NOUVELLES

CEIC: Marc Bibeau voulait 100 000 $ par an de Cima+ pour le PLQ

06/06/2014 10:04 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Kazimir Olechnowicz, président de Cima+, a indiqué à la Commission Charbonneau, vendredi, que l'homme d'affaires Marc Bibeau avait carrément donné un objectif à sa firme de génie pour financer le Parti libéral du Québec, soit 100 000 $ par année.

Et pendant des années, des associés et quelques employés de Cima+ ont effectivement versé cette somme au PLQ, a avoué le témoin.

Il avait été approché par Marc Bibeau, de Schokbéton, peu avant l'élection de 2003. L'objectif de 100 000 $ visait les «grandes firmes», lui avait-il dit. Et M. Bibeau est revenu à la charge chaque année ensuite.

Le témoin se trouve ainsi à confirmer le rôle de Marc Bibeau dans le «financement sectoriel» au sein du Parti libéral du Québec.

M. Olechnowicz pouvait apporter 25 à 30 chèques à M. Bibeau. Et d'autres associés pouvaient donner d'eux-mêmes leur chèque en participant à des cocktails.

M. Olechnowicz a admis que même si M. Bibeau lui rappelait que pour respecter la loi, ces chèques devaient être des chèques personnels, non des chèques de compagnies, il savait pertinemment que c'est Cima+ qu'il sollicitait. M. Bibeau venait d'ailleurs le voir au siège social de l'entreprise. «Il s'adresse à moi en tant que président de Cima+. Sans doute que si je n'étais pas président de Cima+, il ne serait pas venu me voir», a-t-il dit.

Le président de Cima+ a admis qu'il n'était pas contraint de donner. Mais il n'a pas osé s'abstenir de verser de l'argent au PLQ, craignant les répercussions pour sa firme qui voulait obtenir des contrats. À ses yeux, cela constituait «une police d'assurance» qu'il se donnait.

Il a également fait un parallèle avec les dons que Cima+ faisait à Centraide.

Le tableau déposé devant la commission fait état de dons totalisant 2 158 659 $ pour l'ensemble des employés et associés de Cima+ de 1996 à 2011 pour les trois principaux partis politiques, à savoir le PLQ, le Parti québécois et l'Action démocratique. Le PLQ à lui seul a touché 1 132 304 $ de cette somme.

Il a tenté de convaincre la commission que les donateurs de Cima+ le faisaient «par conviction», mais le procureur de la commission, Me Paul Crépeau, a fini par lui faire admettre que les dons penchaient davantage du côté du parti au pouvoir.

Il a soutenu que peu de ces dons étaient remboursés par Cima+. Après un interrogatoire serré de Me Crépeau, il a admis du bout des lèvres qu'il y avait peut-être «1 ou 2 pour cent» de prête-noms ou que des employés ont pu se faire rembourser à même leurs notes de frais.

À certaines occasions, lorsqu'il a rencontré Marc Bibeau, il a aussi vu Violette Trépanier, la responsable officielle du financement pour le PLQ.

M. Olechnowicz a aussi joué au golf en 2005 avec trois ex-dirigeants du Parti libéral du Québec, cette fois Joël Gauthier _ anciennement de l'Agence métropolitaine de transport _, Benoît Savard et Pierre Bibeau, l'ancien conjoint de l'ex-ministre Line Beauchamp.

Il a tenté de banaliser sa relation avec Pierre Bibeau, bien qu'il l'ait personnellement invité dans la loge de Cima+ au hockey et ait joué au golf avec lui. «Je ne dis pas que je ne connais pas M. Bibeau, là, je le connais, mais je... je... oui je... J'invitais Pierre Bibeau parce que je considérais que c'était quelqu'un d'important au Québec, que je connaissais, et qui pouvait se retrouver à différents endroits.»

Mais Me Crépeau a alors lu des passages de l'agenda de Pierre Bibeau énonçant quelques rencontres avec M. Olechnowicz en 2005, 2009 et 2010.

«C'est lui qui m'appelait pour me dire 'Line (Beauchamp, l'ex-ministre) a un cocktail, peux-tu venir'?» a relaté le témoin.

M. Bibeau était vice-président chez Loto-Québec et, pourtant, Cima+ n'avait pas de lien d'affaires avec Loto-Québec à l'époque. «Donc c'est une relation personnelle avec M. (Pierre) Bibeau et avec des gens du Parti libéral (que vous aviez)?» lui a demandé Me Crépeau.

«Oui», a-t-il fini par admettre.

C'est un vice-président de Cima+, François Plourde, qui s'occupait de récolter les chèques pour le Parti québécois. M. Olechnowicz ignore donc si un objectif avait été fixé. Il a entendu parler d'une «rumeur» de 100 $ par employé.

L'Action démocratique a aussi sollicité Cima+ par l'intermédiaire de Léo Housakos, plus tard nommé sénateur. M. Housakos l'a appelé à compter de 2002. Il demandait «le plus possible mais ne fixait pas d'objectif», a relaté M. Olechnowicz. Il le rencontrait une fois l'an.

Et Cima+ a aussi dû donner à la ville de Laval, puisqu'elle a acheté une firme qui devait déjà y donner sa quote-part des contrats au palier municipal. M. Olechnowicz avait demandé au dirigeant local s'il était possible de ne pas donner d'argent, mais la réponse a été claire: «si on fait ça, on n'aura plus de contrats», a-t-il rapporté.

À Laval, c'était «en majorité» de l'argent comptant, et non des chèques que Cima+ devait donner. Et pour obtenir suffisamment d'argent comptant, la firme de génie avait recours à de la fausse facturation à l'aide d'entreprises collaboratrices, a-t-il admis. Des documents déposés devant la commission font état de 3 millions $ de fausses factures.

À Montréal, M. Olechnowicz n'a toutefois jamais donné à Bernard Trépanier, le collecteur de fonds pour Union Montréal, le parti de l'ex-maire Gérald Tremblay.

PLUS:pc