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Apprentissage de l'anglais au primaire: Bolduc rejette le mur à mur

19/06/2014 03:53 EDT | Actualisé 19/08/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - L'apprentissage intensif de l'anglais au niveau primaire sera obligatoire mais sans «mur à mur», a indiqué jeudi le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc.

«L'idée générale était celle-là (le mur à mur) mais en cours de route, il faut être capable de l'adapter aux conditions particulières», a déclaré M. Bolduc.

À l'occasion de l'étude des crédits de son ministère à l'Assemblée nationale, M. Bolduc a dit vouloir implanter le programme avec souplesse, en tenant compte des exceptions et des cas particuliers.

«Si c'est bon pour tous les élèves, peut-être que pour quelques élèves ce serait un peu plus difficile, donc il faut être capable de s'adapter et ce n'est pas nécessairement du mur à mur. La réponse, je crois, c'est de rendre l'anglais obligatoire à un moment donné dans l'apprentissage de l'étudiant, en tenant compte qu'il pourrait y avoir des situations particulières auxquelles on doit répondre pour le bien de l'enfant», a-t-il expliqué.

Au fil des années, de nombreuses critiques se sont élevées contre l'enseignement intensif de l'anglais au primaire. Certains redoutent une entrave à l'apprentissage du français, d'autres s'inquiètent pour les élèves en difficultés.

Si des études démontrent que l'apprentissage intensif de l'anglais a des effets néfastes pour «certaines clientèles», le ministère de l'Éducation en tiendra compte, a assuré M. Bolduc.

«On doit être capable de s'adapter. Le ministre peut signer une décharge en disant, dans ce cas-là, on considère que c'est une exception et pour le bien de l'élève on va agir de telle façon. Quand les gens me disent: ''c'est 100 pour cent partout pareil'', il faut mettre des bémols», a-t-il argué.

L'engagement de soumettre les écoliers de 5e ou de 6e année du primaire à un apprentissage soutenu de l'anglais a soulevé l'enthousiasme des militants libéraux pendant la dernière campagne électorale. Déjà en 2011, l'ancien premier ministre Jean Charest avait annoncé son intention d'implanter la mesure dans toutes les écoles du Québec.

Le Parti québécois avait mis les freins à son retour au pouvoir, laissant aux écoles le libre-choix en cette matière.

Le ministre Bolduc souhaite pour sa part rendre le programme obligatoire et l'appliquer progressivement sur le territoire. Il faudra toutefois éviter le «dogmatisme» dans la démarche, a-t-il dit.

«Dans certains cas particuliers, il pourrait y avoir des exceptions», a-t-il insisté.

Mais le ministre est confiant, citant abondamment un récent rapport de l'École nationale d'administration publique (ÉNAP) selon lequel l'anglais intensif «est efficace et a des effets positifs sur la réussite et la motivation des élèves sans avoir d'effets négatifs sur les apprentissages des autres matières, y compris le français».

Sur l'île de Montréal, où la pérennité du français soulève régulièrement des inquiétudes, le ministre plaide pour la «vigilance» sans remettre en question les avantages de l'apprentissage précoce de l'anglais.

«Au Québec, ça se passe en français (mais) si on veut communiquer avec les autres au niveau international, il faut maîtriser l'anglais. Donc, l'anglais intensif sur l'île de Montréal peut s'installer mais on va être plus vigilant, on va voir comment on peut travailler avec les gens pour justement favoriser l'apprentissage de ces deux langues sans que l'une ne nuise à l'autre», a-t-il dit.

Le débat risque de perdurer encore longtemps. Compte tenu du travail de préparation qui reste à faire, le programme ne pourra être appliqué cette année ou l'an prochain, a mentionné M. Bolduc.

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