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Assad remporte la présidentielle et pour l'opposition la guerre va continuer

05/06/2014 03:46 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

Le président syrien Bachar al-Assad a remporté largement, comme prévu, l'élection présidentielle qu'il avait organisée et la presse de Damas affirme jeudi que la tâche principale est désormais la reconstruction du pays en ruines.

Une source proche de la présidence a affirmé à l'AFP que Bachar al-Assad devrait prêter serment le 17 juillet et prononcer à cette occasion devant le Parlement un discours-programme dans lequel il expliquera sa nouvelle politique.

Le gouvernement syrien actuel devrait en outre démissionner pour laisser la place à un nouveau cabinet, a indiqué la même source.

Ulcérés de voir leur ennemi reconduit pour sept ans alors qu'ils croyaient pouvoir le faire tomber en quelques mois, les militants anti-régime et les opposants en exil ont répété sur les réseaux sociaux le mot d'ordre du début de la révolution: "le peuple veut la fin du régime".

Moins de 24 heures après la clôture du scrutin, les résultats ont été proclamés: le chef de l'Etat au pouvoir depuis 2000 a remporté avec 88,7% des suffrages un scrutin décrié par les Occidentaux.

Dans un pays ravagé depuis trois ans par la guerre, 11,6 millions de personnes ont participé au scrutin, sur les 15,8 millions appelées à voter, selon le président du Parlement.

Le scrutin s'est déroulé dans toutes les grandes villes, y compris celles divisées entre régime et rebelles, comme Alep ou Deraa. Seule exception Raqa, dans le nord tenu par les ultra-radicaux de l'Etat islamique en Irak et Levant.

"Après ces élections historiques, les Syriens vont accomplir une mission militaire, politique, sociale ainsi que la reconstruction du pays en faisant fi des obus tirés quotidiennement par les terroristes et les déclarations viles de leurs parrains", assure en première page al-Baas, l'organe du principal parti de Syrie, dont Bachar al-Assad est le chef.

Tous les quotidiens font leur une avec une photo de Bachar al-Assad, en costume et cravate.

La révolte pacifique qui avait éclaté en mars 2011 s'est transformée en insurrection armée après avoir été brutalement réprimée. Elle a depuis basculé dans une guerre totale qui a fait plus de 162.000 morts, déraciné neuf millions de personnes et laissé le pays en ruines.

Selon les résultats définitifs, les deux autres concurrents, qui faisaient figure de faire-valoir, ont obtenu respectivement 4,3% pour Hassan al-Nouri et 3,2% pour Maher al-Hajjar.

L'élection s'est déroulée dans les zones contrôlées par le régime, soit 40% du territoire où vit 60% de la population.

L'annonce de la réélection attendue de M. Assad pour sept ans, a été accompagnée par des tirs de joie qui ont fait trois morts à Damas et une vingtaine de blessés à Alep (nord), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La télévision officielle Al-Ikhbariya a diffusé en direct des scènes de liesse de partisans de M. Assad avec des gens criant "Que Dieu protège notre leader Bachar al-Assad" et des feux d'artifice à Lattaquié (ouest), fief du régime.

Dans les rues de la capitale, des voitures klaxonnaient à tue-tête, les passagers scandant "Dieu, la Syrie, Assad, c'est tout".

- 'La révolution continuera' -

Thaer, un militant resté jusqu'au bout dans la Vieille ville assiégée de Homs, a affiché pour sa part son pessimisme. "Tout le monde savait que ce vote maintiendrait Assad au pouvoir. Cela signifie malheureusement que les combats vont se poursuivre, le sang va couler et les réfugiés vont croupir dans des camps", a-t-il dit à l'AFP.

"La vérité c'est que tout le monde veut une solution politique, mais cela ne peut se faire avec Assad au pouvoir et les Syriens vont donc continuer à s'entretuer", a-t-il ajouté.

L'Occident qui soutient l'opposition syrienne modérée a dénoncé la tenue du scrutin dans un pays à feu et à sang.

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a jugé dans un communiqué que la réélection de Bachar al-Assad ne lui conférait pas de légitimité, qualifiant le scrutin d'"insulte aux Syriens en quête de liberté et de véritable changement politique".

Ces élections présidentielles "n'ont aucun sens, parce que vous ne pouvez pas avoir d'élections alors que des millions ne peuvent même pas voter, n'ont pas la capacité de contester ces élections, n'ont pas de choix", a affirmé le secrétaire d'Etat américain John Kerry de passage à Beyrouth.

Il a réitéré que ce n'est pas aux Etats-Unis "de décider quand et comment le président Assad partira", appelant de nouveau à une solution politique.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a qualifié l'élection d'"illégitime" et a appelé à de "véritables négociations politiques"

Pour le chef de l'opposition en exil, Ahmad al-Jarba, "les dictateurs ne sont pas élus, ils gardent le pouvoir par la force et la peur, ce sont les deux raisons qui poussent les Syriens à participer à cette mascarade".

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