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Tunisie: "le grand danger pour les prochaines élections c'est l'abstention" (Ben Jaafar)

19/06/2014 06:21 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

Le président de l'Assemblée constituante tunisienne Mustapha Ben Jaafar a mis en garde jeudi contre la désaffection des Tunisiens envers la politique et le risque d'abstention aux prochaines élections générales, prévues pour la fin de l'année.

"Le grand danger qui menace les prochaines élections, c'est l'abstention", a estimé M. Ben Jaafar, en visite à Paris, lors d'une rencontre avec la presse.

Plus de trois ans après la révolution de janvier 2011 qui a entraîné la chute de Zine el Abidine Ben Ali, l'instance chargée d'organiser les élections en Tunisie a proposé en début de semaine la tenue de législatives en octobre et de la présidentielle en novembre et décembre.

"S'il y a une crainte, c'est la désaffection pour le politique. Elle est compréhensible, car beaucoup de Tunisiens, surtout des jeunes, ont pensé à tort qu'avec le départ de Ben Ali, tout allait être résolu, notamment en matière de chômage et de précarité", a estimé M. Ben Jaafar, qui dirige l'Assemblée nationale constituante élue en octobre 2011 lors du premier scrutin libre en Tunisie.

"Cette désaffection a été entretenue par les chamailleries, les combats de coqs, qui n'ont pas toujours donné la meilleure image de la classe politique", a reconnu le chef du parti Ettakatol (gauche), allié depuis 2011 avec les islamistes d'Ennahda et le CPR (gauche nationaliste) du président Moncef Marzouki pour diriger la transition avant les élections générales.

M. Ben Jaafar, qui n'exclut pas de se présenter à l'élection présidentielle -- "je n'ai pas encore de réponse, même si c'est un secret de polichinelle que mon parti pousse à ma candidature --, a estimé que son parti devrait axer sa campagne sur le modèle de développement souhaité pour la Tunisie.

"Il faut s'attaquer maintenant aux réformes structurelles, la santé, l'éducation, les infrastructures", a-t-il dit, alors que la Tunisie peine toujours à se relever du choc économique post-révolution.

La transition politique, marquée par des crises à répétition, les conflits sociaux et l'essor des violences attribuées aux jihadistes ont miné la croissance, dont le taux pour 2014 a été revu à la baisse à 2,8% contre 3,5% par la Banque centrale tunisienne.

Le chômage, l'un des facteurs clés de la révolte, reste élevé, touchant 15% de la population active et plus de 30% des diplômés.

L'organisation d'élections en 2014 a été décidée dans le cadre d'un vaste accord entre les partis pour résoudre la profonde crise politique déclenchée par les assassinats de deux opposants en 2013.

Cet accord a déjà permis l'adoption de la nouvelle Constitution, et conduit les islamistes d'Ennahda, majoritaires à l'Assemblée, à laisser le pouvoir à un gouvernement d'indépendants en début d'année.

cf/nou/jh

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