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État islamique en Irak et au Levant attaque une importante raffinerie irakienne

18/06/2014 04:15 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

BAGDAD - Les forces irakiennes et des militants sunnites se sont affrontés dans le cadre de durs combats pour le contrôle de la plus grande raffinerie du pays, mercredi, alors que le premier ministre Nouri al-Maliki a déclenché une offensive diplomatique, prononçant un discours retransmis à la télévision pour tenter de récupérer l'appui des sunnites et Kurdes qui ont tourné le dos à son gouvernement.

Pendant ce temps, Bagdad a estimé avoir partiellement repris le contrôle d'une ville stratégique près de la frontière avec la Syrie.

Les termes conciliants de M. al-Maliki, combinés à un engagement à «faire la leçon» aux militants, surviennent alors que la quasi-totalité des principales communautés irakiennes ont été entraînées dans un sursaut de violence rappelant les jours sombres des violences sectaires d'il y a près d'une décennie.

Les États-Unis faisaient pression sur M. al-Maliki pour que celui-ci favorise l'inclusion politique et vienne couper les forces vives de l'insurrection en présentant des ouvertures aux sunnites, qui se plaignent depuis longtemps de discrimination de la part de son gouvernement et des forces de sécurité à majorité chiite.

À Washington, le président Barack Obama a informé les leaders du Congrès des options disponibles pour lutter contre l'insurrection, bien que la Maison-Blanche ait précisé que M. Obama n'avait pas encore pris de décision quant à la réponse face à l'effondrement sécuritaire en Irak. Le président peut encore choisir de lancer des frappes aériennes, mais celles-ci ne surviendraient pas rapidement, mentionnent des responsables, puisque les agences de renseignement peinent entre autres à trouver des cibles au sol.

Rejetant les accusations de biais défavorable contre les sunnites et les Kurdes, M. al-Maliki a plutôt martelé que l'État islamique d'Irak et du Levant (EIIL) affecterait l'ensemble de la population du pays.

Tard mardi, le premier ministre est apparu à la télévision avec des leaders sunnites et kurdes. Ensemble, ils ont présenté une déclaration commune à propos de l'importance de serrer les rangs et de s'en tenir aux «priorités nationales» face à la menace représentée par les militants.

Malgré tout, l'ouverture du premier ministre demeure théorique, sans geste concret pour combler les fossés.

De son côté, l'armée a annoncé avoir repoussé des attaques des militants contre la plus grande raffinerie du pays, en plus de reprendre des quartiers de la ville stratégique de Tal Afar, près de la Syrie.

Le porte-parole de l'armée, le lieutenant-général Kassim al-Moussawi, a affirmé que les troupes régulières avaient défendu la raffinerie de Beiji, à environ 250 kilomètres au nord de Bagdad, et que 40 attaquants avaient été tués lors de combats survenus pendant la nuit et tôt mercredi.

Cette raffinerie représente un peu plus du quart de la capacité de traitement du pays — le tout à des fins intérieures. Un long arrêt des activités à Beiji pourrait entraîner des pénuries et de longues files aux stations-service, en plus de pannes d'électricité, ajoutant au chaos ambiant en Irak.

Il a été impossible de confirmer de façon indépendante les affirmations des militaires. La raffinerie et Tal Afar se trouvent en effet dans la zone contrôlée par les militants, où les médias ne peuvent pénétrer.

La nature sectaire de la crise irakienne a attiré l'attention du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Dans un message prononcé lors d'une rencontre de l'Organisation du conseil de coopération économique islamique, il a demandé aux leaders irakiens de «se rassembler et de s'entendre sur un plan de sécurité national pour traiter la menace terroriste de l'EIIL».

«La situation qui se détériore rapidement en Irak est très alarmante et augmente les tensions sectaires dans la région, a dit M. Ban. Il est impératif que les actes de représailles soient évités, puisqu'ils ne peuvent qu'intensifier le cycle des violences.»

À New Delhi, le ministère indien des Affaires étrangères a indiqué que 40 ouvriers indiens de la construction ont été kidnappés en Irak. De son côté, le ministère turc des Affaires étrangères précise qu'une soixantaine de travailleurs, dont 15 Turcs, pourraient avoir été enlevés près de Kirkouk, dans le nord de l'Irak.

Les enlèvements sont jusqu'ici imputés à État islamique en Irak et au Levant car l'un des travailleurs enlevés a été relâché afin de raconter ce qu'il avait vu. On ignore où se trouvent les victimes.

Selon l'agence de nouvelles Dogan, les travailleurs étrangers provenaient aussi du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Turkménistan. Ils oeuvraient à la construction d'un hôpital à Kirkouk.

On rapporte enfin des combats entre des forces kurdes et les insurgés qui essaient de prendre la ville de Jalula, dans la province instable de Diyala, à environ 120 kilomètres au nord-est de Bagdad. Deux civils auraient été tués et six combattants kurdes blessés.

État islamique en Irak et au Levant a capturé d'importants territoires dans le nord de l'Irak au cours de la dernière semaine et son offensive fulgurante représente une grave menace pour la stabilité du pays.

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