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La BCE sort les grands moyens pour faire grimper inflation et croissance

05/06/2014 11:55 EDT | Actualisé 05/08/2014 05:12 EDT

A l'unanimité, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de sortir les grands moyens jeudi pour tenter de faire grimper une inflation qui flanche dangereusement et encourager une croissance économique qui peine à décoller vraiment en zone euro.

Première mesure annoncée, l'institution a baissé une nouvelle fois ses taux d'intérêt, déjà au plus bas. Son principal taux directeur, baromètre du crédit en zone euro, a été porté à 0,15% (contre 0,25% depuis novembre). Elle a également réduit son taux de prêt marginal, auquel les banques empruntent pour 24 heures à ses guichets, à 0,40% (contre 0,75%).

Surtout, elle a fait une incursion en terrain inconnu en portant son taux de dépôt en territoire négatif, à -0,10%, une mesure qu'aucune banque centrale d'envergure n'avait expérimentée jusqu'ici. Cela signifie que les banques devront payer pour stocker leurs liquidités excessives auprès d'elle pour 24 heures. Ce taux stagnait à 0% depuis juillet 2012.

Ces mesures sont accompagnées de différentes incitations pour encourager les banques à prêter aux entreprise et aux ménages. Car sans reprise du crédit, pas d'investissement et de reprise économique.

Prêts massifs

La BCE va donc prolonger ses opérations de prêts illimités et très bon marché à court et moyen terme aux banques jusque mi-2016. Mais surtout elle prêtera de nouveau à long terme -jusqu'à quatre ans- jusqu'à 400 milliards d'euros à celles qui pourront prouver qu'elles ont ouvert les cordons de leur bourse à PME et consommateurs.

Une action d'envergure était largement anticipée par analystes et marchés, et pratiquement pré-annoncée par les responsables de la BCE face à une inflation toujours faible et une croissance décevante au premier trimestre (+0,2%).

La hausse des prix a atteint 0,5% en mai, selon une première estimation, après 0,7% en avril et 0,5% en mars. Soit très loin de l'objectif de la BCE d'assurer une inflation proche mais en dessous de 2%.

Ces chiffres, en grande partie attribués à des phénomènes exogènes comme la baisse des prix de l'énergie, ont contraint la BCE à abaisser ses prévisions d'inflation. Elle mise dorénavant sur une hausse des prix de 0,7% seulement cette année, contre 1% escompté jusqu'alors, et attend 1,1% en 2015 et 1,4% en 2016.

Pour autant, "nous ne voyons pas de déflation (...) nous ne voyons pas les ménages reporter leurs dépenses", l'un des symptômes de ce phénomène de baisse générale des prix et des salaires, a affirmé lors de sa conférence de presse mensuelle le président de la BCE Mario Draghi.

Une analyse partagée par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, qui s'est déclaré jeudi à Berlin "complètement détendu" à ce sujet.

La BCE a également revu en baisse sa prévision de croissance du PIB pour 2014. Elle attend +1%, contre 1,2% attendu il y a trois mois.

"Un message fort"

Le ministre français de l'Economie, Arnaud Montebourg, a salué dans l'action de la BCE jeudi un "premier pas spectaculaire vers une politique monétaire plus orientée vers la croissance", et a appelé les banques et la Commission européenne à assumer désormais leur part du travail.

Pour Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities, "le conseil des gouverneurs a délivré tout (et non seulement une partie de ce qu'il était raisonnable d'espérer)". Toutefois, les baisses de taux sont davantage de l'ordre du symbolique, selon lui.

Son confrère de la banque Berenberg, Holger Schmieding escompte aussi peu d'effet du taux de dépôt négatif sur l'économie mais "c'est un message fort", a-t-il jugé. A savoir que "la BCE veut que les banques consacrent leur argent à un meilleur usage" Et aussi que "la zone euro veut moins d'entrée de capital qui pousse son taux de change à la hausse".

En effet, si les banques sont dissuadées de stocker leurs euros auprès de la BCE, elles pourraient chercher des placements ailleurs, dans d'autres monnaies, faisant baisser la valeur de la monnaie unique européenne.

Ces mesures ont été unanimement acceptées par les 18 gouverneurs des banques centrales de la région et les six membres du directoire de la BCE, a fait valoir M. Draghi, loin des crises enregistrées par le passé en particulier avec la Bundesbank allemande, adepte d'une politique monétaire moins interventionniste.

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