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Inde: des conseil d'administration en famille pour respecter les quotas de femmes

20/06/2014 07:39 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

Contraint de se conformer à une nouvelle loi destinée à remédier à l'absence de femmes dans les conseils d'administration, l'homme le plus riche d'Inde a trouvé la femme idéale pour cet emploi: son épouse.

Nita Ambani, plus connue pour l'édification du gratte-ciel familial à Mumbai, a rejoint mercredi le conseil d'administration du conglomérat indien Reliance Industries dirigé par son mari Mukesh, un choix familial retenu par plusieurs sociétés indiennes.

La loi adoptée l'an dernier en Inde vise à accroître le nombre de femmes dans les directions des grandes entreprises et prévoit qu'un moins une femme siègera au conseil d'administration des groupes cotés.

Mais les analystes ne sont pas étonnés du peu de femmes parvenant à percer le plafond de verre pour parvenir à la direction d'un groupe en Inde, pays mal classé dans les études sur la place des femmes dans l'entreprise.

"Mon cabinet de chasseur de tête existe depuis une décennie et aucune entreprise n'est venue me demander de trouver une femme venant de l'extérieur afin de siéger à son conseil", explique Mahalakshmi, qui dirige le cabinet Professionele Consulting.

"Les entreprises veulent quelqu'un qu'elles puissent influencer", poursuit-elle.

La place des femmes en Inde a été sous les projecteurs du monde entier fin 2012 après le viol barbare d'une étudiante à New Delhi, morte de ses blessures, qui a déclenché une vague d'indignation.

Même si le nouveau Premier ministre Narendra Modi a agréablement surpris les militants des droits des femmes en nommant un quart d'entre elles à des postes ministériels, une nette progression par rapport à l'exécutif précédent, le chemin reste long à parcourir dans l'entreprise.

- A la traine des classements mondiaux -

Les femmes représentent environ la moitié des 1,2 milliard d'habitants de l'Inde mais en terme de taux d'emploi, le pays n'arrive qu'au 120e rang sur 131 nations analysées par l'Organisation internationale du travail (OIT) en 2013.

Le classement Global Gender Gap 2013 du Crédit Suisse classe l'Inde au 101e rang sur 136 et évalue à 9% le nombre d'entreprises interrogées ayant des femmes dans leurs conseils.

La difficulté de voir émerger des talents féminins s'explique plutôt par la perception d'une barrière due à la forte présence d'hommes que par une absence supposée de compétences, estime Kiran Mazumdar Shaw, fondatrice et dirigeante de Biocon, entreprise de biotechnologies.

"Il s'agit d'un écosystème axé sur la sélection négative qui exclut les femmes. Les critères d'emploi sont établis de telle façon que seuls les hommes sont sélectionnés", ajoute-t-elle.

"Ainsi une entreprise peut promouvoir la prise de risques mais son conseil d'administration fera preuve d'aversion au risque et se montrera très conventionnel quand il s'agit d'intégrer des femmes", dit-elle à l'AFP.

Shaw explique qu'elle a dû lutter contre les préjugés sur sa "crédibilité" quand elle a crée Biocon il y a 36 ans mais qu'elle a tenu bon.

Dans certains cas, les femmes elles-mêmes se montrent réticentes à se mettre en avant, craignant de n'être que la caution féminine réduite à approuver des décisions sans pouvoir apporter de perspective nouvelle.

Elles se demandent parfois "si leur voix sera entendue", relève Padmaja Alaganandan, consultante en ressources humaines pour PricewaterhouseCoopers.

Aussi, beaucoup d'entreprises choisissent la facilité pour leur conseil et sélectionnent l'une des rares femmes déjà connues dans le monde des affaires ou un proche de la direction, comme le prouvent plusieurs exemples récents.

Le fabricant et distributeur de vêtements Raymond Group, le conglomérat Modi Group ou encore le groupe Century Textiles and Industries ont ainsi choisi des femmes proches de la direction pour entrer au conseil.

Copropriétaire enthousiaste de l'équipe de cricket de Mumbai, Nita Ambani a une faible expérience en entreprise et sa réussite la plus connue est le gratte-ciel familial de 27 étages désigné comme "le logement le plus cher du monde".

"La loi devrait rendre obligatoire la désignation de femmes comme membres indépendants du conseil d'administration. La désignation de femmes membres de la famille ne respecte pas l'esprit de la loi", estime la dirigeant de Biocon.

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