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Italie: Soeur Cristina parmi les favoris de la finale de The Voice

05/06/2014 06:14 EDT | Actualisé 05/08/2014 05:12 EDT

Le suspense montait en Italie avant la finale jeudi soir du concours de chant télévisé The Voice où une jeune religieuse, Soeur Cristina, a de fortes chances de l'emporter compte tenu de l'enthousiasme des dizaines de millions de fans qui l'ont visionnée sur internet.

"J'ai un don et je vous le donne", avait lancé avec une pointe d'ingénuité Cristina Sciuccia, 25 ans, quand les quatre juges du "talent show" qui venaient de la choisir à l'unanimité le 19 mars après une audition en aveugle ("blind audition") lui avaient demandé ce qu'elle faisait. La présence d'une soeur détonait dans ce concours généralement réservé aux amateurs de paillettes.

La fameuse chanteuse et présentatrice Raffaella Carra, complètement interloquée par la tenue de "Suor Cristina", en habit et voile gris de nonne, lui avait même demandé si elle était une vraie religieuse et ce qu'en pensait le pape François, dont la jeune sicilienne dit s'inspirer.

"Tout ceci est arrivé parce que, dehors, il y a une soif de joie, d'amour, une soif d'un message beau et pur", a expliqué Soeur Cristina lors de sa toute première conférence de presse, mercredi avant la grande finale ce jeudi à partir de 19H00 GMT à Milan.

Depuis sa sélection par le rappeur J-Ax -- pour jouer sur le contraste entre "lui le diable et elle l'eau bénite" -- l'engouement du public pour la jeune Cristina qui a pris le voile en 2012 ne s'est jamais démenti. Il a fait battre à Rai Due (deuxième chaîne de la télé publique italienne) ses propres records d'audience, systématiquement au-dessus des 15%.

Son interprétation, le jour de l'audition en aveugle, du morceau pop "No One" de Alicia Keys a été vu plus de 50 millions de fois sur Youtube.

Son ancien petit ami a été interviewé par des médias, tout comme son professeur de chant et la directrice de l'académie de Star Rose, une ex-starlette des années 1990, Claudia Koll, elle-même devenue une laïque consacrée, c'est à dire ayant fait les voeux de pauvreté et chasteté sans entrer dans un ordre.

La jeune Cristina Scuccia, qui se décrit comme une ancienne rebelle en rupture de ban avec la religion, a initié son parcours en incarnant un peu par défi et par jeu la fondatrice de l'ordre des Ursulines, Sainte Angèle de Merici, dans une comédie musicale montée en 2008 par cette congrégation à Palerme. Un an plus tard, elle devenait novice avant de partir au Brésil travailler auprès d'enfants défavorisés, puis d'entrer dans les ordres il y a deux ans.

La jeune religieuse ne fait toutefois pas l'unanimité en Italie.

La candidate malheureuse au concours de l'Eurovision Emma Marrone -- elle-même issue d'un "talent show" -- l'a qualifiée d'"insulte pour le showbiz".

Des critiques musicaux estiment que son succès est plus dû au symbole qu'elle représente dans un pays encore très imprégné par le catholicisme et à l'effet médiatique, qu'à sa voix, haut perchée et relativement limitée.

Son "coach" J-Ax l'avait d'ailleurs écartée en semi-finale au profit d'un rappeur et c'est le vote de public qui a renversé la vapeur, propulsant "Suor Cristina" vers la finale.

Pour sa part, la jeune religieuse se dit très sereine sur son avenir.

Même si elle devait gagner le concours jeudi, avec à la clef la sortie d'un disque produit par Universal Music, elle n'entend pas renoncer à sa vocation. Et se dit prête à "retourner à une vie normale" et à se contenter de chanter "avec des jeunes, à l'église, dans la paroisse ou des écoles", si ses supérieures en décidaient ainsi.

Mais elle ne ferme pas les portes à une carrière discographique: "Je vis le moment présent, je laisse l'avenir à la Providence et je continuerai à chanter partout où le Seigneur m'appellera".

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