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Le rôle de l'Iran dans la crise irakienne

18/06/2014 09:50 EDT | Actualisé 18/08/2014 05:12 EDT

Le président iranien Hassan Rohani a prévenu mercredi que l'Iran "ferait tout" pour protéger les lieux saints chiites en Irak face à la menace des jihadistes sunnites, après avoir écarté une intervention militaire.

L'Iran est proche de l'Irak, d'abord par l'islam chiite majoritaire dans les deux pays. Mais les relations politiques sont plus complexes.

Quelles sont les relations entre l'Iran et l'Irak?

L'Iran est chiite à 90%, l'Irak à plus de 60%. L'Irak abrite les mausolées des imams Ali à Najaf et Hussein à Kerbala, figures révérées du chiisme. Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, un chiite, a vécu plusieurs années en Iran comme d'autres opposants à Saddam Hussein et est un fidèle allié politique de Téhéran. Les liens ont une profondeur stratégique, l'axe Irak-Syrie-Liban dans la lutte contre Israël. Enfin, l'Irak est un partenaire commercial important pour l'Iran, soumis à des sanctions internationales. Téhéran veut maintenir l'unité territoriale en Irak car un pays ami à majorité chiite est plus important qu'une simple région dominée par les chiites.

L'Iran a-t-il déployé des troupes en Irak?

L'Iran affirme ne pas avoir de présence militaire en Irak mais étudiera une demande d'aide officielle, estimant que l'armée et les volontaires irakiens sont capables de lutter seuls contre les jihadistes. Selon une source diplomatique occidentale, Ghassem Souleinami, le chef de la Force Qods des Gardiens de la Révolution, chargée des opérations militaires extérieures secrètes, était récemment à Bagdad pour conseiller M. Maliki face à l'offensive des jihadistes. L'Iran pourrait aussi envoyer des conseillers militaires, comme en Syrie où Téhéran soutient le régime du président Bachar al-Assad. L'Iran nie également avoir envoyé des soldats en Syrie, mais la presse iranienne évoque parfois la mort de volontaires partis défendre les lieux saints chiites à Damas. Le diplomate évoque une "méfiance sur un engagement officiel militaire en Irak car l'Iran ne veut pas tomber dans le piège d'une intervention qui serait ressentie comme une guerre contre les sunnites".

L'Iran finance-t-il des milices irakiennes?

Washington a dans le passé accusé l'Iran, qui a démenti, d'entraîner et financer des milices chiites comme les Brigades Badr ou plus récemment Assaïb Ahel al-Haq (La ligue des Vertueux). L'Iran accueille toutefois les bureaux de plusieurs formations chiites, autrefois opposées à Saddam Hussein, comme le Dawa de M. Maliki ou le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak d'Ammar al-Hakim.

Jusqu'où l'Iran est-il prêt à soutenir Maliki?

L'Iran "soutient le vote des Irakiens et le gouvernement Maliki qui a renforcé sa position", affirme l'analyste iranien Amir Mohebian. Mais pour le diplomate occidental, Téhéran peut trouver d'autres responsables plus enclins à intégrer les sunnites. Il n'y a pas d'autre choix clair pour le moment car Maliki "symbolise le régime et l'appareil sécuritaire", nuance Ramzy Mardini, analyste basé à Amman pour le Conseil atlantique, un centre de réflexion américain.

Une collaboration USA-Iran contre les jihadistes est-elle possible?

Les deux pays ont déjà collaboré dans la lutte contre les talibans en Afghanistan en 2001. Ils ont aussi discuté de la situation en Irak depuis 2007. "Les Etats-Unis et l'Iran partagent des intérêts clés concernant la stabilité et l'unité de l'Irak, l'EIIL est l'ennemi commun et une menace émergente", explique M. Mardini, notant que les relations se sont beaucoup améliorées avec l'actuel gouvernement iranien. Amir Mohebian évoque seulement la possibilité d'"une sorte de parallèle" entre les deux pays, une fois que les Etats-Unis auront stoppé le financement par leurs alliés régionaux des rebelles venus de Syrie.

La crise irakienne aura-t-elle des conséquences sur l'influence régionale de l'Iran?

Après le conflit syrien, où le régime a enregistré des victoires récentes sur le terrain, la crise irakienne est l'occasion pour Téhéran de redevenir un acteur régional central. "L'Iran a montré qu'il avait le pouvoir d'aider à la stabilité des pays de la région", affirme Amir Mohebian. Téhéran est plus confiant que les Etats-Unis en matière de politique étrangère, et sur le Moyen-Orient, estime Ramzy Mardini. Les monarchies arabes du Golfe ne peuvent plus compter sur le soutien total des Etats-Unis et la réalité géopolitique les poussent à une amélioration des relations avec l'Iran.

bur-cyj/feb

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