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Afghanistan: le président Karzaï, futur jeune retraité très actif ?

09/06/2014 05:22 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:12 EDT

Le prochain chef de l'État afghan aura un voisin plutôt encombrant: le président sortant Hamid Karzaï, qui emménagera juste à côté du palais et à qui l'on prête volontiers l'intention de continuer à peser fortement sur l'avenir du pays.

Hamid Karzaï, 56 ans, quittera ses fonctions dans les prochaines semaines à l'issue d'une élection présidentielle dont le second tour opposera samedi deux de ses anciens ministres, Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani.

Arrivé au pouvoir fin 2001 après la chute des talibans, élu en 2004, réélu en 2009, M. Karzaï ne pouvait se représenter, la Constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat.

Mais la retraite ne l'éloignera guère du pouvoir, ne serait-ce que géographiquement: la résidence qu'il s'est fait construire ces derniers mois se trouve dans l'enceinte même du palais présidentiel.

Quelles que soient ses intentions, il devrait garder une emprise notable sur un pays qu'il a contribué à guider, à redresser et à façonner dans la nouvelle ère ouverte par la chute des talibans.

"Le président Karzaï a tissé un réseau de relations si vaste qu'il se doit de rester influent pour continuer à satisfaire ses partisans", et serait pour cela en contact avec des "gouverneurs et des responsables gouvernementaux", avance Bette Dam, une analyste néerlandaise qui a rencontré le chef de l'État afghan à plusieurs reprises dans le cadre d'un projet de livre.

Fin 2001, Hamid Karzaï a 44 ans lorsqu'il prend les rênes d'un pays aux abois, tout juste débarrassé du carcan intégriste des talibans, chassés par une coalition militaire internationale dans la foulée des attentats du 11-Septembre.

Habitué des voyages aux États-Unis pendant les années 1990, Karzaï s'impose en leader charismatique malgré les menaces et tentatives d'assassinat. Et convainc la communauté internationale, États-Unis en tête, qu'il est le dirigeant idoine pour reconstruire une nation déchirée par deux décennies de guerre et lutter contre la rébellion islamiste armée.

"Les Américains, entre autres, ont toujours pensé que M. Karzaï était l'un des leurs. Ce n'est pas un chef de guerre, c'est un diplomate, qui parle anglais, et un homme politique qui a le contact facile", souligne Bette Dam.

- Vieux sage ou faiseur de rois? -

Mais au fil de la décennie, la corruption endémique, les millions de dollars d'aide investis parfois en pure perte, les violences persistantes et les déclarations peu amènes de M. Karzaï envers ses propres alliés érodent petit à petit ce lien qu'il avait noué avec les Occidentaux.

"Pour parler franchement, ce sera un soulagement quand il ne sera plus au pouvoir", lâche même un haut responsable américain s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

Il faut dire que les relations entre les deux alliés n'ont cessé de se dégrader. En 2009, lorsqu'il est réélu à l'issue d'un scrutin entaché de fraudes massives, Hamid Karzaï soupçonne Washington d'avoir fomenté un complot pour le faire perdre.

Dernier affront en date: le refus du président afghan de signer avec les États-Unis un Traité bilatéral de sécurité (BSA) devant définir les modalités du maintien d'une présence militaire américaine après le retrait des 50.000 soldats de l'Otan, à la fin de l'année.

Si d'aucuns voient le président afghan continuer à s'activer en coulisse pour préserver les intérêts de ses proches, et les siens, M. Karzaï pourrait également jouer un rôle de "vieux sage", de père de la nation, note le responsable américain.

"Il sera un président à la retraite, un citoyen au service du peuple et au service du prochain président", abonde son porte-parole, Aimal Faizi, selon qui M. Karzaï a refusé "plusieurs propositions prestigieuses venant de l'étranger".

Comme de nombreux chefs d'État à la retraite, il pourrait également opter pour intégrer le circuit très lucratif des conférenciers, et on lui prête l'intention d'écrire un livre sur sa formidable ascension.

Mais ce caractère tumultueux, imprévisible, qui n'a guère d'autres activités que la politique, à part peut-être les livres d'histoire et un jogging de temps à autres, saura-t-il vraiment se tenir à l'écart de la vie publique?

En décembre dernier, lors d'une visite en Inde, il se disait impatient d'être un "président à la retraite, un citoyen heureux, libre d'aller où il veut". Et de "retrouver sa liberté de parole".

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