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L'inflation canadienne a fait un bond étonnant à 2,3 pour cent en mai

20/06/2014 08:31 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

OTTAWA - L'inflation annuelle canadienne a surpassé la cible de la Banque du Canada en mai pour la première fois en plus de deux ans, soulevant le dollar canadien et relançant la spéculation entourant les taux d'intérêt.

Le huard a clôturé vendredi en hausse de 0,61 cent US, à 93,1 cents US, après que Statistique Canada a indiqué que l'inflation annuelle avait progressé de trois dixièmes de point à 2,3 pour cent en mai, soutenue par la hausse des prix de l'énergie et d'autres augmentations dans plusieurs secteurs.

Le rapport a étonné les marchés et les économistes — et vraisemblablement la banque centrale — puisque la plupart s'attendaient à ce que l'inflation reste aux environs de deux pour cent.

L'inflation de base, qui ne tient pas compte des éléments dont les prix sont plus volatils, comme l'énergie, s'est aussi montrée frivole. Elle a également gagné trois dixièmes de point à 1,7 pour cent, près de la cible de la banque centrale.

Plusieurs observateurs s'attendent à ce que le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, puisse devoir nuancer son avertissement sur le risque de faible inflation et envisager de hausser les taux d'intérêt plus tôt que prévu, ce qui expliquerait la hausse d'un demi-cent du huard, ont indiqué des analystes.

«Cela n'arrivera pas maintenant, mais contentons-nous de dire que quelques personnes croient que la banque pourrait bouger plus tôt que prévu», a estimé l'économiste en chef de BMO Marchés des capitaux, Douglas Porter.

«(Ce rapport) a certainement apaisé l'inquiétude quant à la possibilité que l'inflation recule à un plus faible niveau et, du même coup, pratiquement éliminé l'éventualité d'une baisse des taux d'intérêt», a renchéri l'économiste en chef adjoint de la Banque Royale, Paul Ferley.

La plupart des économistes s'attendent toujours à ce que la banque centrale augmente les taux à la mi-2015, mais si les chiffres des prochains mois devaient ressembler à ceux de mai, cela pourrait changer.

Les banques centrales considèrent le contrôle de l'inflation comme un élément clé de leur mandat, et bien que le risque d'une envolée des prix semble minime dans une économie qui est toujours considérée comme faible, les prix croissent généralement de façon constante depuis le début de l'année au Canada et aux États-Unis. En octobre dernier — il n'y a donc pas si longtemps — l'indice annuel des prix à la consommation canadien n'était que de 0,7 pour cent.

Si cette tendance se poursuit, M. Porter croit qu'elle pourrait mettre à l'épreuve les convictions de la Banque du Canada et de la Réserve fédérale des États-Unis, qui jugent que la pression sur les prix reste limitée malgré cinq années de faibles taux d'intérêt.

La semaine dernière, certains analystes ont critiqué M. Poloz parce qu'il assurait que la récente progression de l'indice des prix à la consommation n'était qu'un phénomène temporaire essentiellement attribuable aux coûts de l'énergie et que le vrai danger restait un retour à une trop faible inflation.

Selon M. Porter, cette idée n'est plus d'actualité. Même si le danger d'en arriver à une inflation de plus de trois pour cent est faible, il y a aussi peu de raisons de croire que l'indice des prix puisse reculer bientôt en deçà d'un pour cent.

Hausses généralisées

Les données du mois de mai ont été fortement influencées par un bond des prix de l'énergie — 8,4 pour cent plus élevés qu'au même mois l'an dernier. Pour le gaz naturel, cette progression est de 21,3 pour cent.

Mais les gains ont malgré tout été généralisés et toutes les principales composantes de l'indice de Statistique Canada ont avancé. Les coûts du logement ont gagné 3,4 pour cent, ceux des transports ont augmenté de 2,7 pour cent, et ceux des aliments, 2,3 pour cent. Les prix du secteur des boissons alcoolisées et des produits du tabac ont progressé de 3,6 pour cent.

La hausse soutenue des prix de la viande depuis janvier a contribué à la croissance de l'inflation de base, a précisé l'agence gouvernementale. Les consommateurs déboursent 10 pour cent de plus pour le boeuf qu'au début de l'année, et 12,2 pour cent de plus pour le porc.

Malgré les hausses, certains prix ont diminué depuis un an. Les produits laitiers, l'équipement informatique numérique, le café et le thé et l'équipement vidéo ont tous coûté moins cher le mois dernier qu'un an plus tôt.

Au chapitre des différentes régions du pays, l'inflation la plus forte a été observée en Ontario, à 2,8 pour cent, tandis que la plus faible provenait de la Colombie-Britannique, à 1,5 pour cent. Au Québec, l'inflation s'est établie à 1,6 pour cent d'une année à l'autre.

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