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Un ex du PQ dans Charlevoix a demandé 10 000 $ à Roche et l'a dit à Marois

09/06/2014 10:33 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ancienne chef péquiste Pauline Marois aurait bénéficié du financement venant de la firme de génie Roche, pour son comté de Charlevoix en 2008, mais ne l'a appris qu'après coup.

Ernest Murray, qui s'est occupé du bureau de comté de Mme Marois dans Charlevoix, a rapporté à la Commission Charbonneau, lundi, qu'à l'automne 2008, juste avant l'élection générale, il avait de la difficulté à atteindre son objectif de financement.

Il avait donc contacté un ingénieur de la firme Roche qu'il connaissait bien, lui demandant les 10 000 $ qu'il lui manquait.

Après quelque temps, l'ingénieur s'est dit prêt à donner l'argent pour le PQ de Charlevoix. Mais il ne connaissait personne pour faire les chèques. «Il m'a dit: j'ai de l'argent mais ça me prendrait des noms pour pouvoir te donner l'argent.»

M. Murray lui a donc suggéré trois prête-noms, des personnes en qui il avait confiance. Mais celles-ci n'ont finalement pas été contactées par Roche.

La plus grande partie de l'argent a néanmoins été versée par chèques au PQ de Charlevoix, mais par d'autres personnes que celles que M. Murray avait suggérées.

M. Murray a informé Mme Marois de son geste, mais après coup et peut-être même en partie seulement.

«Elle a été mise devant le fait. C'était ma responsabilité le financement. C'est moi qui suis responsable. Je l'ai mise un peu dans le trouble en faisant ces affaires-là. Je ne peux pas dire que c'était mon meilleur coup, mais c'est ça», a-t-il souligné.

Il se rappelle lui avoir relaté qu'il a sollicité l'ingénieur de Roche pour 10 000 $, mais ne se rappelle plus s'il lui a aussi parlé des prête-noms qu'il avait suggérés au départ _ mais qui n'ont finalement pas été utilisés.

«On est orgueilleux; on veut réussir (son objectif de financement) et on prend les moyens. Et là, Mme Marois s'est réveillée avec ça dans les mains. Là, le mal était fait. Il y avait déjà des sous entrés et c'était parti», a résumé M. Murray.

Dans une série de courriels datant de mars 2009 déposés devant la commission, l'ingénieur de Roche fait un lien entre ces contributions politiques et deux contrats qu'il aimerait que Roche obtienne dans la région, soit un au musée de La Malbaie et un au cégep. Il écrit nommément qu'il aimerait en obtenir «au moins un des deux».

Fait à noter, le Parti québécois n'était pas au pouvoir à l'époque, en 2008, et n'était de toute façon pas en position d'octroyer des contrats.

M. Murray a plutôt redirigé l'ingénieur de Roche vers deux responsables locaux chargés de ces dossiers, au musée et au cégep.

Il a aussi soutenu dans le cadre de son témoignage que les firmes ont toujours été traitées sur un pied d'égalité, peu importe les contributions politiques. Les informations qu'il leur donnait étaient les informations qui étaient déjà rendues publiques dans la programmation gouvernementale pour le comté.

Il a également souligné que même lorsqu'ils étaient au pouvoir, les péquistes touchaient moins d'argent de la part des firmes de génie-conseil que les libéraux.

Contre-interrogé par l'avocate du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, M. Murray a admis que le Parti québécois n'avait «pas approuvé ces actes» et que s'il l'avait su, «il n'aurait pas été d'accord».

«Je n'étais pas autorisé» à agir ainsi, ni par Mme Marois ni par le PQ, a concédé le témoin.

Bédard déçu

À Québec, le chef de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, a réagi aux allégations entendues à la Commission Charbonneau en se disant déçu. Il dit avoir demandé aussitôt au Parti québécois de faire les «vérifications qui s'imposent» pour connaître l'identité des donateurs en question.

Quant à savoir si la somme de 10 000 $ acquise illégalement sera remboursée par le parti, M. Bédard a dit qu'il suivrait «sans réserve» la recommandation du Directeur général des élections (DGE), s'il y a lieu.

«S'il y a des sommes à rembourser, on va le faire», a dit M. Bédard, lors d'un bref point de presse.

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