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Irak: des militants s'emparent d'un secteur de la ville de Mossoul

10/06/2014 05:12 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT

BAGDAD - Au cours d'une attaque étonnante exposant le pouvoir faiblissant des autorités centrales irakiennes, des militants islamistes liés à al-Qaïda se sont emparés mardi de la majorité de la ville de Mossoul, la deuxième plus importante du pays, prenant le contrôle de bâtiments gouvernementaux, chassant les forces de l'ordre de leurs postes et capturant des bases militaires et d'autres édifices importants.

Cet assaut par les insurgés brandissant leur célèbre drapeau noir représente une lourde défaite pour le premier ministre Nouri al-Maliki, qui tente de s'accrocher au pouvoir, en plus de souligner la puissance grandissante de l'État islamique d'Irak et du Levant.

Le groupe poursuit sa progression en Irak et en Syrie, capturant un territoire de plus en plus important dans le cadre d'une campagne visant à établir une enclave traversant la frontière entre les deux pays.

Impossible, pour l'instant, de connaître le nombre de victimes à la suite de l'assaut, qui rappelle les revers du gouvernement de Bagdad depuis le retrait des forces américaines, à la fin de 2011.

Plus tôt cette année, le groupe intégriste s'est emparé de la ville de Falloujah, dans l'ouest du pays, et les forces gouvernementales demeurent incapables de la reprendre, même après plusieurs mois de combats.

Mossoul est une prise beaucoup plus importante, y compris sur le plan stratégique. La ville et la province voisine de Nivenah, située tout près du Kurdistan irakien, relativement prospère, est l'un des principaux points d'exportation du pétrole irakien, en plus de donner sur la Syrie.

«Ce n'est pas Falloujah, ce n'est pas un endroit que vous pouvez isoler avant de l'oublier, indique Michael Knights, un analyste de la sécurité au Washington Institute for Near East Policy. C'est essentiel pour l'Irak.»

Le premier ministre a demandé au Parlement de proclamer un état d'urgence qui lui donnerait des pouvoirs supplémentaires, ajoutant que le peuple et le gouvernement doivent faire front commun pour «répondre à cette attaque vicieuse, qui n'épargnera aucun Irakien». Selon des experts, ces pouvoirs pourraient comprendre l'imposition d'un couvre-feu, une restriction sur la libre circulation des personnes, voire la censure des médias.

La Constitution irakienne permet au gouvernement de proclamer un état d'urgence de 30 jours, avec le vote de deux tiers des parlementaires, ce qui accorde au premier ministre les pouvoirs requis pour gouverner le pays.

Les insurgés ont capturé, tard lundi, le complexe gouvernemental de Mossoul pour la province de Ninevah, dans le nord du pays, au terme de plusieurs jours de combats. La ville se trouve à 360 kilomètres au nord-ouest de Bagdad.

Les militants se sont notamment emparés de plusieurs commissariats de police et prisons, où ils ont libéré des détenus qui se sont ensuite enfuis dans les rues vêtus de leurs survêtements jaunes.

Le président du Parlement irakien, Osama al-Nujaifi, un sunnite originaire de Mossoul, a déclaré à la télévision que les insurgés se sont emparé d'hélicoptères et d'armes à Mossoul, en plus de prendre plusieurs villages et une base militaire au sud de la ville.

Reprendre Mossoul pourrait s'avérer fort complexe pour le premier ministre chiite. La ville de 1,4 million d'habitants est à majorité sunnite, et plusieurs citoyens sont très remontés contre son gouvernement à tendance chiite.

À Washington, le porte-parole de la Maison-Blanche Josh Earnest a déploré ce qu'il a qualifié d'actes de violence «déplorables» contre les civils de Mossoul. Il a précisé que les États-Unis étaient prêts à respecter leur partenariat avec Bagdad, mais a malgré tout pressé le pouvoir de poser des gestes afin d'inclure l'ensemble des Irakiens.

De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a vivement condamné les attaques des derniers jours en Irak, «qui ont tué et blessé bon nombre de civils». Il a également pressé tous les leaders politiques de «démontrer un sentiment d'unité nationale contre les menaces planant sur l'Irak, qui ne peuvent être résolues qu'en vertu de la Constitution et au sein du processus politique démocratique».

Environ 500 000 personnes ont fui Mossoul, selon un porte-parole onusien à New York, citant une source internationale.

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