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Mauritanie: le président Aziz, un ex-général discret et déterminé

19/06/2014 08:21 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, candidat à sa succession au scrutin de samedi, est un ex-général discret et déterminé, arrivé au pouvoir par un putsch en août 2008 avant de se faire élire un an plus tard.

M. Aziz, alors colonel de l'armée, s'était distingué par son soutien à la candidature de celui qu'il renversera, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu du pays, en mars 2007, face au chef de l'opposition Ahmed Ould Daddah.

Un soutien récompensé en janvier 2008: le colonel Aziz devient alors général et chef d'état-major particulier du nouveau président, qu'il déposera sans violence six mois après.

Crâne dégarni, visage sévère barré par une moustache noire, le plus souvent vêtu d'un strict costume-cravate, le président sortant, 57 ans, est un homme à poigne ayant su lutter efficacement contre les groupes islamistes armés qui semaient la terreur en Mauritanie à son arrivée au pouvoir.

Membre fondateur et président du "G5 Sahel", créé en février avec pour mission d'assurer la sécurité des frontières de cinq pays sahéliens - Mali, Niger, Burkina, Tchad et Mauritanie -, il a très vite fait de la lutte contre "le terrorisme" sa priorité, n'hésitant pas à ordonner des raids au Mali voisin contre des bases d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Alors que la Mauritanie était confrontée à des attentats et des enlèvements d'Occidentaux, le président Aziz, élu en 2009 pour cinq ans dans des conditions contestées par l'opposition, n'a cessé de renforcer son armée.

Il s'est ainsi démarqué du président Ould Cheikh Abdallahi, accusé de ne pas avoir pris suffisamment au sérieux la menace représentée par Aqmi.

Dès juillet 2010, l'armée mauritanienne lance des raids contre des bases d'Aqmi au Mali, qui se sont poursuivis jusqu'en 2011.

Pendant cette période, des soldats mauritaniens se sont même installés dans la région de Tombouctou (nord-ouest du Mali) pour y mener des opérations conjointes contre Aqmi avec l'armée malienne.

Cette politique "préventive", destinée à empêcher les jihadistes d'agir en Mauritanie, a porté ses fruits: les services de sécurité et l'armée ont déjoué plusieurs tentatives d'attentats, dont l'une contre le président lui-même, et il n'y a plus eu d'enlèvements en territoire mauritanien.

- Régime stable et résistant -

Président en exercice de l'Union africaine (UA), M. Aziz vient de dépêcher une force de quelque 150 hommes en Côte d'Ivoire pour la stabilisation de ce pays et s'est déclaré prêt à participer à la future force de l'ONU en Centrafrique déchirée par la guerre civile, ainsi qu'au renforcement de celle déjà en place au Mali.

Le 23 mai, il a réussi à arracher un cessez-le-feu qui tient toujours entre des groupes rebelles, notamment touareg, et l'armée malienne, après un brusque regain de tension marqué pendant plusieurs jours par des combats sanglants.

Né en décembre 1956 à Akjoujt au nord-est de Nouakchott, issu de la tribu maraboutique des Oulad Besbâ, fortement présente en Mauritanie et au Maroc voisin, M. Aziz, ancien chef de la garde présidentielle, a réussi à bâtir un régime stable qui a résisté à des épreuves multiples.

En octobre 2012, il a été blessé à l'abdomen, "par erreur", par des soldats de son armée près de Nouakchott et a dû passer plusieurs semaines en France pour se soigner et se reposer.

Pendant cette absence et sous la direction de son compagnon de toujours, le général Mohamed Ould Ghazouani, chef de l'armée, son régime n'a pas été ébranlé.

En dépit de quelques manifestations de l'opposition contre "un pouvoir militaire despotique", la Mauritanie a également échappé aux "printemps arabes" qui ont secoué la Tunisie et l'Egypte.

Mohamed Ould Abdel Aziz a rejoint l'armée en 1977 à sa sortie de l'Académie royale militaire de Meknès, au Maroc. Il gravit rapidement les échelons et est chargé de la mise en place et de la direction de la garde présidentielle créée sous le régime de Maaouiya Ould Taya (1984-2005).

Sous sa férule, ce corps d'armée est à l'origine du coup d'Etat ayant renversé le président Ould Taya en août 2005. M. Aziz a fait partie de la junte qui a dirigé le pays de 2005 à 2007 avant de rendre le pouvoir aux civils, puis de le reprendre l'année suivante.

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