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Évasions par hélicoptère: de nombreuses questions demeurent sans réponses, constate Lise Thériault (VIDÉO)

09/06/2014 11:44 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT
PC

QUÉBEC - La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, s'est retrouvée sur le sellette, lundi, à la suite d'une spectaculaire évasion par hélicoptère la fin de semaine dernière dans une prison de Québec.

Mme Thériault a dû corriger le tir, après avoir affirmé que des câbles et filets auraient pu être installés pour empêcher un deuxième incident du genre en 15 mois _ le premier dans une prison à Saint-Jérôme.

«Je croyais qu'il y avait du matériel qui avait été acheté mais je peux vous confirmer qu'il n'y a rien qui a été acheté, a-t-elle dit dans un échange avec la presse précédant la période des questions. (...) Il y a de l'information contradictoire qui circule, donc j'ai essayé de valider la bonne information.»

Avant une réunion des députés libéraux, lundi midi, Mme Thériault avait d'abord accrédité la thèse que cet équipement avait été acheté, une information qu'elle a ensuite attribuée à son prédécesseur péquiste Stéphane Bergeron.

«J'ai appris cette information-là, on va prendre le temps de voir pourquoi ça n'a pas été installé, avait-elle dit. Je vous ferai remarquer que ça fait seulement qu'un mois et demi que je suis en poste.»

Près de deux jours après l'évasion d'Yves Denis, Denis Lefebvre et Serge Pomerleau, des accusés en attente d'un procès pour meurtre, Mme Thériault, vice-première ministre, avait plus de questions que de réponses à offrir concernant un assouplissement des règles de sécurité, dont un retrait des menottes.

«Ça c'est une très bonne question que vous avez là, a-t-elle dit aux journalistes à ce sujet. Je ne peux pas avoir toute l'information, j'ai l'information qui ne nuit pas aux enquêtes, qui ne nuit pas à la sécurité.»

Mme Thériault a néanmoins pu confirmer qu'un juge s'est prononcé en faveur de cet assouplissement, dont elle ignore s'il s'appliquait aux trois détenus qui se sont évadés, samedi soir, à Québec, où ils subissaient depuis avril un premier procès pour trafic de drogue.

«C'est public, c'est un juge mais je ne suis pas la juge, a-t-elle dit. Vous comprendrez qu'à la Sécurité publique il y a beaucoup de choses. Moi ce que je vous dis c'est que ces requêtes ont été présentées par les détenus pour avoir des assouplissements.»

Mme Thériault n'a pas été complètement en mesure de dire si la décision du tribunal, à cet égard, avait été rendue vendredi dernier, tel que rapporté dans les médias.

«C'est l'information qui m'a été transmise, elle peut-être erronée, je vais retourner la vérifier», a-t-elle dit.

En Chambre, aux questions insistantes de l'opposition, Mme Thériault a précisé la date du dépôt de la requête devant le juge responsable, le 21 mars, soit avant l'arrivée au pouvoir des libéraux, ce qui lui a donné des munitions pour attaquer M. Bergeron.

«Je viens d'avoir l'information que la requête a été présentée le 28 mars 2014 et que c'était le précédent ministre de la Sécurité publique au Parti québécois qui était en poste, aux commandes, a-t-elle dit. Pardon, pas le 28, le 21 mars, je me suis trompée, le 28... le 21 mars.»

Bien que Mme Thériault ait laissé entendre que ces informations étaient publiques, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a affirmé le contraire concernant l'ensemble des informations relatives à ce dossier, incluant les demandes d'assouplissement des conditions de détention.

«Tout ce qui touche ce procès est assujetti à une procédure de non-publication, et ce, pour protéger la sécurité, a-t-elle dit. Donc en ma qualité de procureure générale, je ne commenterai pas.»

Dans son premier point de presse, Mme Thériault s'est interrogée sur le bien-fondé du changement de classification de sécurité des détenus, liés aux Hells Angels.

«Évidemment, je me suis moi-même posé la question: est-ce qu'il est normal, est-ce qu'on aurait pu faire les choses d'une manière différente? Ça fait partie du questionnement et des réponses qui seront à donner aussi», a-t-elle dit.

L'incident de samedi est le deuxième du genre en 15 mois. En mars 2013, à Saint-Jérôme, deux hommes avaient forcé un pilote d'hélicoptère, à la pointe du fusil, à diriger son appareil au-dessus de la cour d'une prison, où deux prisonniers avaient escaladé une échelle de corde.

Lundi, Mme Thériault a déclaré qu'un plan avait été élaboré après la première évasion, mais qu'il reste encore à mettre en place. La ministre a refusé de donner des détails.

«Vous me permettrez de ne pas vous dire ce que ce plan contient exactement par mesure de sécurité, je ne voudrais pas non plus dire aux bandits les mesures de sécurité qui sont déployées dans les centres de détention», a-t-elle dit.

Tous les établissements de détention ont reçu dès samedi soir la consigne de revoir leurs procédures de sécurité afin de déterminer si des lacunes doivent être corrigées, a indiqué Mme Thériault avant une réunion des députés libéraux, à l'Assemblée nationale.

Selon la ministre, les incidents de Québec et de Saint-Jérôme sont différents.

«Il ne faut pas comparer les deux, parce qu'à Saint-Jérôme il y a eu un hélicoptère qui s'est posé sur le toit d'une bâtisse, ou qui s'est approché d'une bâtisse, alors qu'à Orsainville c'est un hélicoptère qui a atterri dans la cour, c'est différent», a-t-elle dit.

Lors d'un point de presse, M. Bergeron a affirmé que son gouvernement avait étudié la possibilité d'installer des câbles d'acier ou des filets pour contrer les évasions en hélicoptère, à la suite de l'incident de Saint-Jérôme.

«J'avais eu l'occasion de signaler que dans certains cas, la configuration ne permettait pas l'installation de tels équipements. C'est-à-dire que c'est toujours possible, mais à quel coût?» a dit l'ex-ministre péquiste.

M. Bergeron a déclaré qu'il avait plutôt réclamé une zone d'exclusion aérienne aux autorités fédérales ainsi qu'un brouillage des ondes cellulaires afin d'empêcher les communications des détenus, sans toutefois recevoir d'Ottawa de réponse concluante.

À Montréal, le premier ministre Philippe Couillard a évoqué des questions à résoudre concernant le niveau de sécurité dans les établissements ainsi que l'exclusion aérienne au-dessus des prisons.

«Il y a de nombreuses questions qui devront être abordées», a-t-il dit.

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