DIVERTISSEMENT

Lancement de l'exposition « Fugues se souvient : 30 ans d'homosexualité au Québec » (PHOTOS)

19/06/2014 11:45 EDT | Actualisé 19/06/2014 12:59 EDT
Fugues

Saviez-vous qu’en 1648, un jeune soldat avait été condamné à la peine capitale pour avoir eu des rapports homosexuels et qu’il a évité la mort grâce à l’intervention des Jésuites, qui ont proposé de faire de lui le premier bourreau de la Nouvelle-France? C’est l’une des innombrables découvertes que vous ferez en visitant l’exposition sur l’homosexualité au Québec, présentée par le magazine Fugues à l’Écomusée du fier monde de Montréal, tout au long de l’été.

L’exposition se décline en plusieurs sections thématiques où sont réparties les pages couvertures du magazine des 30 dernières années, des photographies, des articles, ainsi que des textes informatifs, simples, clairs et étoffés.

On y apprend qu’en 1869, Moïse Tellier a été arrêté dans son commerce, puisque son arrière-boutique servait à des «crimes rivalisant avec Sodome et Gomorrhe», selon un journal de l’époque. La première partie de l’exposition illustre également les confrontations violentes entre gais et policiers, les descentes dans les bars, la répression vécue lorsque le maire Jean Drapeau a voulu « nettoyer la ville » avant les JO de 1976, et l’évolution des droits et libertés à partir de 1969, lorsque le Bill Omnibus a décriminalisé les rapports sexuels entre personnes de même sexe.

Le « cancer gai »

Les visiteurs peuvent aussi découvrir et mieux comprendre l’origine du VIH, longtemps surnommé le « cancer gai ». «Étant donné que les homosexuels étaient marginalisés et réprimés à l’époque, plusieurs d’entre eux se rencontraient dans des lieux clandestins, où les rapports protégés n’étaient pas aussi répandus qu’aujourd’hui. La situation ouvrait la voie à la prolifération de la maladie», souligne Robert Bourdon, coordonnateur de l’exposition.

De larges sections de l’exposition sont consacrées à l’homophobie, à l’évolution du Village gai, aux mariages et à la parentalité, aux drags queen, aux événements majeurs comme la Fierté et le Black and Blue, ainsi qu’à la force économique des homosexuels, paraphrasée par l’expression «DINK» (Double Income No Kids), pour deux revenus, sans enfants.

Backroom

Tout au fond du musée, dans un coin à part, on retrouve plusieurs jouets et accessoires sexuels, un lexique sur l’univers gai et ses pratiques, ainsi qu’un code de foulards utilisés jadis pour exprimer ses préférences. La pièce est surnommée «Backroom», en référence aux bars et aux saunas gais qui possèdent une salle obscure où certains clients se rejoignent pour avoir des relations sexuelles.

Loin d’avoir été conçue pour un public d’initiés, l’exposition a été élaborée en fonction du grand public. «À l’exception de la section pour public averti à l’arrière, tout le contenu peut rejoindre monsieur et madame Tout-le-monde. On a fait l’expo pour que les gens qui ont vécu ou non cette évolution puissent se remémorer ou découvrir ce qui s’est passé», explique Robert Bourdon.

«Ce n’est pas une exposition pour enfants, c’est évident, mais les adolescents pourraient certainement apprécier, en étant accompagnés d’adultes pour certains contenus. Si un jeune gai venait avec ses parents, ce serait extraordinaire. Je suis convaincu que la famille sortirait grandie de sa visite, ne serait-ce que pour voir le chemin parcouru et se rappeler que la communauté va bien au-delà du défilé la Fierté et du Village.»

Bien plus que du sexe

Un coup d’œil aux pages couvertures du Fugues des trois dernières décennies démontre à quel point le jeune éphèbe peu vêtu est l’une des marques de commerce du magazine, mais les organisateurs précisent qu’il y a bien plus à voir. «Des beaux gars torses nus, on en voudra toujours dans nos pages, mais on a aussi beaucoup de contenu social, économique, politique, artistique, sportif et ludique. C’est la même chose avec l’exposition.»

Il est en effet impossible de terminer sa visite sans réaliser à quel point la société québécoise a changé face aux gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres. «Il y a une évolution majeure dans la façon de concevoir et d’interagir avec les membres de la communauté LGBT. Le Québec est un modèle à travers le monde. La visibilité des individus est beaucoup plus grande qu’avant et il y a bien moins de préjugés à défaire. Nous n’avons pas atteint un niveau d’acceptation globale, mais ce ne sera jamais parfait, car la différence dérangera toujours.»

L’exposition « Fugues se souvient : 30 ans d’homosexualité au Québec » est présentée du 19 juin au 31 août 2014 à l’Écomusée du fier monde, au 2050 rue Amherst à Montréal.

INOLTRE SU HUFFPOST

Exposition « Fugues se souvient : 30 ans d’homosexualité au Québec »