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L'offensive de la Somme (1916): une geste médiévale mise en fresque par Joe Sacco

10/06/2014 04:22 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

"Les officiers devaient afficher leur calme", explique l'auteur de BD reportage Joe Sacco au sujet d'un officier anglais lançant flegmatiquement l'assaut, placé au coeur d'une vaste fresque qu'il a dessinée sur la première journée de la sanglante bataille de la Somme, le 1er juillet 1916.

Au centre du 12e des 24 tableaux au format à l'italienne, exactement au milieu de sa fresque en accordéon de près de sept mètres, il a croqué, parmi la multitude, un gradé la pipe à la bouche, désignant du doigt la direction à suivre à ses hommes qui sortent sans se presser de leurs tranchées, -le fusil à l'épaule!-, pour avancer vers les lignes allemandes.

Au lieu de charger au coup de sifflet, la consigne donnée aux Tommies était qu'ils marchent au pas, puisque l'état-major britannique supposait, bien à tort, qu'il ne devait plus y avoir âme qui vive en face après des jours d'un monstrueux pilonnage d'artillerie et, pour bouquet final, l'explosion de 17 mines géantes sous les lignes allemandes.

Cette image saisissante choisie par Joe Sacco résume, avec une sobre efficacité, la dramatique erreur de calcul des stratèges alliés. Ce jour ensoleillé de l'été 1916 sera le plus sanglant de toute la guerre 14-18 pour l'Empire britannique, avec la perte de 58.000 hommes dont 20.000 tués.

Pour Joe Sacco, maître reconnu d'un genre, celui de la bande dessinée de reportage ou documentaire --dont le succès remonte à ses ouvrages exposant tout en nuance et en profondeur les réalités humaines des conflits israélo-palestinien ("Palestine") et bosniaque ("Gorazde")--, le centenaire de la Première guerre mondiale était l'occasion de traiter un affrontement aux dimensions titanesques que depuis longtemps il avait envie d'aborder.

"Il n'y a pas de plus vaste engagement que la guerre", où "des humains coopèrent pour en tuer d'autres", note-t-il et, en même temps "tout le monde a une mère".

Il voulait là encore montrer que l'individu compte, même au milieu d'une masse. De là l'attention portée à dessiner chaque personnage, aussi anonyme soit-il, racontait-il ce week-end, en présentant sa fresque (La Grande Guerre, Le premier jour de la Bataille de la Sommme, Editions Futuropolis-Arte) aux 19e Rendez-vous de la BD d'Amiens, au coeur de la Somme.

- La tapisserie de Bayeux comme inspiration -

Né à Malte il y a 53 ans, Sacco a vécu aux Etats-Unis à partir de 11 ans. Mais entre les deux, il a passé une partie de son enfance en Australie, pays où cette guerre est particulièrement commémorée chaque année dans les écoles. C'est pourquoi il a choisi le premier jour de la bataille de la Somme, "le plus noir" pour les troupes britanniques et qui "illustre parfaitement" à ses yeux la Grande guerre, souligne-t-il.

Quant à la forme inusitée de la narration, Sacco indique avoir "pensé à la tapisserie de Bayeux: un long couloir d'images que vous pouvez lire de gauche à droite". "Cela m'offrait la possibilité de dessiner comme un artiste médiéval", en rassemblant tous les aspects de la bataille, "à l'avant comme à l'arrière, en profondeur", souligne-t-il.

La première planche montre le commandant en chef, le général Douglas Haig, au moment de lancer l'offensive, la dernière met en scène l'enterrement discret des nombreuses victimes, les soins donnés aux blessés pendant que d'autres soldats montent à leur tour au front.

Les 22 autres exposent les préparatifs, la concentration de troupes, leur attente dans les boyaux des tranchées, l'attaque et le désastre, avec d'innombrables détails dans des scénettes sur les cruautés de la guerre qui font aussi penser au maître flamand Pieter Bruegel.

La fresque, reproduite en format géant, sera exposée cet été à partir du 1er juillet sur 130 mètres de long et plusieurs mètres de haut sur un mur de la station Montparnasse du métro parisien.

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