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Pierre Bibeau serait au coeur d'un trafic de billets lié au financement du PLQ

09/06/2014 06:20 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT
Ici Radio Canada

Des ministres du gouvernement de Jean Charest appelaient régulièrement l'ex-organisateur libéral Pierre Bibeau après qu'il fut devenu vice-président de Loto-Québec, en 2003, afin notamment d'obtenir des billets pour des événements que commanditait la société d'État, a affirmé à la commission Charbonneau Jocelyne Truchon, secrétaire de M. Bibeau de 2004 à 2012.

Un texte de François Messier Twitter Courriel

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Le procureur Paul Crépeau, qui menait son interrogatoire, a affirmé qu'il y avait un lien entre ce trafic de billets en tout genre - Grand Prix de Montréal, Festival de jazz de Montréal, Francofolies, Festival de St-Tite, les feux d'artifice organisés à Montréal, Québec et Gatineau, etc. - et le financement du Parti libéral du Québec.

« On va tenter de rattacher ça, par l'interrogatoire, aujourd'hui et dans les prochaines journées, avec des activités de financement du Parti libéral. Je vous soumets que tout ça, dans le cadre de l'enquête devient pertinent, pour savoir si on remettait des faveurs à des gens, qui eux aussi, rendaient des faveurs », a fait valoir le procureur Crépeau.

Devant les protestations de l'avocat du Parti libéral, Michel Décary, qui contestait certaines de ses questions, le procureur Crépeau a fait valoir que M. Bibeau est toujours demeuré « proche » du PLQ et continuait d'être « actif » dans les activités de financement du parti.

Me Crépeau aura l'occasion d'aller plus loin dès mardi, alors que Pierre Bibeau, qui a longtemps été organisateur du Parti libéral du Québec, sera appelé à la barre des témoins.

Une gestion de billeterie entreprise en 2004

Selon Mme Truchon, cette « gestion de billeterie » a commencé en 2004. Dans leurs ententes avec Loto-Québec, a-t-elle expliqué, les promoteurs donnaient des billets gracieusement à la société d'État, qui les commanditait. À une occasion, dit-elle, le Grand Prix de Montréal a envoyé pas moins de 300 billets VIP ou dans des loges au bureau de M. Bibeau.

« J'avais entendu dire que ces billets-là étaient vraiment pour les clients de Loto-Québec [...] les comptes majeurs », a indiqué Mme Truchon.

Selon elle, M. Bibeau prenait les billets qu'il voulait, avant d'envoyer le tout au président Alain Cousineau et à d'autres vice-présidents. Lorsque des billets revenaient, M. Bibeau en donnait à d'autres personnes. « Les billets étaient distribués à des gens du Parti libéral, à des connaissances de M. Bibeau, à la famille de M. Bibeau », a-t-elle dit.

Interrogée sur les politiciens qui étaient en contact avec Pierre Bibeau lorsque ce dernier était à Loto-Québec, Mme Truchon a évoqué pêle-mêle le bureau du premier ministre Jean Charest, ainsi que les ex-ministres Jacques Dupuis, David Whissell et Norman MacMillan.

Elle a aussi évoqué l'actuelle vice-première ministre Lise Thériault, autrefois ministre du Travail, et l'actuel ministre du Travail, Sam Hamad. Ce dernier, a-t-elle dit, demandait spécifiquement des « passes VIP » pour un tournoi de golf commandité par Loto-Québec.

Mme Truchon a aussi nommé l'ex-directeur général du PLQ, Karl Blackburn, la responsable officielle du financement au PLQ de 2001 à septembre 2013, Violette Trépanier et l'entrepreneur de Schokbéton Marc Bibeau, responsable du financement sectoriel au parti, selon le président de CIMA+, Kazimir Olechnowicz.

Mme Trépanier, a-t-elle dit, appelait Pierre Bibeau pour obtenir des « dizaines de billets » pour la Ronde pour ses petits-enfants.

Bernard Trépanier, qui faisait aussi du financement pour le PLQ, selon ce qu'a révélé l'enquêteur de la commission Guy Desrosiers la semaine dernière, appelait aussi Pierre Bibeau pour obtenir des billets.

« M. Bibeau me disait : "Mettez tant de billets dans une enveloppe pour Bernard Trépanier". Ça pouvait être des billets de feux [d'artifice], ça pouvait être des billets de festivals, des billets de boxe" », a-t-elle affirmé.

Un ami de M. Bibeau, Gaston Pellerin, propriétaire de la pourvoirie du lac Blanc, recevait également souvent des billets pour des galas de boxe, que ce soit à Montréal ou à Québec. L'hiver dernier, la commission avait révélé que Denis Vincent, décrit comme proche des Hells Angels par l'enquêteur Michel Comeau, s'était confié à M. Pellerin dans la foulée de la crise au Fonds de solidarité FTQ en mai 2009.

Plusieurs responsables de firmes de génie étaient aussi en lien avec M. Bibeau, a précisé Mme Truchon. Elle a nommé Rosaire et Jean-Pierre Sauriol, de Dessau, Kazimir Olechnowicz de CIMA+, Bernard Poulin de SM et Sylvain Lacasse de Claulac.

Mme Truchon a aussi affirmé que le commentateur politique et ex-député Jean Lapierre faisait parfois surclasser ses chambres au Manoir Richelieu, aux frais de Loto-Québec. M. Lapierre payait ainsi un tarif moindre pour une chambre de qualité supérieure.

Selon Mme Truchon, les appels qu'elle recevait au bureau de M. Bibeau ont diminué de façon « drastique » en 2010. M. Bibeau a cependant continué de recevoir des appels sur l'un ou l'autre des trois téléphones cellulaires qu'il possédait.

Zambito aperçu dans les locaux de Loto-Québec

Mme Truchon a aussi confirmé dans son court témoignage de moins d'une heure que l'ex-propriétaire d'Infrabec, Lino Zambito, était venu rencontrer M. Bibeau à une occasion dans les locaux de Loto-Québec.

Elle a confirmé l'avoir conduit au bureau de Pierre Bibeau, mais n'a pu en dire plus, sinon que son nom ne figurait pas à l'agenda quand il est venu. « Je l'ai vu une fois, il n'est jamais revenu », a-t-elle dit.

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, M Zambito avait déclaré avoir versé 30 000 $ en argent comptant à l'ex-organisateur libéral Pierre Bibeau dans la foulée d'une activité de financement organisée au profit de l'ex-ministre de l'Environnement du Québec Line Beauchamp, au printemps 2009.

À cette époque, M. Bibeau était le conjoint de Mme Beauchamp.

M. Bibeau avait tenu à « dénoncer vivement les allégations portées » à son endroit par l'entrepreneur. Il a ensuite pris un long congé de maladie.

Mme Truchon a ajouté qu'après le passage de M. Zambito à la commission, une femme employée par Loto-Québec - qu'elle n'a pas nommée - lui avait téléphoné.

« Je me suis doutée qu'elle voulait [...] renseigner M. Bibeau », a-t-elle dit, ajoutant ne lui avoir rien dit, lui cachant même ce souvenir du passage de M. Zambito aux locaux de Loto-Québec.

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