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Mondial-2014 - France: La méthode Deschamps

18/06/2014 01:21 EDT | Actualisé 18/08/2014 05:12 EDT

Le renouveau de l'équipe de France et l'état d'esprit irréprochable qui y règne à l'occasion du Mondial trouvent leurs origines dans la méthode du sélectionneur Didier Deschamps. Décryptage.

. Gestion des hommes

Proche de ses joueurs et à l'écoute de son groupe, Deschamps privilégie le dialogue pour déminer une situation ou relancer un élément en perdition. Karim Benzema n'a pas caché que les discussions avec le sélectionneur lui avaient permis de se remettre en question et de briser le cercle infernal dans lequel il était enfermé pour devenir enfin l'arme fatale des Bleus en attaque. Il s'est engagé dans la même entreprise pour canaliser la trop grande énergie de Paul Pogba et aider la future star de l'équipe de France à maîtriser ses nerfs. Deschamps sait de quoi il parle puisqu'il a occupé le même poste (milieu) et évolué durant 5 saisons dans le même club (Juventus Turin) que le champion du monde des moins de 20 ans. En se passant de Samir Nasri, pourtant l'un des meilleurs joueurs français, il a su acheter la paix sociale et éviter d'éventuels conflits internes durant la Coupe du monde. Là aussi, c'est après des échanges avec plusieurs Bleus influents qu'il s'est résolu à écarter le sulfureux Mancunien. Les évènements qui ont suivi cette annonce et les tweets injurieux de la compagne de Nasri n'ont fait que valider ce choix a posteriori, avant qu'il ne se décide à porter plainte, histoire de marquer son autorité avant le début du stage de préparation. L'autre décision emblématique de son mandat participe de la même logique: en faisant d'emblée une distinction nette entre les 23 heureux élus et les 7 réservistes, il a tenu compte de précédents fâcheux pour ne pas pourrir l'ambiance durant la préparation et ne pas nourrir de rancoeurs ou d'aigreurs.

. Gestion tactique

L'expertise tactique de Deschamps se lit à travers son palmarès de joueur, le plus beau de l'histoire du football français, et une reconversion plus que réussie en tant qu'entraîneur. Selon Michel Platini, la chance a toujours accompagné "DD" durant sa carrière. Mais il y a sans doute beaucoup plus que cela, plutôt une science innée de la victoire. Tout n'a pas été rose depuis sa nomination en juillet 2012. Et 2013 a même failli être l'année de toutes les désillusions. Mais Deschamps a démontré son savoir-faire au cours de deux rendez-vous cruciaux: en octobre 2012 quand le repositionnement tactique opéré à la mi-temps d'Espagne-France a ouvert la voie vers le premier fait d'armes de son mandat (1-1), puis cette soirée du 19 novembre 2013 déjà entrée dans l'histoire des Bleus. Surclassée par l'Ukraine à Kiev en barrage aller (2-0), l'équipe de France était dos au mur et l'avenir de Deschamps assez hypothétique mais il a su rectifier le tir en changeant d'hommes et de stratégie pour aboutir à l'exploit au retour au Stade de France (3-0). Le socle et l'équipe-type des Bleus au Brésil sont nés ce soir-là.

. Gestion de la communication

Raymond Domenech, en guerre permanente avec la presse, abusait de provocations et de petites phrases inutiles, Laurent Blanc ne goûtait pas forcément le contact avec les médias. C'est tout le contraire avec Deschamps dont la décontraction et l'humour servent de remparts à toute polémique. Mais il sait aussi se fermer pour ne pas alimenter de controverse. Depuis le déclenchement de l'affaire Ribéry et les échanges d'amabilités entre le médecin des Bleus Franck Le Gall et celui du Bayern Munich, le célèbre Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt, le sélectionneur se refuse ainsi à tout commentaire sur le sujet, ce qui ne l'empêche pas d'en plaisanter avec les journalistes. A un reporter qui se faisait insistant sur la question, il n'a pas hésité à répliquer qu'il n'était "pas un bon relanceur". Et d'enchaîner avec humour: "Moi, j'étais plutôt un tacleur, et je n'en ratais pas beaucoup. Si tu veux éviter de te faire tacler..."

. Deschamps-Stéphan: un duo qui marche

Si Deschamps semble à l'aise dans son costume de sélectionneur, sa complicité avec son fidèle adjoint Guy Stéphan y est pour quelque chose. Les deux hommes se sont d'abord croisés à l'Euro-2000 où Stéphan officiait en tant que N.2 de Roger Lemerre. Il se sont ensuite retrouvés sur le banc de Marseille (2009-2012) pour ne plus se quitter. "C'est quelqu'un de fédérateur, un gagneur, à l'écoute, a expliqué Stéphan mardi. Il analyse et prend les décisions au moment où il faut les prendre. A Marseille, il y a eu beaucoup de hauts et aussi des moments difficiles, ça renforce des liens. On est amené à se voir plusieurs fois dans la journée, je nourris sa réflexion et je lui donne plein d'éléments pour lui permettre de prendre une décision."

kn/nip/jta

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