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Irak: les insurgés prennent pour la première fois une province entière

10/06/2014 06:38 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT
AFP PHOTO / AL-FURQAN MEDIA

Des centaines d'insurgés ont pris mardi le contrôle de l'ensemble de la province de Ninive dans le nord de l'Irak, un coup inédit porté à un pouvoir incapable de freiner leurs avancées dans le pays qui risque de plonger dans le chaos.

Le chef du Parlement Oussama al-Noujaïfi a annoncé la prise de cette province pétrolière sunnite dont le chef-lieu est Mossoul, deuxième ville du pays, en affirmant que les rebelles se dirigeaient vers la province voisine de Salaheddine, plus au sud, pour "l'envahir".

C'est la première fois que les insurgés prennent toute une province dans le pays, où le groupe rebelle jihadiste de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) contrôle Fallouja et plusieurs secteurs de la province occidentale d'Al-Anbar, voisine de Ninive.

M. Noujaïfi n'a cependant pas confirmé les déclarations d'un officier de haut rang affirmant que les rebelles ayant pris Ninive relevaient aussi de l'EIIL.

Ces succès de la rébellion témoignent de la situation sécuritaire chaotique en Irak, alimentée par les luttes d'influence politique, les tensions confessionnelles entre chiites et sunnites ainsi que par le conflit en Syrie voisine.

Outre ces avancées rebelles, les insurgés ont frappé à Baqouba, à 60 km au nord de Bagdad, où une vingtaine de personnes ont été tuées dans un attentat à la bombe visant des funérailles.

"Toute la province de Ninive est tombée aux mains des insurgés", a indiqué M. Noujaifi lors d'une conférence de presse.

Avant l'aube, des centaines d'hommes armés ont lancé un assaut contre Mossoul et ont réussi, après des combats avec l'armée et la police, de prendre le contrôle du siège du gouverneur, des prisons et des télévisions, selon des responsables.

"Mossoul est hors du contrôle de l'Etat et à la merci des hommes armés", a dit l'un d'eux. Les insurgés ont diffusé via haut-parleurs qu'ils sont "venus pour libérer Mossoul et qu'ils combattront seulement ceux qui les attaqueront".

- Où est Maliki? -

"Des membres de l'armée et de la police ont ôté leurs uniformes et les postes de l'armée et de la police sont maintenant vides. Les hommes armés ont libéré les détenus des prisons" de Mossoul, selon lui.

Selon un correspondant de l'AFP sur place, les forces de sécurité ont abandonné leurs véhicules alors que des postes de police ont été incendiés.

"Toutes les unités militaires ont quitté Mossoul et les habitants ont commencé à fuir" vers le Kurdistan, a indiqué un officier de haut rang.

Pour l'analyste politique Aziz Jabr, "la chute de Ninive constitue une menace dangereuse pour la sécurité nationale irakienne". Il semble selon lui, que "les directions militaires ont fui" les zones de combats "ce qui montre qu'elles ont été infiltrées" par les rebelles.

Mossoul est peuplée d'environ quelque deux millions de personnes, dont des milliers d'habitants ont fui les violences ces derniers jours dans la ville.

Le Premier ministre sortant et chef de l'armée Nouri al-Maliki, un chiite honni par les rebelles sunnites et accusé de "dictateur" par ses détracteurs, ne s'est pas manifesté depuis l'intensification la semaine dernière des attaques rebelles notamment contre Mossoul.

Les provinces de Ninive et Al-Anbar sont situées à la frontière poreuse avec la Syrie, le long de laquelle gravite l'EIIL qui ambitionne d'installer un Etat islamique.

- 'Invasion' de l'Irak -

Après la prise de contrôle de Ninive, les insurgés se dirigeaient vers Salaheddine, un fief de l'ex-régime de Saddam Hussein, pour "l'envahir", a déclaré M. Noujaïfi.

"Nous devons oublier nos différends, l'heure est à l'unité nationale car il y a une invasion de l'Irak par des forces étrangères", a-t-il poursuivi en exhortant "la population à coopérer avec les forces armées" et en soulignant la "nécessité d'alerter les dirigeants dans le monde" pour "combattre ces groupes terroristes".

"Si on n'arrête pas cette offensive sur les frontières de Ninive, elle va s'étendre à tout l'Irak" a-t-il averti, en ajoutant qu'il n'avait à ce stade "aucun contact" avec M. Maliki.

L'EIIL, aidé par des tribus hostiles au gouvernement, jouit à Al-Anbar et dans les autres régions sunnites, d'un soutien des milieux sunnites qui s'estiment marginalisés par le pouvoir dominé par les chiites.

Envahi par les troupes américaines de 2003 à 2011, l'Irak est dévasté par une spirale de violences qui a tué plus de 4.600 personnes depuis le début 2014, selon des sources irakiennes.

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