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La conductrice ayant causé un accident mortel à cause de canards est coupable

20/06/2014 10:56 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - La jeune femme à l'origine d'une collision ayant fait deux morts en juin 2010 après qu'elle eut immobilisé son véhicule sur l'autoroute 30, en Montérégie, pour venir aux secours de canards, a été reconnue coupable, vendredi, par un jury.

Emma Czornobaj a ainsi été reconnue coupable des deux accusations de négligence criminelle ayant causé la mort, et des deux autres de conduite dangereuse ayant causé la mort.

La femme âgée de 25 ans s'était immobilisée en pleine voie de gauche sur l'autoroute 30, à la hauteur de Candiac, afin de sauver quelques canards qui marchaient sur l'accotement. L'amoureuse des animaux autoproclamée a affirmé au tribunal ne pas avoir vu la mère cane à proximité des canetons, et avoir eu l'intention de capturer les petits et de les ramener à la maison.

Les deux victimes, André Roy, âgé de 50 ans, et sa fille Jessie, âgée de 16 ans, prenaient place sur une motocyclette lorsqu'ils ont embouti sa voiture immobilisée.

Le jury de 10 hommes et deux femmes, qui en était à une quatrième journée de délibérations, vendredi, a fait état d'un verdict unanime à la juge Éliane Perreault, de la Cour supérieure du Québec.

Emma Czornobaj a été libérée jusqu'aux observations sur la peine, le 8 août.

Une condamnation de négligence criminelle ayant causé la mort est passible d'une peine maximale d'emprisonnement à vie, tandis qu'une peine maximale de 14 ans de prison est prévue pour conduite dangereuse ayant causé la mort.

Emma Czornobaj n'avait pas de dossier criminel. Il a été dit en cour que la femme comptait trois années d'expérience de conduite automobile.

L'avocat de la jeune femme, Marc Labelle, avait fait valoir que sa cliente s'était retrouvée bien malgré elle au coeur de l'accident.

Czornobaj, qui a versé des larmes lors du prononcé du verdict, vendredi, avait été la seule à témoigner pour sa défense. L'avocat a dit que sa cliente était «sous le choc et émotive» à l'égard du verdict et de la mort du père et de sa fille.

Elle n'a pas dit mot aux journalistes et a traversé rapidement le corridor du palais de justice accompagnée de sa mère, tenant un journal pour dissimuler son visage.

Me Labelle a fait valoir l'absence d'«intention criminelle» de sa cliente, laissant peu de doute sur la volonté d'aller en appel de la décision du jury.

«Je suis un peu inconfortable avec ce verdict. On est tous conscients que d'arrêter son véhicule dans la voie de gauche n'est pas une bonne idée, et qu'on peut même considérer que c'est dangereux. Mais si la personne n'a pas d'intention criminelle, n'a pas fait de vitesse ou n'a pas consommé d'alcool, s'il n'y a rien dans sa conduite à part la décision discutable d'aller sauver des canards, est-ce qu'on peut soumettre ça à un jury et puis dire 'vous pouvez déduire de ce fait l'intention criminelle parce que le geste est objectivement dangereux'?», a-t-il demandé.

L'avocat pense que les critères de négligence criminelle devraient être revus, estimant que la juge n'avait d'autre choix que de donner de telles instructions au jury. «Je pense que ça pourrait être une situation à soumettre à un tribunal supérieur», a poursuivi l'avocat, évoquant le fait que la capacité de payer de sa cliente entrerait aussi en ligne de compte.

Me Labelle a aussi dit vouloir éviter la prison pour sa cliente, tout en soulignant que des modifications à la loi datant de 2007 faisaient en sorte qu'une peine avec sursis n'était plus possible dans les cas d'un délit ayant causé la mort.

Pauline Volikakis, dont le mari et la fille sont morts dans la collision, a refusé de prédire ce que serait la peine imposée, disant seulement vouloir aller de l'avant avec sa vie.

«Ça été difficile, et là c'est terminé. On passe à autre chose et on espère que ça va aller bien», a-t-elle affirmé à l'extérieur de la salle d'audience. «Dans tout ça, je ne souhaite pas le malheur à personne. Je veux juste qu'on continue ma famille et moi-même, qu'on regarde vers l'avant (...) Tout cela ne va pas ramener mes êtres chers», a-t-elle dit, la voix tremblante.

Un agent de la Sûreté du Québec a témoigné au procès que M. Roy roulait à une vitesse oscillant entre 113 et 129 km/h au moment où il a appliqué les freins. La moto est tout de même entrée en collision avec la voiture immobilisée de l'accusée à une vitesse oscillant entre 105 et 121 km/h, a indiqué le témoin expert de la Couronne.

À l'extérieur de la salle d'audience, la procureure de la Couronne Annie-Claude Chassé a dit avoir beaucoup de respect pour le jury, qui n'avait pas une «décision facile à prendre».

«On espère juste qu'un message clair a été envoyé à la société qu'on ne s'arrête pas sur la route pour des animaux — cela n'en vaut pas la peine», a-t-elle ajouté.

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