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Débarquement de Normandie: «personne n'est sortie indemne», dit le caporal Ross

05/06/2014 06:58 EDT | Actualisé 05/08/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Lorsque le feu vert fut donné, le caporal suppléant John Ross se précipita dans la trappe de l'imposant Albemarle de l'Aviation royale canadienne, et disparut dans le brouillard et la noirceur.

Atterrir sain et sauf était la seule chose dans son esprit alors qu'il chutait dans le noir opaque de la Normandie.

Son parachute s'est ouvert, et le seul son entendu à l'approche du sol fut le beuglement inquiétant d'une vache au loin. Il disposa sa trousse sous lui juste avant de s'étendre dans des herbes froides et épaisses.

«À ce moment, vous ne songez pas au fait que vous êtes à la guerre, ou à rien d'autre (qu'à l'atterrissage)», a exprimé M. Ross à propos de son 13e saut «chanceux» de parachute.

«J'étais un peu nerveux lorsque mes pieds ont touché le sol, pensant que quelqu'un allait tirer sur moi, mais il n'y avait personne là», a-t-il ajouté.

Ce jour était le 6 juin 1944, lors du Débarquement de Normandie.

M. Ross, un signaleur âgé de 23 ans, figurait parmi les premiers Canadiens à toucher le sol dans le cadre de l'une des batailles les plus célèbres de la Deuxième Guerre mondiale.

Il atterrit dangereusement près des marécages inondés à proximité du fleuve de La Dives — à l'extrémité est des plages du Débarquement — où un certain nombre de soldats furent noyés avant même de pouvoir combattre. M. Ross faisait partie de la tête d'avant-garde de l'assaut spectaculaire de la 6e division aéroportée britannique sur le pont Pégase.

La compagnie Charlie du 1er bataillon de parachutistes canadien avait la tâche de nettoyer la zone de largage avant l'arrivée des forces principales, prenant d'assaut une position allemande fortifiée et faisant éventuellement exploser cinq ponts au-dessus de La Dives dans le but de prévenir une contre-attaque.

Après une bataille jusqu'à l'aube pour le contrôle d'un seul emplacement, 42 soldats allemands s'étaient rendus aux forces alliées.

Âgé de 93 ans, et résidant désormais à Lethbridge, en Alberta, M. Ross est l'un des deux seuls survivants du régiment, et sera en Normandie, vendredi, pour rappeler la bataille historique ayant représenté un point tournant dans la Deuxième Guerre mondiale et ayant mené à la défaite éventuelle de l'Allemagne nazie.

«Tous ont été marqués d'une façon ou d'une autre. Tous ont été blessés, que ce soit physiquement ou mentalement. Personne n'est sorti indemne», a-t-il commenté en entrevue à La Presse Canadienne.

Sept décennies plus tard, les souvenirs demeurent vifs.

Le stress post-traumatique, tellement présent dans les discussions sur l'après-guerre en Afghanistan, ne fait pas partie du discours de M. Ross lorsqu'il décrit les vagues d'émotion qui le submergent encore à l'occasion, particulièrement lorsqu'il s'adresse à des groupes d'élèves.

«À certains moments, je me mets à pleurer, et je n'ai plus aucun contrôle», a dit M. Ross, qui a eu une longue carrière dans les rangs militaires, et qui a continué à pratiquer le parachutisme jusqu'à l'âge de 80 ans.

L'assaut a ouvert la voie au débarquement d'un contingent beaucoup plus large de troupes canadiennes, britanniques et américaines, dont la 3e division canadienne à la plage «Juno», dans les environs de Courseulles-sur-Mer.

L'ancien ouvrier d'aviation ontarien Larry Wulff a affirmé que ses collègues et lui-même de l'Aviation royale canadienne étaient conscients qu'une opération majeure s'organisait pour le lendemain alors qu'ils s'affairaient dans une endroit isolé à Allerton Park, dans le Yorshire, en Angleterre.

M. Wulff avait la tâche d'armer les bombardiers Halifax et Wellington. Sans en avoir été informés, M. Wulff et ses collègues savaient que l'invasion était imminente car les grands avions avaient moins de charges et moins de carburant — signifiant qu'ils ne se rendraient pas loin.

Il avait une seule chose en tête alors qu'il préparait les bombardiers.

«Je songeais au nombre de veuves et d'orphelins que je contribuerais à créer sous toutes ces bombes ayant atterri sur des villages, des routes et des voies ferrées en Normandie», a-t-il exprimé.

«Au même moment, je ressentais une grande empathie pour tous ces pauvres malheureux, qui peinaient dans les eaux pour atteindre les plages et la sécurité des côtes», a-t-il ajouté.

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