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Hashim Thaçi, ancien chef de la guérilla devenu chef de gouvernement

05/06/2014 12:45 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

Hashim Thaçi, qui brigue un troisième mandat consécutif de Premier ministre aux élections législatives anticipées de dimanche au Kosovo, est un ancien guérillero reconverti dans la politique qui a mené son pays à l'indépendance en 2008.

Commandant emblématique de la guérilla indépendantiste albanaise kosovare, Hashim Thaçi a combattu les forces serbes durant le conflit de 1998-99.

Reconverti en homme politique après le conflit, M. Thaçi, 46 ans, a négocié avec ses anciens ennemis serbes et conclu en avril 2013, sous la houlette de l'Union européenne, un accord historique de "normalisation des relations" entre Pristina et Belgrade.

"Les gens de la région ne sont pas habitués à parvenir à la paix. Certains auraient peut-être préféré un échec que la conclusion de cet accord", avait-il déclaré à cette occasion.

"Le Kosovo n'appartient pas uniquement aux Albanais", lancera-t-il à l'adresse des quelque 120.000 Serbes restés vivre au Kosovo, les invitant à intégrer la société kosovare.

De stature imposante, cheveux poivre et sel, élégant, M. Thaçi se présente aux élections de dimanche avec un programme de redressement économique qu'il a baptisé "nouvelle mission".

Ses détracteurs, qui lui reprochent la corruption qui ronge le Kosovo, estiment qu'il ne souhaite que s'accrocher au pouvoir.

"Chaque geste, chaque sourire dévoilent un homme qui panique face à la possibilité d'une défaite qui se profile à l'horizon", a estimé Ilir Mirena, un opposant à M. Thaçi, qui dirige le gouvernement depuis 2007.

Ses sympathisants font valoir, de leur côté, qu'il est l'unique véritable homme d'État capable de communiquer avec la communauté internationale et de faire adhérer le pays à l'Union européenne et l'Otan.

La popularité de Hashim Thaçi a atteint son pic lorsque le Kosovo a proclamé son indépendance en 2008, mais un coup très fort a ensuite été porté à sa réputation, en 2010, quand un rapport du Conseil de l'Europe a mentionné son nom ainsi que ceux d'autres responsables kosovars, dans une affaire de trafic d'organes.

M. Thaçi a fermement réfuté ces accusations portant sur une période où il était chef de la guérilla (UCK).

Selon le rapport, l'UCK avait organisé des camps de détention pour des Serbes et des personnes soupçonnées de collaboration avec Belgrade. Des prisonniers, pour la plupart des Serbes, y auraient été tués et leurs organes auraient été prélevés pour être vendus ensuite au marché noir.

- De la résistance pacifique au maquis -

Né le 24 avril 1968 dans le village de Brocna, dans la région de la Drenica (centre), berceau du séparatisme kosovar albanais, Hashim Thaçi a participé dès le début des années 90 à un mouvement de "résistance passive" face aux autorités de Belgrade.

Persuadé que cette politique impulsée par le "Père de la nation" kosovare albanaise, Ibrahim Rugova, ne donnerait aucun résultat, il décida avec d'autres indépendantistes, de créer un mouvement de guérilla au milieu des années 1990.

Condamné par contumace à 22 ans de prison pour terrorisme par un tribunal serbe, il se réfugie en Suisse où il étudie les sciences politiques.

En 1997, il retourne au Kosovo et fonde avec d'autres leaders indépendantistes l'UCK qui, en mai 1998, contrôle déjà un quart du territoire du Kosovo. Hashim Thaçi a alors à peine 30 ans.

Pendant le conflit de 1998-99, M. Thaçi, alias "Le Serpent" dans la clandestinité, devient "Premier ministre" du "gouvernement provisoire" du Kosovo.

Il apparaît sur la scène politique internationale en 1999 à la conférence de paix de Rambouillet (France) où il s'affirme, fort du soutien des États-Unis, comme le chef des négociateurs kosovars albanais.

Mais, les années passées à la tête du gouvernement kosovar ont été marquées par des difficultés économiques, avec un chômage qui touche presque la moitié des 1,8 million d'habitants, et des affaires de corruption dans son entourage épinglées par la Commission européenne.

Marié et père d'un enfant, M. Thaçi parle anglais et allemand. Cet homme ambitieux qui assure avoir toujours voulu rêvé d'intégrer le Kosovo dans l'UE est devenu particulièrement actif sur Facebook et Twitter, dans l'espoir d'attirer de jeunes supporteurs.

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