POLITIQUE

Équilibre budgétaire: les péquistes se sont laissés distraire, selon Carlos Leitao

10/06/2014 03:17 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT
PC

MONTRÉAL - Si le gouvernement Marois a échoué dans sa tentative d'atteindre le déficit zéro cette année, c'est parce qu'il s'est laissé distraire au cours de l'automne dernier, croit l'actuel ministre des Finances, Carlos Leitao.

À Montréal, mardi, M. Leitao a suggéré que le gouvernement péquiste a perdu son objectif de vue en raison de la préparation d'élections ainsi que du débat entourant le projet de charte des valeurs québécoises.

«Le focus du gouvernement a été ailleurs, comme si un grand voile descendait sur le Québec», a dit le ministre des Finances devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), où il présentait son budget dévoilé la semaine dernière.

À son avis, le redressement des finances publiques a alors été relégué au second plan, ce qui a été à l'origine de l'annonce par son prédécesseur Nicolas Marceau — en novembre dernier — d'un déficit de 2,5 milliards $, qui a finalement atteint 3,1 milliards $.

«C'était peut-être normal pour un gouvernement minoritaire, mais on préparait des élections à ce moment-là et le débat autour de la charte a détourné l'attention du gouvernement des choses importantes qui étaient de maintenir les cibles budgétaires», a dit M. Leitao, en marge de son discours.

Devant quelque 400 personnes, ce dernier a insinué que le gouvernement Marois aurait pu manquer de «conviction» puisque «2 milliards $ de déficit ce n'était pas la fin du monde, c'est 0,4 pour cent du produit intérieur brut».

Plutôt que de continuer à dire que «tout (était) sous contrôle» jusqu'à l'automne, M. Leitao a estimé, au cours d'une mêlée de presse, que le gouvernement péquiste aurait dû donner le vrai portrait de la situation.

«Ils auraient pu prendre les mesures nécessaires quelque part en été 2013, a-t-il expliqué. Arrivé en novembre c'était un peu trop tard. Si on s'y était pris à temps quelque part en juillet ou en août, on aurait pu corriger le tir.»

Le redressement aurait été possible, d'après le ministre des Finances, si le gouvernement Marois avait décidé de mettre de l'avant des mesures visant à restreindre les dépenses de l'État en plus de réviser certains programmes.

«Avec ce que nous venons de faire avec de la rigueur du côté des dépenses, a-t-il affirmé. On ne va pas aller chercher des revenus additionnels, mais (l'objectif) c'est de contrôler et de limiter les dépenses des programmes.»

Le premier budget du ministre Leitao, dévoilé la semaine dernière, prévoit une croissance des dépenses de 1,8 pour cent cette année et de 0,7 pour cent en 2015-2016, année où l'équilibre budgétaire devrait être atteint.

Crédits d'impôt toujours présents

Le ministre des Finances a également défendu la décision de son gouvernement d'abaisser de 20 pour cent les crédits d'impôt accordés aux entreprises, une mesure qui affecte particulièrement l'industrie des jeux vidéo, bien implantée au Québec.

Le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc, s'est inquiété des répercussions de cette décision sur les investissements futurs d'entreprises comme Ubisoft et Jeux WB Montréal, puisque le taux du crédit d'impôt remboursable à la production multimédia passe de 37,5 pour cent à 30 pour cent.

«La question elle est par rapport aux prochains investissements, a-t-il souligné. Ils vont regarder la nouvelle donne. Ils vont poser des questions. Là, il y a un enjeu si nos crédits d'impôt ne sont pas à la hauteur.»

Questionné par les journalistes, M. Leitao a répliqué en expliquant qu'il préférait une approche où le fardeau fiscal serait moins imposant pour l'ensemble des entreprises plutôt que de cibler certains secteurs particuliers avec des crédits d'impôt.

«Il y a encore 80 pour cent (des crédits d'impôt) qui sont là, a-t-il dit. On ne va pas immédiatement sauter à des scénarios trop négatifs. Avec la commission de la réforme de la fiscalité, on va examiner les programmes (...) et s'il y a certains programmes où c'est justifié de changer on va changer.»

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