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Shimon Peres, le dernier des pères fondateurs d'Israël

09/06/2014 10:00 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

Le président israélien Shimon Peres, dont le successeur est élu mardi, est le dernier des pères fondateurs d'Israël, faucon devenu colombe, doté d'une aura internationale qui va manquer à Israël.

Âgé de 90 ans, M. Peres a montré une résilience à toute épreuve, présent depuis 65 ans sur le devant de la scène politique.

De fait, cet éternel battant est un homme qui soigne sa santé. Il a confié un jour que le secret de sa longévité consistait à pratiquer quotidiennement la gymnastique, à manger peu et à boire un ou deux verres de bon vin.

"Tout le monde mange trois fois par jour. On mange trois fois et on s'engraisse. Mais si on lit trois fois par jour, on devient sage, et mieux vaut être sage que gras", conseillait-il lors d'un entretien avec l'AFP en décembre 2012, en précisant qu'il ne dormait que 4 ou 5 heures.

En tout cas, le président nonagénaire est alerte, comme en témoigne encore sa visite au Vatican dimanche pour une rencontre de prière avec le pape François et son vieux "partenaire de paix", le président palestinien Mahmoud Abbas.

"C'est en notre pouvoir d'apporter la paix à nos enfants", a-t-il martelé une dernière fois, "c'est notre sainte mission de parents".

Elu 9e chef d'Etat d'Israël en 2007 il aura usé jusqu'au bout de cette fonction essentiellement protocolaire pour promouvoir la paix, au point d'irriter la droite nationaliste et d'apparaître souvent comme le seul opposant au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Il y aura gagné un prix Nobel de la paix et la notoriété internationale - il a reçu l'accolade de dizaines de célébrités du monde entier pour son 90e anniversaire.

Cependant, cette figure historique du Parti travailliste, parti fondateur d'Israël, n'a pas toujours été un homme de paix.

Shimon Peres, né à Vishneva (Pologne) en 1923, immigrant en Palestine à 11 ans, est l'ultime représentant d'une génération de dirigeants qui ont fait leurs premières armes, au propre comme au figuré, à la création de l'Etat d'Israël en 1948.

Classé parmi les "faucons" travaillistes, M. Peres a cautionné, alors qu'il était ministre de la Défense dans les années 1970, les premières colonies juives en Cisjordanie occupée.

Il était Premier ministre (et ministre de la Défense) quand l'aviation israélienne a bombardé le village libanais de Cana, tuant 106 civils en avril 1996, lors de l'opération "Raisins de la colère", ce qui lui coûta une traversée du désert.

- 'Eternel perdant, éternel battant' -

Déjà, pourtant, il s'était acquis une réputation de colombe en tant qu'un des architectes des accords d'Oslo conclus avec l'OLP (Organisation de libération de la Palestine), alors qu'Yitzhak Rabin, le Premier ministre de l'époque, était encore très sceptique.

En guise de reconnaissance, Shimon Peres, longtemps prophète d'un "nouveau Proche-Orient" censé devenir un havre de paix et de prospérité, obtint en 1994 le prix Nobel de la paix qu'il partagea avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.

Entré en politique à 25 ans grâce au "vieux lion" David Ben Gourion, le fondateur de l'Etat hébreu rencontré en faisant de l'auto-stop, Shimon Peres a fait preuve d'une ténacité à toute épreuve.

Il détient sans doute un record des défaites électorales après ses échecs aux législatives de 1977, 1981, 1984, 1988 et 1996, si bien qu'une image d'"éternel perdant" lui a longtemps collé à la peau. Mais après chacun de ces K.O., il s'est relevé.

Il a pratiquement exercé toutes les fonctions ministérielles au cours d'une impressionnante carrière politique: deux fois chef du gouvernement, ministre des Affaires étrangères, de la Défense, des Finances, de l'Information, des Transports ou de l'Intégration.

Israël lui doit ses puissantes entreprises d'armements et ses industries aéronautiques. Artisan de la coopération militaire avec la France dans les années 1950, il est considéré comme le "père" du programme nucléaire israélien.

"Shimon Peres a été un président important grâce à son statut particulier dans les capitales du monde entier et à la dignité qu'il a su restaurer en Israël après l'affaire Moshé Katsav (son prédécesseur condamné et emprisonné pour viol)", relève, avec une pointe de nostalgie, l'éditorialiste vedette Nahum Barnéa.

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