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«Referendum Ya!»: une vague républicaine à travers l'Espagne (PHOTOS)

07/06/2014 06:39 EDT | Actualisé 07/08/2014 05:12 EDT
Anadolu Agency via Getty Images
MADRID, SPAIN - JUNE 7: Pro-republic Spanish people keep their protests against the decision of the King Juan Carlos I of Spain to hand over his throne to his son, 45-year-old Crown Prince Felipe, as marching from Plaza de Cibeles to Puerta del Sol in Madrid, Spain on June 7, 2014. (Photo by Evrim Aydin/Anadolu Agency/Getty Images)

«Referendum Ya»: des milliers d'opposants à la monarchie, mobilisés depuis l'abdication du roi Juan Carlos, ont manifesté samedi à Madrid et partout en Espagne pour réclamer le retour à la république, au moment où le futur roi Felipe VI s'apprête à prêter serment.

«L'Espagne, demain, sera républicaine», criaient les manifestants défilant dans le centre de Madrid, dans une nuée de drapeaux rouges, or et violets, les couleurs de la deuxième république espagnole, proclamée en avril 1931 et balayée en 1939 par la dictature franquiste, après trois ans de guerre civile

Dès le soir du 2 juin, quelques heures après l'annonce par Juan Carlos, âgé de 76 ans, de sa décision d'abdiquer, une vague républicaine a envahi le pays.

Samedi, des dizaines de partis politiques de gauche et organisations citoyennes avaient appelé à de nouvelles manifestations, réclamant «Un référendum Maintenant» sur l'avenir de la monarchie et l'instauration d'une troisième république. Les manifestants ont envahi les rues de nombreuses villes, comme au Pays Basque ou à Valence.

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Manifestations contre la monarchie en Espagne


«Le moment est venu de demander au peuple quel genre de chef d'État il veut», lançait Jorge Lopez, un universitaire de 31 ans, chercheur en physique à Madrid. «Dans les années 70, au début de la démocratie, on a profité du fait que les gens avaient peur d'un retour de la dictature pour nous imposer une monarchie qui n'est pas majoritaire».

«Chefs d'État par les urnes, pas de naissance», «Les Bourbon, aux élections», proclamaient les petites pancartes émergeant de la foule.

Le prince héritier Felipe, s'apprête, à 46 ans, à devenir le prochain roi d'Espagne. Il prêtera serment, probablement le 19 juin, devant le Parlement.

Auparavant la Chambre des députés puis le Sénat auront voté une loi autorisant l'abdication de Juan Carlos. Le résultat est scellé d'avance, les partis favorables à la monarchie, essentiellement le Parti populaire, de droite, qui gouverne l'Espagne, et le Parti socialiste, première force d'opposition, rassemblant plus de 80% des sièges au Parlement élu en 2011.

Mais durant ces trois années, la crise économique et les scandales qui ont entaché la fin de règne de Juan Carlos ont fait plonger sa popularité, et la monarchie n'a pas échappé à la perte de confiance générale envers les institutions.

Expression de cette tendance, les élections européennes du 25 mai et la débâcle des partis traditionnels, bousculés notamment par de petites formations de gauche pro-républicaines, qui ont totalisé environ 20% des voix.

"Je crois qu'il y a aujourd'hui des forces qui souhaitent un changement profond", affirme Jorge Lopez, électeur du parti écolo-communiste Izquierda Unida. Pour lui, Felipe «n'est pas différent de n'importe quel citoyen espagnol, et d'autres pourraient être aussi capables, et même plus que lui, d'être chef de l'État».

Un «renouveau» incertain

La vague républicaine rallie en particulier les plus jeunes, qui n'ont pas connu l'arrivée sur le trône de Juan Carlos le 22 novembre 1975, deux jours après la mort de Francisco Franco, les années de transition et l'approbation par référendum, en 1978, de la Constitution qui a fondé l'Espagne démocratique.

«Nous venons parce que nous ne voulons plus d'une monarchie en Espagne», résume Maria Cabrera, une jeune masseuse de 28 ans, venue manifester à Madrid avec deux amis.

«Le roi ne sert à rien, tout ce qu'il fait, c'est dépenser de l'argent», dit-elle en évoquant le scandale judiciaire dans lequel Cristina, la soeur de Felipe, est inculpée de fraude fiscale.

«Les gens sont fatigués de la corruption, ils veulent pouvoir choisir leur chef d'Etat. C'est plus démocratique, non?», renchérit son ami Juan, 29 ans, employé dans une société de sécurité.

Aujourd'hui, c'est un roi usé par les problèmes de santé et les scandales qui passe le relais.

En annonçant son abdication, Juan Carlos a souhaité le «renouveau» de la monarchie sous l'impulsion d'une "nouvelle génération", laissant au futur Felipe VI la lourde tâche de redonner une légitimité à la Couronne.

Autre signe des turbulences que devra affronter le nouveau roi: en Catalogne, à cinq mois de la date fixée par les nationalistes pour un référendum d'autodétermination, les drapeaux républicains se mêlaient ces jours-ci à l'estelada, le drapeau indépendantiste frappé d'une étoile blanche.

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