NOUVELLES

Une expédition française dans l'Atlantique Nord a touché du doigt "le continent de plastique"

04/06/2014 01:38 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

De tout petits morceaux désagrégés de plastique en quantité tellement importante qu'"on pouvait les ramasser à la main" et une superficie de pollution pouvant représenter "deux fois la France" : c'est ce qu'a rencontré l'expédition scientifique française vers le "continent de plastique" dans l'Atlantique Nord.

"On est tombé sur des zones à fortes concentrations de microparticules de plastique", a raconté mercredi à l'AFP l'initiateur du projet, Patrick Deixonne, au retour de l'expédition.

Celui-ci avait déjà dirigé une expédition similaire l'année dernière dans le Pacifique. Cette fois, la mission de trois semaines entamée début mai dans l'Atlantique Nord sur un catamaran de 18 mètres, à partir de l'île française de la Martinique, a bénéficié du concours du centre français d'analyses et de prévisions océaniques Mercator Océan.

"Cela nous a permis d'être routés assez précisément sur ces zones à fortes concentrations de plastique, impressionnantes par la quantité de micro-plastique qu'on a trouvée sur place", a expliqué Patrick Deixonne.

"Il y a deux sortes de déchets", a-t-il raconté : d'abord les macro-déchets (bouteilles, bidons, etc.) qui flottent sur l'eau à l'approche du gyre, un gigantesque tourbillon formé d'un ensemble de courants marins. "Ce sont des déchets éparpillés, mais si on prenait le temps de les ramasser, on remplirait le bateau en une journée".

Et puis il y a "la partie immergée de l'iceberg", ces microparticules, dont la taille peut aller de celle d'un ongle à celle de nano-particules seulement visibles au microscope. Elles sont normalement capturées à l'aide d'un filet spécial pour en mesurer la concentration dans l'eau.

"J'ai collecté des échantillons de plastique, d'eau de mer, des algues, et je vais analyser ça maintenant", a indiqué de son côté Alexandra Ter Halle, chimiste du Centre français de recherche scientifique (CNRS), qui faisait partie de l'équipe de neuf personnes à bord du catamaran.

Des biologistes analyseront de leur côté les organismes microscopiques qui se développent aussi sur ces plastiques et qui "ne sont pas du tout naturels au milieu marin". L'analyse génétique de ces communautés microbiennes permettra d'évaluer leur impact sur le milieu marin.

Des millions de tonnes de déchets venus des côtes et des fleuves flottent dans les cinq principaux gyres répartis dans tous les océans, la force centripète aspirant lentement les détritus vers le centre. Pour bien montrer leur importance, même si ces zones ressemblent davantage à une "soupe" qu'à une surface tangible, on leur a donné le surnom de "7e continent".

vm/na/thm/bds

PLUS:hp