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Les enlèvements se multiplient dans l'est de l'Ukraine tenu par les rebelles

09/06/2014 04:58 EDT | Actualisé 08/08/2014 05:12 EDT

Des observateurs internationaux, des journalistes, des militants politiques pro-ukrainiens, des prêtres ou de simples citoyens suspects... les arrestations arbitraires et enlèvements se multiplient dans l'est de l'Ukraine tenu par les séparatistes prorusses.

Deux groupes de l'OSCE sont retenus prisonniers dans les régions contrôlées par les séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine: le premier --quatre observateurs étrangers-- depuis le 26 mai et le second --quatre observateurs étrangers et un interprète ukrainien-- depuis le 29 mai.

Sept observateurs de l'organisation basée à Vienne, déployés pour pacifier la région et favoriser le dialogue, avaient été détenus fin avril pendant huit jours par les rebelles de Slaviansk, bastion prorusse près de Donetsk.

"Les enlèvements ont commencé dés le début de la rébellion. On estime à 200 le nombre de personnes aujourd'hui détenues illégalement", s'alarme auprès de l'AFP Maria Oliïnik, représentante de l'organisation des droits de l'Homme Prosvita, qui travaille sur ce sujet avec les organisations internationales basées à Donetsk.

Ces personnes sont aux mains des nouvelles autorités des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk dans l'est de l'Ukraine et parfois, semble-t-il, de groupes armés échappant au contrôle des chefs séparatistes, ce qui pourrait être le cas des observateurs de l'OSCE.

"Nous cherchons ces observateurs, mais nous ne sommes pas en mesure de contrôler tout le territoire", a déclaré samedi le "Premier ministre" de la "République de Donetsk" Alexandre Borodaï à des journalistes.

Des rapports de l'ONU, de l'OSCE et de l'ONG Human Rights Watch ont confirmé ces dernières semaines l'ampleur du problème.

- Cas de torture -

Un rapport de l'ONU du 16 mai relève "de nombreux cas de meurtres, tortures, passages à tabac, enlèvements et actes d'intimidation pour la plupart perpétrés par des groupes antigouvernementaux bien organisés et bien armés dans l'est du pays".

Ce rapport souligne "l'augmentation inquiétante des enlèvements et détentions illégales de journalistes, militants, hommes politiques locaux, représentants d'ONG" et ajoute: "Bien que certains aient été finalement relâchés, les dépouilles de nombreux autres ont été jetées dans des rivières et d'autres endroits".

"Ces détentions illégales peuvent durer des jours ou des semaines. Parfois, plus d'un mois. Beaucoup de militants pro-ukrainiens identifiés comme tels ont été enlevés", poursuit Maria Oliïnik.

Qui est détenu par les rebelles? "Pour l'essentiel, des personnes qui ont eu des activités hostiles, ont collé des tracts au contenu subversif et fait de la propagande contre la République populaire de Donetsk", a assuré à l'AFP Leonid Baranov, 32 ans, membre du Conseil de sécurité nationale, qui dirige la "commission pour les prisonniers de guerre".

- Activités "hostiles" -

"Un décret a été pris par le gouvernement permettant d'arrêter ceux qui se livrent à des activités hostiles à la République populaire de Donetsk", a-t-il précisé, en estimant "à une quinzaine" le nombre de ces prisonniers à Donetsk.

Affirmant ne pas être en mesure de connaître le nombre total des "prisonniers de guerre" détenus dans la "République de Donetsk", M. Baranov a par ailleurs qualifié de "mensonges" les témoignages d'anciens prisonniers, cités dans le rapport de l'ONU, parlant de passages à tabac systématiques.

Les organisations internationales ont fait état de l'enlèvement de personnes au profil très divers: un leader du syndicat des mineurs, Oleksandr Vovk, un prêtre catholique polonais, le père Pawel Witek, et un pasteur protestant, Serguiï Kossiak, des responsables locaux de partis politiques ukrainiens, comme Yaroslav Malatchouk et Artem Popyk, des journalistes accusés d'espionnage...

"Parfois, il suffit que votre carte d'identité indique une adresse à Kiev ou dans l'ouest de l'Ukraine pour devenir suspect et être arrêté. C'est le cas d'un étudiant habitant Kiev, Igor Khotria, arrêté alors qu'il venait voir sa famille qui habite près de Donetsk", a raconté Maria Oliïnik.

Le leader séparatiste Alexandre Borodai a indiqué samedi qu'un échange de prisonniers était en préparation, avec l'aide de représentants de l'OSCE et de l'ONU à Donetsk.

"Nous menons des négociations pour obtenir la libération des otages. Les insurgés détiennent aujourd'hui plus de 200 personnes, citoyens de différents pays", a confirmé de son côté le gouverneur de la région de Donetsk, nommé par Kiev, Serguiï Tarouta.

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