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Les forces irakiennes s'accrochent à la raffinerie de Beiji

19/06/2014 08:52 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

BAGDAD - Les soldats irakiens et des hélicoptères de combat semblaient tenir bon, jeudi, après trois jours de combats contre les militants sunnites pour le contrôle de la plus grande raffinerie de pétrole du pays, tandis que l'avenir du premier ministre Nouri al-Maliki serait de plus en plus compromis.

En fin de journée, jeudi, les deux camps contrôlaient différentes parties de la raffinerie qui s'étend sur plusieurs kilomètres carrés dans le désert.

Les combats près de Beiji surviennent au moment où l'Irak demande aux États-Unis de lancer des frappes aériennes contre les insurgés du groupe État islamique d'Irak et du Levant (ÉIIL). Jeudi après-midi, le président Barack Obama a réitéré que les forces américaines ne combattraient pas en Irak, mais qu'il était prêt à déployer quelque 300 conseillers militaires.

La perte de la raffinerie de Beiji, à environ 250 kilomètres au nord de Bagdad, serait un symbole dévastateur de l'impuissance du gouvernement devant le soulèvement déterminé de militants hostiles à l'Occident. Ainsi, le combat tenace pour cette raffinerie démontre bien le désespoir du gouvernement, qui perd du terrain dans son propre pays, pour stopper l'avancée des extrémistes sunnites, menés par l'ÉIIL allié à des tribus sunnites et des éléments du défunt parti Baas de Saddam Hussein.

Cette bataille reflète aussi le besoin, pour le premier ministre al-Maliki, de remporter une victoire alors que des leaders à Bagdad et à Washington remettent en question sa présence à ce poste.

Des politiciens au fait de la situation ont révélé deux noms de possibles remplaçants au premier ministre, soit l'ancien vice-président Adel Abdul-Mahdi, un économiste chiite diplômé en France, et Ayad Allawi, un chiite qui a été premier ministre immédiatement après le renversement de Saddam Hussein. M. Abdul-Mahdi fait partie d'un parti chiite modéré qui entretient des liens étroits avec l'Iran.

Un député chiite, Hakim al-Zamili, a affirmé qu'une rencontre entre des leaders politiques et des responsables américains avait eu lieu au cours des derniers jours, pour discuter du futur du premier ministre Nouri al-Maliki. Il ignorait qui avait assisté à la réunion.

Le député appartient à un parti fidèle à Moqtada al-Sadr, un fils d'ayatollah anti-américain qui a publiquement réclamé le remplacement de M. al-Maliki. Hakim al-Zamili estime toutefois que le remplacement du premier ministre devrait attendre après que les forces gouvernementales auront repoussé les combattants sunnites.

«Nous avons demandé aux États-Unis, à l'Angleterre, à la Turquie, à l'Arabie saoudite et à l'Iran de faire en sorte qu'un nouveau mandat soit refusé à M. al-Maliki», a pour sa part affirmé le porte-parole d'un parlementaire sunnite.

Beaucoup d'anciens alliés kurdes et chiites ont également réclamé que le premier ministre ne puisse obtenir un troisième mandat, sous prétexte qu'il les a exclus la semaine dernière d'un cercle restreint de décideurs.

Un témoin a raconté que les militants ont installé des points de contrôle autour de la raffinerie de Beiji et qu'ils ont hissé leur bannière noire sur des tours de garde.

Un militant qui assiège la raffinerie a confirmé par téléphone qu'elle est toujours contrôlée par les forces gouvernementales car l'intervention d'hélicoptères militaires ralentit leur offensive. Il n'était pas possible de vérifier la véracité de ses propos.

L'officier responsable de la protection de la raffinerie, le colonel Ali al-Qureishi, a déclaré au réseau de télévision Iraqiya que ses hommes contrôlent toujours la raffinerie et qu'une centaine d'insurgés ont été tués depuis mardi.

Cette raffinerie représente un peu plus du quart de la capacité de traitement du pays — le tout pour consommation nationale. Un long arrêt des activités à Beiji pourrait entraîner des pénuries et de longues files aux stations-service, en plus de pannes d'électricité, ajoutant au chaos ambiant en Irak.

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