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Six juin 44, temps sec et couvert, mer peu agitée à agitée

04/06/2014 10:04 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

Les vétérans et les présidents qui vont commémorer le "D-Day" auront un ciel plus clément que les soldats du 6 juin 1944. A défaut de soleil, les Alliés ont bénéficié ce jour-là de l'avantage de leurs météorologues sur les Allemands, indique un travail de Météo-France.

L'une des plus formidables opérations amphibies jamais menées dans l'histoire ne fut pas seulement la confrontation de milliers de bâtiments et d'avions et de dizaines de milliers de soldats avec le mur de l'Atlantique. Elle donna lieu aussi à un affrontement à distance entre météorologues des deux camps, rappelle ce travail conduit par Météo France en vue du 70e anniversaire.

Dans cette course vitale à l'information, les Alliés ont eu une longueur d'avance, rapporte Franck Baraer, climatologue qui a coordonné la recherche.

Le scientifique met en présence deux cartes pédagogiques établies par Météo-France à partir de données de l'époque et consultables sur son site internet (http://www.meteofrance.fr/actualites?articleId=7222002).

Sur l'une d'elles qui reflète la situation la veille du débarquement à 00H00, une dépression est centrée au nord des îles britanniques. Il pleut sur les côtes normandes. Le ciel est bas. La visibilité est faible. Les vents sont annoncés se renforçant. Les conditions ne sont pas favorables aux bombardements, aux parachutages et au déclenchement de la "grande croisade" selon les mots du général Eisenhower.

- 16 degrés, des stratocumulus, un vent de 3 ou 4 -

Eisenhower, conscient de l'importance de la météo pour la réussite de l'opération, décide de la repousser de 24 heures. C'est que la même carte du 5 juin fait apparaître au-dessus de l'Angleterre un front froid, annonciateur d'une éclaircie.

Le 6 juin, elle est au-dessus des côtes normandes. Les météorologues alliés "avaient plus d'éléments que les Allemands pour (la) voir venir, ce qui explique (...) peut-être que (les Allemands) n'ont pas pris les mesures qui auraient changé le cours de l'histoire", dit Franck Baraer.

Le climatologue renvoie à deux cartes d'époque, l'une britannique, l'autre allemande. Elles montrent que les Allemands n'avaient pas d'informations directes des zones qu'ils n'occupaient pas et dressaient par extrapolation leurs cartes au-dessus des îles britanniques. C'est ainsi que l'éclaircie du 6 leur aurait échappé.

Le 6 juin à l'aube, le temps est loin d'être optimal, mais il est bien meilleur que la veille. Allemands et Alliés livrent bataille sous un ciel "quasiment couvert par les stratocumulus, des nuages vers 6 ou 700 mètres qui ne donnent pas de précipitations" et surtout qui ouvrent l'espace aérien. Une brise de 3 ou 4 sur l'échelle de Beaufort donnent de petites vagues ou une mer agitée.

Il fait une température normale pour la saison d'environ 16 degrés. Contrairement aux images en noir et blanc laissées par cette journée, le soleil a peut-être percé quelquefois au-dessus des têtes. "On n'a pas d'image satellite, c'est une suspicion", dit le climatologue.

- Un autre aspect de l'histoire -

La météo de ces journées décisives est connue depuis des années, concède Météo-France. Mais les récentes recherches effectuées en vue du 70e anniversaire ont permis d'affiner la connaissance et les cartes.

Elles ont permis par exemple d'exhumer des Archives nationales un carnet d'observations météorologiques tenu par les Allemands au Havre, tout près des plages du débarquement. "C'est très précieux parce qu'on a la carte du temps heure par heure sur toute la journée du 6 juin, avec parfois quelques interruptions dues aux alertes aériennes... ça nous a permis de retracer des cartes (...) ça nous dit à quelle heure passe le fameux front froid qu'on voit sur l'Angleterre le 5 juin", s'émeut Franck Baraer.

Beaucoup d'informations météorologiques se sont perdues dans la tourmente de ces années-là. Ainsi de ce relevé d'observations tenu au Molay (Calvados) par un bénévole français pour l'office national météorologique et retrouvé lui aussi aux Archives nationales. Les relevés s'interrompent après le 5 juin. Ils ne reprennent que le 15, après la libération du village, une fois que l'observateur "a recouvré ses esprits", imagine Franck Baraer.

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