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Kenya: un important imam modéré tué par balles à Mombasa

10/06/2014 06:56 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT

Un imam kényan, cheikh Mohamed Idris, figure influente de l'islam modéré et adversaire déclaré du jihadisme, a été tué par balles mardi à Mombasa, deuxième ville du Kenya, où la récente poussée de l'islam radical inquiète le pouvoir.

L'assassinat n'a pas été revendiqué. Président du Conseil des imams et prédicateurs du Kenya (CIPK), ONG musulmane prônant le dialogue entre religions et avec les autorités kényanes, cheikh Mohamed Idris, 64 ans, officiait à la mosquée Sakina de Mombasa, avant d'en être chassé de force fin 2013 par des musulmans radicaux.

La mosquée Sakina est située à proximité de la controversée mosquée Musa, haut-lieu de l'islam radical au Kenya, que les autorités kényanes accusent d'être un relais des islamistes somaliens shebab ainsi qu'un centre de propagande et de recrutement pour la "guerre sainte" en Somalie, où l'armée kényane combat les shebab depuis octobre 2011.

"J'ai entendu deux coups de feu dès qu'il est sorti de la maison. Je suis sorti et l'ai vu à terre. Les assassins l'avaient certainement attendu" à l'extérieur, a expliqué à la presse Mohamed Said, un de ses proches, en parlant de l'imam assassiné.

Cheikh Mohamed Idris avait dit craindre pour sa vie après avoir été attaqué et chassé fin 2013 de la mosquée Sakina par une centaine de jeunes musulmans radicaux qui ont fini par en prendre le contrôle effectif en avril.

Selon la presse kényane, cheikh Mohamed Idris et d'autres responsables musulmans avaient ces derniers mois averti que des éléments radicaux avaient pris le contrôle de plusieurs mosquées de Mombasa pour y enseigner les "doctrines jihadistes" et radicales et tentaient de s'emparer d'autres lieux de culte.

- "En première ligne" -

Le président kényan, Uhuru Kenyatta, a rendu hommage au cheikh Idris qui "était en première ligne dans le combat contre la radicalisation de la jeunesse". "Sa mort est un coup dur pour les efforts que fait le pays pour mettre fin à l'extrémisme religieux", a ajouté M. Kenyatta.

Plusieurs prédicateurs musulmans ont été assassinés ces dernières années sur la côte kényane, majoritairement musulmane dans un pays qui se dit à 80% chrétien selon le recensement le plus récent.

Plusieurs figures de l'islam radical ont été abattues depuis deux ans, parmi lesquelles l'imam Aboud Rogo Mohamed, principal prédicateur musulman de la mosquée Musa, en août 2012, puis son successeur Ibrahim Ismail, en octobre 2013, et enfin en avril 2014 Abubaker Shariff Ahmed, alias "Makaburi", figure de la mosquée et prosélyte du "jihad".

Rogo et Makaburi figuraient sur la liste de sanctions de l'ONU, qui les accusait d'être des collecteurs de fonds et des recruteurs des shebab au Kenya et de leur apporter une aide "logistique et matérielle".

Leurs partisans affirment que les forces de sécurité kényanes sont responsables de ces assassinats, qualifiés "d'exécutions extra-judiciaires", et accusent des imams modérés, tels que cheikh Mohamed Idris, de collaborer avec le gouvernement kényan et d'avoir apporté leur aide à ces homicides.

- Vague d'attentats -

Le CIPK, tout en se disant farouchement opposé à l'idéologie radicale propagée par Rogo et ses partisans, avait condamné ces meurtres, dont aucun des auteurs n'a été identifié et dans lesquels le gouvernement nie toute implication, sans toujours convaincre certains observateurs.

Les autorités kényanes s'inquiètent ouvertement de la radicalisation d'une partie de la jeunesse musulmane de la côte, alors que les attentats - non revendiqués mais généralement attribués aux shebab somaliens ou à leurs partisans - se sont multipliés récemment à Nairobi et Mombasa.

Au moins 28 personnes ont été tuées et plus de 200 blessées dans des attentats au Kenya depuis le début de l'année dans un pays toujours traumatisé par l'assaut spectaculaire mené en septembre 2013 par un commando shebab contre le centre commercial Westgate de Nairobi (au moins 67 morts).

Des ONG kényanes et internationales critiquent la féroce répression - parfois qualifiée d'"extralégale" - menée par les forces de sécurité kényanes contre les supposés "partisans" des shebab sur la côte, craignant qu'elle ne radicalise encore plus une partie de la jeunesse musulmane qui s'estime marginalisée.

La police avait notamment effectué début février un raid contre la mosquée Musa qui hébergeait alors, selon les autorités, une "convention jihadiste", déclenchant des affrontements meurtriers avec les fidèles.

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