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L'épidémie d'Ebola est «hors de contrôle», prévient Médecins sans frontières

20/06/2014 09:28 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

DAKAR, Sénégal - L'épidémie du virus d'Ebola qui déferle sur l'Afrique de l'Ouest est «complètement hors de contrôle», a prévenu un dirigeant de Médecins sans frontières, avant d'ajouter que l'organisation médicale a atteint la limite de ses capacités.

Le directeur des opérations de MSF à Bruxelles, Bart Janssens, a déclaré vendredi que l'agence internationale et les gouvernements impliqués doivent déployer davantage de travailleurs et accentuer les messages d'intérêt public pour freiner la progression de la maladie.

M. Janssens a prévenu que l'épidémie est loin d'être terminée et qu'elle sera probablement la plus meurtrière jamais vécue. De fait, un autre responsable de l'organisation est venu confirmer ce triste état de fait.

Les plus récentes données de l'Organisation mondiale de la santé font état de plus de 330 morts en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia.

«Il est évident que nous sommes maintenant frappés par la deuxième vague de l'épidémie, a dit M. Janssens. Selon moi, c'est totalement hors de contrôle.»

L'épidémie, qui a pris naissance en Guinée à la fin de l'an dernier ou au début de cette année, semblait avoir ralenti, avant de reprendre de la vigueur au cours des dernières semaines. Elle s'est notamment propagée pour la première fois à Monrovia, la capitale du Liberia.

«Il s'agit de la plus importante éclosion de l'histoire, en plus d'avoir le plus grand nombre de victimes jamais recensé, alors tout cela est certainement sans précédent», a indiqué Armand Sprecher, spécialiste de la santé publique travaillant avec MSF.

Selon une liste de l'OMS, le bilan le plus lourd jusqu'ici était celui de la première épidémie d'Ebola enregistrée au Congo en 1976, lorsque 280 décès ont été enregistrés. Puisque l'Ebola frappe souvent dans des régions éloignées, et que les premiers cas passent parfois sous le radar, il est probable que des décès ne soient pas comptabilisés, qu'il s'agisse de l'actuelle épidémie ou des précédentes.

«Je suis absolument convaincu que cette épidémie est loin d'être terminée et qu'elle continuera à faire plusieurs victimes, ce qui en fera certainement la pire de l'histoire», a ajouté M. Janssens.

Plus tôt cette semaine, une porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé, Fadela Chaib, a déclaré que les multiples emplacements où le virus a fait surface et son déplacement à travers les frontières en font «une des épidémies d'Ebola les plus difficiles jamais vues».

L'épidémie ne donne aucun signe de faiblesse et les gouvernements et organisations internationales sont «loin de remporter cette bataille», a dit vendredi Unni Krishnan, de l'organisme Plan international.

Mais les propos de M. Janssens sont encore plus alarmants — et il estime qu'on ne fait pas assez pour combattre le problème. «Il faut que les politiciens comprennent que c'est une très grande urgence, a-t-il lancé. Autrement, (l'épidémie) continuera à se propager, et c'est certain qu'elle atteindra d'autres pays.»

Avec 40 employés sur le terrain et quatre centres de traitement, MSF a atteint la limite de sa capacité, même si la situation nécessiterait encore plus de ressources.

«C'est la première épidémie d'Ebola où des équipes de (MSF) sont incapables de répondre à tous les besoins, du moins dans les centres de traitement», a dit M. Janssens.

MSF ne sera possiblement pas en mesure d'installer au Liberia un centre de traitement comme ceux ouverts en Guinée et au Sierra Leone, a-t-il prévenu. Le groupe n'a plus d'employés expérimentés à solliciter, et ceux sur le terrain en sont déjà à une troisième ou une quatrième mission.

De son côté, Tolbert Nyenswah, sous-ministre de la Santé du Liberia, a souligné que des gens aux plus hauts échelons du pouvoir travaillaient pour contenir l'épidémie — la preuve: le Liberia a profité d'une longue période sans nouveaux cas avant que ne frappe la deuxième vague de l'épidémie.

M. Krishnan a souligné que l'épidémie frappe certains des pays les plus pauvres du monde, où le système de santé publique est déjà très fragile. «Les pays touchés sont au bas de l'indice du développement humain, a-t-il dit par voie de communiqué. Ebola met rudement à l'épreuve leurs capacités à freiner efficacement sa propagation.»

M. Janssens a quant à lui rappelé que l'épidémie a éclaté dans une région où les déplacements sont nombreux et à proximité de la ville guinéenne de Gueckedou, un important centre régional. Le virus s'est depuis propagé à des villes densément peuplées.

Il faut maintenant convaincre les gens infectés de se manifester, a-t-il dit, et de cesser de manipuler les victimes.

«Le comportement des gens n'a pas encore vraiment changé, a-t-il déploré. Plusieurs malades se cachent ou continuent à voyager. On continue aussi à entendre parler de pratiques funéraires dangereuses.»

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