés marocains, eux-mêmes susceptibles d'être ciblés par la justice française, ont vécu d'une manière dramatique le fait qu'on puisse aller délivrer une convocation à la résidence de l'ambassadeur. Cela signifie qu'il n'y a plus de protection", analysait un spécialiste du Maroc.

Malgré un échange téléphonique qui avait suivi entre le président français François Hollande et le roi Mohammed VI, la colère de Rabat ne s'était pas apaisée, et le Maroc avait suspendu une semaine plus tard sa coopération judiciaire avec la France.

Des propos peu amènes sur le Maroc attribués à un diplomate français, ainsi que la fouille malencontreuse du chef de la diplomatie marocaine en mars à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle près de Paris, ont accentué la crise.

"L'objectif des autorités françaises est de reprendre au plus vite le cours normal de notre coopération dans tous les domaines", a répété M. Nadal.

Une rencontre politique à haut niveau a été évoquée à plusieurs reprises, mais ne s'est toujours pas concrétisée, faute d'avancée sur le fond des pourparlers. Aucune visite du chef de la diplomatie française Laurent Fabius n'est prévue pour le moment, selon le Quai d'Orsay.

Pourtant, la suspension de la coopération judiciaire entre les deux pays, dont les liens humains sont particulièrement nombreux - plus d'un million de Marocains vivent en France et près de 80.000 Français dans le royaume - entraîne le blocage de dizaines de dossiers et pèse lourdement sur les procédures.

Les demandes d'extradition, de transfèrement de prisonniers, d'auditions de témoins, sont bloquées. En mai, une vingtaine de détenus français au Maroc avaient débuté une grève de la faim pour alerter sur leur sort. Rabat avait répondu en créant une commission chargée d'examiner leur cas "à titre exceptionnel et humanitaire".

Par ailleurs, près d'une centaine de dossiers de litiges parentaux ou versements de pensions sont en souffrance, selon le Quai.

"Tout est rigoureusement bloqué pour le moment. On ne peut pas continuer comme ça", déplore une source judiciaire française.

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