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Suspension du gazoduc South Stream: Moscou dénonce des sanctions voilées de l'UE

09/06/2014 10:29 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

La Russie a dénoncé lundi la suspension de la construction du gazoduc South Stream, imposée selon elle par l'Union européenne à la Bulgarie dans le cadre de l'adoption voilée de sanctions économiques contre Moscou.

La suspension annoncée dimanche par la Bulgarie de la construction de ce gazoduc visant à alimenter le sud de l'Europe en gaz russe constitue "un passage rampant vers des sanctions économiques contre la Russie", a déclaré à l'agence de presse Itar-Tass le représentant russe auprès de l'UE, Vladimir Tchijov.

"Il y a des signes directs qui montrent que les actes de la Commission européenne à l'égard de South Stream sont directement liés à la crise en Ukraine", a-t-il dit.

Le Premier ministre bulgare, Plamen Orecharski, a annoncé dimanche la suspension des préparatifs à la construction du gazoduc russo-italien qui devait commencer cet été, après des critiques de Bruxelles et de Washington.

La Commission européenne avait adressé la semaine dernière une lettre d'avertissement aux autorités bulgares, première étape d'une procédure d'infraction, arguant que les règles européennes pour les marchés publics n'avaient pas été respectées par la Bulgarie.

Le 1er juin, le commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, avait clairement déclaré dans un entretien à la presse allemande que les négociations avec Moscou sur South Stream n'allaient "sûrement aboutir à rien" tant que la Russie ne changerait pas de politique dans la crise ukrainienne.

"Il est difficile de se défaire de l'idée que le blocage par la Commission européenne du début des travaux en Bulgarie a été décidé dans des objectifs purement politiques", a ajouté M. Tchijov, interrogé par Itar-Tass à Bruxelles.

"South Stream a de toute évidence un lien direct avec l'Ukraine, car après sa construction ce pays perdra son statut de monopoliste du transit" de gaz vers l'Europe centrale et du Sud, a-t-il encore déclaré.

Il a souligné le rôle joué selon lui, outre la Commission européenne, par les États-Unis.

L'ambassadeur américain à Sofia, Marcie Ries, avait critiqué la semaine dernière la décision de la Bulgarie d'accorder la construction du tronçon à la société russe Stroytransgaz, frappée par des sanctions américaines.

"Ce n'est pas le moment de faire des affaires avec la Russie comme d'habitude", avait déclaré l'ambassadeur.

Selon M. Tchijov, ces propos montrent que "ceux qui accusent la Russie d'utiliser l'énergie comme moyen de pression devraient d'abord se regarder dans une glace".

Il a par ailleurs estimé que la manière avec laquelle la Commission européenne avait imposé sa décision à la Bulgarie devait servir de leçon à des pays orientés vers l'Union européenne, comme la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine.

"La Commission européenne s'est comportée ainsi avec un membre de plein droit de l'Union européenne", a-t-il souligné.

Il a enfin estimé que la question du gazoduc South Stream devait faire l'objet de négociations séparées avec l'UE, et non être abordée lors des négociations tripartites Russie-Ukraine-UE en cours à Bruxelles sur les livraisons de gaz russe.

Mené par le géant russe du gaz Gazprom et le groupe énergétique italien ENI, South Stream doit relier la Russie à la Bulgarie via la mer Noire en contournant l'Ukraine, avant de poursuivre vers la Grèce et l'Italie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et éventuellement l'Autriche.

Un autre gazoduc baptisé Nord Stream, mis en exploitation en 2011 par Gazprom et ses partenaires occidentaux, majoritairement allemands, alimente l'Allemagne et l'Europe du Nord en passant par les fonds de la mer Baltique.

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