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Ukraine: proposition de cessez-le-feu du président Poroshenko pour l'est du pays

18/06/2014 04:40 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

KIEV, Ukraine - Le président ukrainien, Petro Porochenko, a déposé mercredi un plan de paix dans l'espoir de mettre fin aux violences dans l'est du pays.

Ce plan prévoit notamment un cessez-le-feu unilatéral de la part des forces gouvernementales, au terme de discussions avec des leaders russes et allemands.

Le plan de M. Porochenko permettrait aux insurgés prorusses qui sévissent dans l'est du pays de déposer les armes ou de quitter l'Ukraine. Il pourrait aussi désamorcer la pire crise à éclater entre l'Occident et la Russie depuis la fin de la guerre froide.

M. Porochenko et son homologue russe, Vladimir Poutine, avaient discuté d'un éventuel cessez-le-feu lors d'une conversation téléphonique, tard mardi. Le président ukrainien a aussi discuté de ses intentions avec la chancellière allemande, Angela Merkel.

«Le plan débutera quand j'ordonnerai un cessez-le-feu unilatéral, a déclaré M. Porochenko aux journalistes, à Kiev. Je peux dire que la période de cessez-le-feu sera plutôt courte. Nous anticipons, immédiatement après, le désarmement des forces militaires illégales.»

Il a ajouté que ceux qui déposeront les armes et qui n'ont pas commis de crimes graves auront droit à l'amnistie.

M. Porochenko a été élu à la présidence de l'Ukraine en mai. Depuis, il a fréquemment promis de prendre des mesures pour mettre fin aux violences. Lors de son discours d'assermentation, le 7 juin, il s'est dit prêt à négocier avec les habitants de la région, mais non avec les «terroristes (qui) ont du sang sur les mains».

Les leaders rebelles réclament le départ des soldats ukrainiens de l'est du pays avant l'ouverture de toute négociation. L'un d'entre eux, Denish Pushilin, a déclaré que la plus récente offre de M. Porochenko est «ridicule».

«Ils cessent de tirer, nous déposons les armes, et ensuite ils vont nous capturer sans défense», a-t-il dit.

Ce n'est pas la première fois que M. Porochenko réclame un cessez-le-feu, mais c'est la première fois qu'il annonce que les forces gouvernementales seront les premières à cesser les hostilités.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a déclaré qu'un cessez-le-feu suivi de négociations «pourrait être l'étape promise par le le président Porochenko, et que nous attendons tous».

M. Porochenko n'a pas précisé à quel moment le cessez-le-feu pourrait débuter, mais le ministre de la Défense, Mikhaïlo Koval, a annoncé que cela pourrait survenir «littéralement d'ici quelques jours».

Des responsables ukrainiens ont indiqué mercredi que la frontière entre l'Ukraine et la Russie a été presque entièrement sécurisée, une condition posée précédemment par le nouveau président à tout cessez-le-feu.

Des violences meurtrières

Par ailleurs, des observateurs onusiens déployés en Ukraine ont indiqué, mercredi toujours, qu'une prolifération des meurtres, de la torture et des enlèvements par des groupes prorusses dans l'est du pays avait fait plusieurs centaines de victimes depuis le mois dernier.

Selon ces 34 observateurs, au moins 356 personnes, dont 257 civils, ont perdu la vie depuis le 7 mai. Parmi les victimes, on compte 86 membres de l'armée ukrainienne, dont les 49 membres d'équipage et passagers de l'avion de transport militaire abattu par les séparatistes la semaine dernière. Les 13 autres décès ne sont pas accompagnés de détails.

Il y a également eu plus de 200 signalements de torture, indique le nouveau rapport, et 81 personnes ont été détenues alors que le conflit meurtrier fait toujours rage dans l'Est entre les troupes de Kiev et les prorusses.

«Nous parlons d'un règne de la peur, si ce n'est d'un règne de terreur, dans ces zones», indique Gianni Magazzeni, du département européen de l'agence onusienne des droits de l'Homme.

Toujours dans le rapport, la chef de l'agence, Navi Pillay, a ajouté qu'un «climat d'insécurité et de peur» avait entraîné l'exode de 34 000 personnes, dont pratiquement la moitié dans les régions de Donetsk et de Lougansk, qui ont déclaré leur indépendance par rapport à Kiev.

«L'escalade des activités criminelles entraînant des violations des droits de l'Homme n'est désormais plus limitée aux gestes contre les journalistes, les élus, les politiciens locaux, les fonctionnaires et les militants de la société civile, note le document. Enlèvements, détentions, mauvais traitements et torture, et meurtres par des groupes armés affectent désormais la population dans son ensemble dans les deux régions de l'Est.»

Selon M. Magazzeni, les observateurs ont constaté que plusieurs gens «craignent à un tel point pour leur vie qu'ils n'iraient même pas voter s'ils en avaient la chance».

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