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Alstom: Paris choisit l'Américain GE au détriment de Siemens, mais pose ses conditions

20/06/2014 01:21 EDT | Actualisé 20/08/2014 05:12 EDT

L'Etat français s'est finalement rangé en faveur de l'Américain General Electric pour la reprise d'Alstom, tout en posant nombre de conditions, et a annoncé son entrée au capital du groupe industriel français à hauteur de 20%, repoussant l'offre de l'Allemand Siemens.

Le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, qui avait lui-même bataillé contre la première proposition de rachat de l'essentiel d'Alstom par GE et penché au départ pour l'offre allemande, a annoncé lors d'une conférence de presse à Bercy en fin d'après-midi avoir envoyé une lettre d'intention au patron de GE, Jeff Immelt, lui précisant les conditions de cette alliance GE-Alstom.

L'Etat français va ainsi entrer au capital du groupe français spécialisé dans l'énergie et les transports à hauteur de 20% dans le cadre d'une alliance avec le conglomérat américain, qui a été préféré aux concurrents Siemens et Mitsubishi Heavy Industries.

C'est au conseil d'administration d'Alstom qu'il revient à présent de décider si le groupe entre en négociations exclusives avec GE, au plus tard lundi, date de l'expiration de l'offre de l'américain. Une réunion du CA d'Alstom était en cours vendredi soir.

Afin que le gouvernement puisse exercer sa "vigilance patriotique", selon les termes du ministre, l'Etat va racheter les deux tiers de la participation de Bouygues, et devenir avec 20% du capital le principal actionnaire d'Alstom, a-t-on indiqué à Bercy. Cette part s'élève à 1,72 milliard d'euros, selon le cours du titre vendredi à la clôture.

En outre, "une co-entreprise spécifique française dans le nucléaire et la vapeur sera constituée: Alstom sera maintenue dans une alliance à 50/50 dans le nucléaire, la vapeur ainsi que toutes les activités de la transition énergétique. Cette alliance est donc garantie par l'arrivée de l'Etat aux commandes d'Alstom, c'est en quelque sorte l'Etat qui assure l'effectivité, la solidité et la pérennité de cette alliance", a ajouté le ministre.

M. Montebourg a par ailleurs prévenu qu'il y aurait des "pénalités" si les engagements de GE sur l'emploi n'étaient pas tenus.

La lettre d'intention est en train d'être examinée par M. Immelt et la direction de GE, a-t-on indiqué dans l'entourage du groupe américain.

Concernant l'offre concurrente de Siemens et Mitsubishi Heavy Industries, Arnaud Montebourg a souligné que ce projet de groupe franco-allemand de l'énergie qui aurait été composé par Alstom et Siemens s'était "heurté aux règles de la concurrence" de Bruxelles, "principal obstacle à la création de champions européens" selon le ministre.

- Paris a fait monter les enchères -

Le gouvernement français estimait vendredi que son interventionnisme avait payé. Siemens et MHI étaient entrés dans la course en début de semaine et depuis, Paris jouait l'un contre l'autre pour faire monter les enchères.

L'Américain avait amélioré son offre jeudi, avec notamment une concession de taille au gouvernement.

GE a indiqué qu'il entendait désormais créer trois coentreprises à parité (turbines à vapeur, réseaux et énergies renouvelables) avec Alstom et lui céder son activité de signalisation, tout en maintenant sa valorisation de 12,35 milliards d'euros pour les activités convoitées.

Surtout, la nouvelle proposition comporte des assurances sur la question ultrasensible du nucléaire: dans l'alliance à 50-50 dans les turbines à vapeur, l'Etat français aurait un droit de veto dans le domaine de la sécurité et "des droits de gouvernance spécifiques".

Alstom fournit à EDF les turbines à vapeur pour les réacteurs de ses centrales nucléaires, et Paris répugne à voir passer sous pavillon américain cette activité qui touche à la souveraineté du pays.

Le siège de quatre activités (réseaux, éolien en mer, hydro-électrique et turbines à vapeur) serait en outre localisé en France, a promis GE.

L'offre concurrente du tandem germano-nippon avait également été rehaussée vendredi, avec une mise de 8,2 milliards d'euros sur la table en numéraire, contre 7 milliards d'euros dans une première mouture.

Siemens mettait également à disposition son activité de signalisation (à l'instar de GE) pour la création d'une coentreprise dans "le management de la mobilité".

Le patron de Siemens, Joe Kaeser, était lui-même venu présenter cette nouvelle version à François Hollande en début d'après-midi, dans la foulée d'un entretien du président français avec Jeff Immelt, PDG de GE.

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