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CEIC: Pierre Bibeau distribuait des largesses aux libéraux et entrepreneurs

09/06/2014 03:43 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Lorsqu'il était premier vice-président de Loto-Québec, Pierre Bibeau, un vétéran du Parti libéral, distribuait des billets de faveur ou des largesses à ceux qui le demandaient: représentants de firmes de génie, entrepreneurs, gens du Parti libéral et amis dans les médias. Et il avait des contacts avec plusieurs ministres du gouvernement Charest.

C'est l'ancienne secrétaire de Pierre Bibeau, Jocelyne Truchon, qui a fait ces révélations, lundi à la Commission Charbonneau.

La secrétaire, qui a pris sa retraite en avril 2012, a relaté que pour le Grand Prix du Canada à Montréal, par exemple, Pierre Bibeau pouvait recevoir 300 billets VIP. Il en recevait pour d'autres activités que commanditait Loto-Québec, comme les feux d'artifices, sans compter que la société d'État avait également une loge au Centre Bell.

Mme Truchon s'est ainsi rappelé que Violette Trépanier, une ancienne ministre libérale qui a été responsable du financement du PLQ, demandait des billets pour La Ronde, «une dizaine à la fois» pour ses petits-enfants.

Et l'actuel ministre du Travail, Sam Hamad, «demandait personnellement» des billets pour le golf pour l'Open organisé par le Casino de Montréal _ des passes VIP, a précisé Mme Truchon.

M. Bibeau a déjà remis aussi des billets à Marc Bibeau, de Schokbéton, et à son ami Gaston Pellerin, propriétaire de la Pourvoirie du lac Blanc _ des billets de boxe au Centre Bell dans son cas.

Pierre Bibeau, pourtant à Loto-Québec, a eu maints contacts avec des dirigeants de firmes de génie, comme Rosaire et Jean-Pierre Sauriol, de Dessau; Kazimir Olechnowicz, de Cima +; Bernard Poulin, du Goupe SM; et Sylvain Lacasse, de Clolac. Mme Truchon ignore pourquoi il rencontrait des firmes de génie.

Et même si Loto-Québec relevait plutôt du ministre des Finances Michel Audet, à l'époque, Mme Truchon se rappelle qu'il a eu des contacts avec le bureau du premier ministre Jean Charest et les ministres Jacques Dupuis, David Whissell, Lise Thériault et Normand MacMillan.

Fait à noter, M. Bibeau, à titre de vice-président, était également responsable des relations gouvernementales.

Des collaborateurs dans les médias ont aussi bénéficié des largesses de M. Bibeau lorsqu'il était à Loto-Québec.

Ainsi, le chroniqueur politique Jean Lapierre, un ancien ministre libéral fédéral, réservait une chambre au manoir Richelieu de Pointe-au-Pic. «Il réservait une chambre à 160 $. Puis il demandait à M. Bibeau la possibilité de la faire 'upgrader'. Ça devenait une chambre à 250 $, mais il payait 160 $», a rapporté Mme Truchon.

De même, le commentateur de baseball Rodger Brulotte a reçu des billets au Centre Bell.

La secrétaire d'expérience a aussi souligné que M. Bibeau possédait pas moins de trois téléphones mobiles, en plus du téléphone à son bureau.

D'ailleurs, soudainement, en 2010, M. Bibeau a reçu beaucoup moins d'appels sur sa ligne de bureau. «La baisse a été drastique», a rapporté Mme Truchon. Mais il continuait de recevoir des appels sur ses appareils portables.

En plus de ce qu'elle a appelé la «billetterie», Mme Truchon était responsable de l'agenda de M. Bibeau.

À quelques occasions, elle avait remarqué qu'il y avait inscrit une rencontre avec XYZ. Curieuse, elle lui a demandé s'il avait fait une faute de frappe. Il lui a répondu non, que cela était inscrit comme il le souhaitait. Elle ignore qui était ce XYZ que M. Bibeau devait alors rencontrer et pourquoi son nom était ainsi formulé.

À un moment, une deuxième adjointe a été embauchée pour M. Bibeau, alors qu'elle n'en avait même pas fait la demande. Celle-ci s'occupait alors des comptes de dépenses, du suivi budgétaire et d'autres suivis.

Il a déjà été mis en preuve devant la commission que M. Bibeau, conjoint de l'ex-ministre libérale Line Beauchamp jusqu'à la fin de 2009, avait été présent lors d'une rencontre entre la ministre et des entrepreneurs et/ou firmes de génie, au club privé 357C dans le Vieux-Montréal.

Mme Truchon a indiqué à la commission d'enquête que Loto-Québec n'était pourtant pas membre du club 357C. Des témoins avaient indiqué à la commission qu'il s'y était fait du financement politique pour le Parti libéral.

Mme Truchon a également confirmé le témoignage de l'entrepreneur Lino Zambito, d'Infrabec, qui avait affirmé s'être rendu à Loto-Québec pour rencontrer Pierre Bibeau. «C'est moi qui suis allée l'accueillir à la réception quand il est venu voir Pierre Bibeau», a-t-elle relaté.

L'entrepreneur a déjà admis devant la commission avoir organisé une activité de financement pour la ministre Nathalie Normandeau et avoir participé à diverses autres activités de financement du PLQ.

Curieusement, après que M. Zambito eut témoigné devant la Commission Charbonneau en octobre 2012, Mme Truchon, qui avait pris sa retraite en avril, a reçu un appel d'une «dame de Loto-Québec» qui voulait savoir si elle se souvenait de l'y avoir vu. Selon Mme Truchon, la dame voulait en informer Pierre Bibeau.

Jugeant que la demande de la dame était «cavalière», Mme Truchon a menti, prétendant ne pas s'en souvenir.

La commission d'enquête entendra justement Pierre Bibeau mardi.

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