NOUVELLES

Moncton: l'un des trois policiers abattus était originaire de Victoriaville

04/06/2014 08:40 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

MONCTON, - L'un des trois policiers de la Gendarmerie royale du Canada ayant perdu la vie dans la fusillade survenue mercredi soir à Moncton est un jeune policier originaire de Victoriaville âgé de 32 ans, père d'un enfant de 18 mois et dont la conjointe attendait un deuxième enfant en août ou en septembre.

Lucinda Ross a confirmé jeudi à La Presse Canadienne que son cousin, Dave Ross, était décédé dans la fusillade.

Sur sa page Facebook, Mme Ross lui avait rendu hommage en ces termes : «Mon cousin, un policier maître-chien, passionné par son travail, est mort dans l'exercice de ses fonctions. Toutes mes pensées vont à sa femme à son fils et à toute sa famille. Repose en paix Dave xxx».

La victime a amorcé sa carrière dans l'ouest du pays, s'est rappelée sa cousine. Rapidement, il a cependant été transféré à Moncton.

«Il a excellé tout au long de sa formation. C'était tellement une belle personne. Très généreux, très aimable. Il n'y a rien à lui reprocher», a-t-elle soutenu, incapable de s'expliquer le drame.

Alors qu'il était encore adolescent, l'un des oncles de l'agent Ross oeuvrait au sein de la Gendarmerie royale du Canada. À l'époque, Dave a commencé à interroger son oncle sur son métier et il a développé une passion pour le travail de policier, a confié Mme Ross.

«Mercredi soir, j'ai vu les événements à la télé et je me suis dit: ''j'espère que Dave n'a pas été dépêché sur les lieux''. J'ai appris le lendemain la terrible nouvelle», a raconté Mme Ross.

Pour elle, il n'y a pas de doute, il faut changer les règles en ce qui concerne les armes à feu.

«C'est révoltant, c'est choquant. Les armes, les fusils, les couteaux se vendent n'importe où. Ça n'a aucun sens. Avant de permettre la vente d'une arme, il faut faire enquête sur les gens», a-t-elle laissé tomber.

Par ailleurs, le tireur soupçonné de la tuerie était toujours au large, jeudi soir. Une grande partie de la ville du Nouveau-Brunswick demeurait en état d'alerte depuis le début de la traque, il y a plus de 24 heures.

La GRC est toujours à la recherche du suspect, qui a été aperçu pour la dernière fois tôt jeudi matin, peu après l'aube. Les policiers ont nié les informations voulant qu'il aurait été vu à deux reprises en matinée à Oromocto, à environ 160 kilomètres à l'ouest de Moncton.

La «priorité numéro un» des nombreux corps policiers qui ont été dépêchés sur place demeure donc «de localiser et d'arrêter» le suspect, a indiqué Chantal Farrah, porte-parole de la GRC, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue jeudi après-midi.

L'un des deux policiers blessés est toujours hospitalisé et l'autre a obtenu son congé de l'hôpital, a spécifié Mme Farrah, qui n'a pas dévoilé l'identité des trois policiers abattus par le tireur.

Le public a été de nouveau invité à ne pas partager d'informations sur les réseaux sociaux. Et alors que la nuit s'apprêtait à tomber, jeudi, la GRC a demandé aux résidants, pour une deuxième soirée consécutive, d'allumer les lumières à l'extérieur de leur demeure afin de faciliter ses recherches.

En matinée, le commissaire adjoint Roger Brown a rappelé que l'individu était toujours considéré lourdement armé et très dangereux, et qu'il semblait être constamment en mouvement.

La police fédérale a diffusé une carte illustrant une grande partie du secteur nord-ouest de la ville, incluant une section boisée, demandant aux résidants de demeurer à l'intérieur et de verrouiller leurs portes. Elle a prévenu la population de s'attendre à des barrages routiers. Les écoles et bureaux des gouvernements ont été fermés et les autobus ont été retirés des routes.

Des policiers des quatre coins du pays ont été appelés en renfort pour maximiser les chances d'appréhender celui que la GRC a identifié comme étant Justin Bourque, a indiqué le commissaire Brown.

Exhortant la population à faire confiance aux autorités policières, il a affirmé que cette journée était probablement «la plus sombre de l'histoire de la GRC au Nouveau-Brunswick».

Le maire de Moncton, George LeBlanc, a laissé tomber d'une voix étreinte par l'émotion que jamais, dans ses rêves les plus sombres, il n'aurait imaginé qu'une telle situation puisse se produire dans sa ville.

Lorsque ce terrible épisode sera chose du passé, les citoyens devront soutenir du mieux qu'ils le pourront les gens qui ont été affectés par cette tragédie, a poursuivi M. LeBlanc.

«Il est impossible pour le moment de comprendre la raison (derrière les gestes posés par le suspect), mais c'est essentiel comme communauté de travailler ensemble et de se soutenir», a pour sa part fait valoir le premier ministre du Nouveau-Brunswick, David Alward, après avoir offert ses sympathies aux proches des victimes.

Les agents de la GRC ont patrouillé la ville toute la nuit à la recherche de Justin Bourque. Le jeune homme de 24 ans de Moncton était vêtu d'une tenue de camouflage militaire et transportait deux fusils sur une photo diffusée par la police sur Twitter.

Tard mercredi, la GRC au Nouveau-Brunswick avait publié sur Twitter une photo du suspect, le décrivant comme étant «armé et dangereux». Elle demandait à quiconque possédant de l'information sur ses allées et venues de communiquer avec le 911.

Daniel St-Louis, un photographe de Moncton, a été l'un des premiers sur les lieux mercredi, vers 20 h 30. Il a alors aperçu deux voitures de police sur deux rues différentes avec du sang visible à l'intérieur. Il affirme que personne ne se trouvait sur place, à l'exception de quelques voisins curieux qui regardaient par leur porte d'entrée.

Du verre fracassé se trouvait autour de l'un des véhicules, une autopatrouille. L'autre, un VUS, avait toujours ses phares allumés et la porte côté conducteur était ouverte. Plusieurs trous de balles étaient visibles sur son pare-brise.

M. St-Louis a ensuite vu quelque chose qui le hantera pour toujours.

«Je me suis approché et j'ai vu deux pieds, face à la rue, les orteils vers le haut, a raconté l'homme de 51 ans. Je me suis dit "Mon Dieu, quelqu'un a été touché". En m'approchant, je me suis rendu compte que c'était un policier et que c'était une mauvaise situation.»

Un autre témoin, Danny Leblanc, a raconté avoir vu le tireur de loin. Celui-ci se tenait debout au milieu de la rue, son arme pointée vers les voitures de police.

M. Leblanc a cru qu'il s'agissait d'un agent de la GRC lorsqu'il a entendu le son d'une arme automatique provenir de l'endroit où se tenait l'homme. «L'homme était debout et regardait dans notre direction», a-t-il dit.

M. Leblanc a alors retraité vers son domicile où il s'est enfermé en compagnie de sa femme et de ses jeunes enfants. Un de ses voisins a indiqué sur les réseaux sociaux que la fenêtre de sa cuisine avait été fracassée par un projectile.

«C'est complètement fou», a-t-il lancé, ajoutant que le décès des trois policiers a causé une onde de choc dans la ville.

«C'est bouleversant. Je ne sais pas s'il les chassait ou quoi.»

La tragédie de Moncton a eu des échos aux quatre coins du pays et a fait l'objet de reportages dans certains médias étrangers, dont CNN et Le Monde.

Du côté d'Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a tenu à souligner l'importance du travail des policiers.

«Ce violent incident nous rappelle de manière brutale que les hommes et les femmes de nos forces policières du Canada mettent leur vie en jeu chaque jour pour protéger nos citoyens et nos communautés», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair s'est pour sa part dit ébranlé et terriblement attristé par les événements survenus à Moncton.

«Mes pensées sont avec la famille et les proches des policiers de la GRC qui ont perdu leur vie et ceux qui ont été blessés dans cet horrible incident», a-t-il déclaré.

Des minutes de silence ont été observées à l'Assemblée nationale, à Québec, ainsi qu'à la Chambre des communes, à Ottawa.

PLUS:pc