NOUVELLES

Évasions en hélicoptère: les autorités planchent sur des stratégies

08/06/2014 07:32 EDT | Actualisé 08/08/2014 05:12 EDT

TORONTO - Deux évasions spectaculaires par hélicoptère dans des centres de détention au Québec peuvent avoir sidéré la population du pays, mais des experts en sécurité affirment que de telles tentatives audacieuses dictent la conception des prisons depuis des années.

Les prisons modernes possèdent des mesures de protection dans leurs structures architecturales et technologiques, pendant que les prisons plus anciennes ont commencé à poser des gestes pour éviter le genre de manoeuvres à haut risque grâce auxquelles cinq prisonniers ont pris la poudre d'escampette au cours des 15 derniers mois.

La plus récente évasion a eu lieu samedi lorsqu'un hélicoptère a atterri dans la cour de l'Institution d'Orsainville près de Québec, puis s'est envolé avec trois présumés meurtriers à bord. Dimanche soir, les évadés étaient toujours en cavale.

En mars 2013, une scène similaire s'est déroulée à Saint-Jérôme. Deux hommes auraient menacé le pilote d'hélicoptère avec une arme à feu pour le faire voler au-dessus de la cour de la prison, où deux prisonniers ont escaladé une échelle de corde. Leur retour à la liberté a cependant été de courte durée, alors que les détenus et leurs présumés complices ont été arrêtés en quelques heures.

Des experts soutiennent que des cours ouvertes représentent depuis longtemps une faiblesse en matière de sécurité pour les prisons, ajoutant que des pratiques modernes sont en cours pour clore cette faille.

Colin Lobo, dont l'entreprise offre des conseils aux prisons et tribunaux canadiens, affirme que les concepteurs ont abandonné le concept de cour ouverte, ajoutant que les risques d'évasions avaient influencé cette décision.

«Les détenus ne peuvent simplement pas s'évader», mentionne-t-il en parlant des prisons modernes.

Les prisons plus anciennes installent quant à elles des filets, limitant non seulement les risques d'évasions, mais aussi de transferts de contrebande, dit M. Lobo.

Ces mesures seraient pratique courante dans les installations fédérales à sécurité moyenne ou haute.

Si les prisons provinciales ne sont pas classées de la même manière, M. Lobo précise que plusieurs d'entre elles resserrent également leur sécurité.

«Il y a la surveillance vidéo... qui alerte le personnel de sécurité d'un incident ou d'un incident potentiel. Ces systèmes peuvent indiquer aux gardiens que des gens non autorisés se trouvent dans la zone, ou qu'ils se déplacent dans une direction interdite», poursuit M. Lobo.

Hélène Raza, directrice générale adjointe aux programmes à la sécurité et à l'administration du Ministère, a confié que le gouvernement travaille depuis plusieurs mois pour trouver des solutions à ce type d'évasion.

«Des démarches ont été faites pour prévoir des aménagements dans les cours extérieures et des démarches sont toujours en cours avec Transport Canada pour désigner les espaces aériens au-dessus des établissements de détention comme des zones règlementées qu'il n'est pas possible de survoler», a-t-elle expliqué, en entrevue avec La Presse Canadienne, dimanche soir.

Le ministère de la Sécurité publique a déjà écarté l'installation de filets au-dessus des cours extérieures des prisons.

«Les filets anti-évasion ne sont pas la réponse à toute épreuve. Ce n'est pas toujours possible de les installer, surtout dans les conditions climatiques que nous avons au Québec», a soutenu Mme Raza. Elle a refusé d'évoquer les alternatives étudiées pour mettre un terme aux évasions aériennes.

Le garde de sécurité dans la tour du Centre de détention d’Orsainville n'était pas armé, mais cela n'aurait pas nécessairement empêché une évasion, selon Mme Raza.

«L'idée d'armer des personnes a ses limites. Si on se rappelle le cas de Saint-Jérôme, le pilote de l'hélicoptère avait été pris en otage. L'utilisation d'une arme à feu n'aurait pas été adéquate», a indiqué Mme Raza.

Selon Kevin Grabowsky, président national du Syndicat des agents correctionnels du Canada, les prisons fédérales ont — littéralement — d'autres armes à leur disposition.

Les gardiens fédéraux peuvent porter des armes et les utiliser contre des détenus qui tentent de s'évader, dit-il, précisant au passage que le personnel provincial n'a pas le droit de posséder des armes.

Il ajoute que des politiques ont été spécifiquement écrites pour gérer les évasions par hélicoptère, et le personnel a des instructions claires quant à ce qu'ils peuvent viser et ne pas viser.

«Nos directives sont de ne pas tirer sur l'hélicoptère, mais vous pouvez certainement tirer sur les gens qui tentent de monter à bord.»

PLUS:pc