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Des correspondants de La Presse Canadienne ont couvert sur place le Débarquement de 1944 en France

05/06/2014 03:00 EDT | Actualisé 05/08/2014 05:12 EDT
MYCHELE DANIAU via Getty Images
Le bérêt vert Léon Gautier pose le 01 juin 2006 sur la plage d'Ouistreham près d'une oeuvre en sable de l'artiste français Roger Dautais, en hommage aux hommes du commando Kieffer, dont a fait partie M. Gauthier. Quatre artistes du Land-Art, un Français, une Canadienne, une Anglaise et une Américaine réalisent pendant deux jours des oeuvres éphémères sur les différentes plages de Normandie pour commémorer le 62e anniversaire du Débarquement. Green Beret veteran Leon Gautier poses 01 June 2006 on the beach in Ouistreham, next to a sand work of French artist Roger Dautais in homage to the 'Kieffer Commando', a detachment of 177 Frenchmen, led by French Lieutenant Philippe Kieffer, that formed part of Lord Lovat's 1st Special Service Brigade. Land-Art artists from France, Canada, England and USA perform during two days on several Normandy beaches for the 62nd commemoration of the end of WWII. AFP PHOTO MYCHELE DANIAU (Photo credit should read MYCHELE DANIAU/AFP/Getty Images)

Voici quelques dépêches transmises par les correspondants de guerre de La Presse Canadienne Ross Munro et William «Bill» Stewart, tous deux témoins directs du Débarquement de Normandie, le 6 juin 1944.

(Les manchettes utilisées ici ne sont pas les originales — ce sont les quotidiens qui rédigent les titres des articles.)

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En route vers le second front

Par William Stewart

EN COMPAGNIE DES FORCES ALLIÉES, 6 juin (Dépêche PC) — Nous nous dirigeons vers la France en compagnie des forces alliées dans le cadre de la plus grande opération militaire de tous les temps. Le temps est gris, la température fraiche. Des centaines de bateaux naviguent dans la Manche.

Les premiers navires de cette croisade maritime ont levé ancre dans la matinée du 5 juin. Ce sont les bateaux les plus lents, ceux qui transportent les chars et l'équipement lourd.

Les bateaux, peints en bleu et en gris — leurs couleurs de guerre —, ont quitté leur port pendant toute la journée du 5 juin malgré un temps peu propice pour un débarquement. Les troupes et leurs armes ont embarqué à bord de ces navires samedi dernier (le 3 juin).

Au cours des deux derniers jours, les soldats canadiens ont vérifié et revérifié leurs armes. J'étais avec eux.

Sur le petit bateau transportant l'état-major d'une unité participant au Débarquement, les hommes participent à un exercice d'embarquement sur une péniche de débarquement. Les soldats et les marins sont de vieux amis. Ils ont pris part ensemble à de nombreux exercices.

L'exercice suivait son cours lorsqu'un major a réuni les soldats pour leur dire: «Je vais être direct: nous naviguons vers la France pour ouvrir le second front.»

Personne n'applaudit. Les soldats s'y attendaient depuis si longtemps qu'ils sont surtout soulagés. Personne n'est démoralisé. Les blagues sur le Débarquement, les probables mésaventures et problèmes à venir pleuvent.

Les officiers et leurs hommes retournent à leur lit afin d'emmagasiner un peu de sommeil. La mer s'est calmée au courant de la nuit, le roulis est devenu plus supportable.

Vers 5 h, le matin du 6 juin, deux colonnes de fumée sont visibles sur les côtes. Les bombardiers volent vers leurs cibles devant nous. Même au large, on ressent les effets de milliers d'explosions.

Les navires ouvrent le feu à leur tour. Notre bateau vibre au son de la canonnade. Au-dessus de nos têtes, les Spitfires nous escortent.

7 h. Les navires de transport jettent les péniches à l'eau. La mer est agité. Certains soldats souffrent du mal de mer.

Le bombardement intense se poursuit. Dans un délai de 30 minutes, les troupes commencent à embarquer sur les péniches qui les amèneront vers les plages.

Le Débarquement commence.

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La bataille des plages est gagnée

Par Ross Munro

QUELQUE PART EN FRANCE, 6 juin 1944 (Dépêche PC) — Après deux heures et 45 minutes de combats, les troupes canadiennes ont remporté la bataille des plages et se dirigent vers l'intérieur des terres.

A 10 h 45, le commandant des troupes canadiennes (le général Keller) a transmis le message suivant au commandant de la 1ère Armée canadienne, le général Crerar, G.O.C.: «Les plages sont prises. Nous nous dirigeons vers les objectifs intermédiaires.»

La pénétration canadienne lors de l'assaut initial est plutôt étroite mais elle lui permet d'avoir une base pour s'élancer plus profondément à l'intérieur des terres.

Les petites villes côtières ont été les lieux de combats féroces. Les Canadiens ont rencontré une grande résistance sur les plages. Ils ont contourné plusieurs obstacles métalliques ou en bois placés là pour piéger des péniches à marée haute. L'attaque a commencé vers 7 h 15 au début de la marée montante et plusieurs de ces obstacles étaient à découvert, permettant aux troupes du Génie de les détruire avant que l'eau ne les recouvre. Les péniches ont pu continuer à décharger leurs cargaisons sur les plages.

Les troupes canadiennes ont subi quelques pertes, en raison des mitrailleuses ennemies, des mortiers et de l'artillerie.

Vers 10 h, les Canadiens avaient parcouru environ 1000 verges à l'intérieur des terres et poursuivaient leur progression d'un bon élan. Ils n'ont rencontré que quelques poches de résistance allemandes. Les premiers prisonniers appartenaient à une unité côtière. D'autres unités sur d'autres parties du front progressent aussi. Les parachutistes canadiens et britanniques, déposés par planeurs à 3 h 30 ont fait du bon boulot en capturant plusieurs ponts et en s'y maintenant.

Le feu des croiseurs a été efficace, l'un d'entre eux éliminant une batterie ennemie située à un mille et demi à l'intérieur des terres grâce à six coups au but.

Des tanks ennemis ont été rapportés à environ 10 à 15 milles au sud de la tête de pont. On a aussi observé quelques mouvements ennemis.

Jusqu'à midi, les avions allemands ont brillé par leur absence. On estime à 2350 le nombre d'appareils allemands stationnés en Europe de l'ouest. Une attaque aérienne pourrait survenir ce soir.

La fumée dissimule les côtes françaises tout le long de la Manche. Des incendies ont éclaté dans certaines villes bombardées.

Les opérations semblent se dérouler aussi bien que prévu. Les destroyers et autres navires de guerre patrouillent au large et canonnent certains points de résistance sur les plages.

J'accompagne les troupes qui se dirigent vers l'intérieur des terres.

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Une pluie de grenades

Par Ross Munro

Correspondant de guerre de La Presse Canadienne

QUELQUE PART EN FRANCE, 6 juin 1944 (avec retard) -- (Dépêche PC) -- Un régiment de l'est du Canada a réussi l'un des plus grands coups d'éclat du Débarquement en repoussant de plusieurs milles à l'intérieur des terres les Allemands occupant une des plus fortes positions défensives.

(Certains ont identifié l'unité comme étant la 3e division canadienne mais le quartier général n'a pas précisé à quelle unité appartenaient ces troupes).

Le bunker était situé sur les dunes. Lié par un tunnel et des tranchées à d'autres positions défensives, entouré par un mur de béton de 10 pieds s'étendant sur 100 verges, il était défendu par un canon anti-tank et plusieurs nids de mitrailleuses lourdes.

C'est bien comme cela on s'imaginait le Mur de l'Atlantique. Heureusement, c'est la seule position de ce genre qu'on a pu voir. Elle était située à l'extrémité est de la ville côtière de Bernieres-Sur-Mer.

Le lieutenant Bill Herbert, de Toronto, s'est frayé un chemin jusqu'à une maison en ruines située près de l'emplacement. Il a pu couvrir d'autres soldats qui ont repoussé les Allemands sous une pluie de grenades et de balles d'armes automatiques.

Les pertes ont été sévères mais le travail accompli.

Le lieutenant Hank Elliot a été un autre des nombreux héros de la journée. Il a mené son peloton décimé contre une rangée de 10 casemates à l'ouest de Bernières-sur-Mer et les a détruites.

La progression de l'unité a été arrêtée par des canons 88 allemands. Ce fut au tour du lieutenant Ben Dunkekman de Toronto de se lever. Ce commandant d'une section de mortiers a fait feu sur la position allemande jusqu'à ce que les tubes passent au rouge vif.

Le drapeau canadien — le Red Ensign — a été déployé au bureau de poste de Bernières-sur-Mer, une des premières villes côtières libérées par les troupes canadiennes.

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Le retour de la cavalerie

Par William Stewart

Correspondant de guerre de La Presse Canadienne

QUELQUE PART EN FRANCE, le 8 juin (avec retard) — La surprise causée par le Débarquement a permis aux troupes canadiennes de s'emparer d'un quartier général ennemi installé dans un petit château construit peu après la Première Guerre mondiale à un mille des côtes.

Les Canadiens sont arrivés sur les lieux si rapidement après la fin du barrage provenant des navires de guerre au large qu'ils ont donné peu de temps aux Allemands pour s'enfuir. Un petit coup d'oeil dans les pièces du château ont permis de constater que les Allemands n'étaient pas du tout préparés à subir une telle attaque.

Des caisses de grenades allemandes — certaines ouvertes — étaient éparpillées près des fenêtres du premier et du deuxième étage, abandonnées par des hommes surpris par les envahisseurs. Les Allemands ont été si stupéfaits qu'ils n'ont pas utilisé des positions élaborées dans le verger situé à proximité.

Des combats au corps à corps se sont déroulés à l'intérieur du château. On a retrouvé un Allemand tué et trois autres blessés dans les écuries. Après avoir sorti des chevaux des écuries, les Canadiens se sont dirigés vers l'intérieur des terres, un ou deux soldats y galopant sur leur beau destrier.

Les murs de la salle de conférence étaient recouverts de drapeaux à croix gammée. Des maquettes représentant une partie des positions défensives côtières et les navires du Débarquement reposaient au sol.

Des affiches sur les murs représentaient les divers types de véhicules utilisés par les troupes britanniques.

Les tranchées étaient vraiment élaborées. Elles contenaient des chaises de cuir, des placards et salles de bains. Il y avait même de l'éclairage électrique et de l'eau courante.

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